DEFINITION, TERMINILOGIE ET ASPECTS
HISTORIQUES
La Mauvaise Compréhension Des Temps
Modernes
La Nécessité Du Développement Des
Sciences Islamiques Après Le Temps Du Prophète (saw)
Les Racines Linguistiques Du Mot Tassawwouf
Le Prophète (saw) Mentionne La
Condition Du Cœur: La Suprématie Du Cœur Sur Tous Les Autres Organes
Allah Décrit Tazkiyat Al-Nafs Comme
Un Devoir Du Prophète
D’autres Versets Et Commentaires
Sur Tazkiyat Al-Nafs
Allah Ordonne Aux Croyants De
Chercher Un Moyen De S’approcher DE Lui
Et D’Accompagner Les Sadiqin.
Allah Décrit Quelqu’un Qui a
Directement Appris De Lui: Al-Khidr
La Supériorité De L’Amour Dans
L’Adoration
Des Versets Au Sujet Du Caractère
Parfait, Ihsan
III - QUELLES SONT LES PREUVES SUR LE TASSAWWOUF A PARTIR
DES HADITHS?
Oumm
al-Ahadith, Le Hadith De Jibril
La Troisième Composante De La
Religion De L’Islam:
LE COMMENTAIRE DE L’IMAM NAWAWI SUR LE HADITH DE JIBRIL
La Relation Entre Chari`a Et Haqiqa
La Grande Jihad: La Jihad Contre
L’Ego.
Hadiths Sur La Jihad Contre L’Ego
IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU
TASSAWOUF
Imam Malik (94-179 H/ 716-795)
L’Imam al-Harith al-Mouhassibi (d.243)
La Piété De L’Imam Ahmad Devant Al-Mouhassibi
Les Maîtres Soufis De Hadiths De Dhahabi
al-Qassim ibn `Outhman al-Joui`i (d.248)
L’Imam al-Jounayd al-Baghdadi (d.297)
L’Imam Abou Mansour `Abd al-Qahir al-Baghdadi (d.429)
L’Imam Abou al-Qasim al-Qouchayri (d.465)
Cheick Abou Ismai`il `Abd Allah al-Harawi al-Ansari (d.481)
Ceux Qui Attaquent L’Imam Ghazali
La Validité de Hadiths Faibles
Abou al-Wafa' Ibn `Aqil al-Hanbali (d.513)
Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561)
Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656)
Soultan al-`Oulama' al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Soulami (d.660)
al-`Izz sur la Supériorité du Rang des awliya'
Sur Celui des `oulama
al-`Izz b. `Abd al-Salam b. Ahmad b. `Anim al-Maqdissi (d.678)
Ibn Taymiyya au sujet de fana' et
chatahat
Ibn `Arabi et Ibn `Abd al-Salam
Imam Abou Ishaq al-Chatibi al-Maliki (d.790)
Jalalal-Din al-Souyouti (d.911)
Zakariyya ibn Mouhammad Ansari (d.926)
`Abd al-Wahhab al-Cha`rani al-Hanafi (d.973)
Ibn `Abidin al-Hanafi (d.1252)
Abou al-`Ala' al-Mawdoudi (d.1399)
Aujourd’hui,
l’Islam est enseigné par des gens qui ne prennent pas soin de le pratiquer dans
sa pureté ou de se purifier eux-mêmes dans leur pratique. Ceci, a été décrit dans
plusieurs hadiths qui disent: «Ils ordonneront aux autres et ne feront pas
attention à leur propre avertissement,
et ils sont les pires.»[1]
Telle ne fut pas la voie des Compagnons
ni de Ahl al-Souffa au sujet desquels le verset suivant fut révélé:
Résigne-toi
à la compagnie de ceux qui évoquent leur Seigneur au début du jour et à sa fin
dans l’espoir de voir un jour Son visage. Et, ne laisse pas tes yeux se
détourner d’eux, désirant le luxe de ce bas-monde; et n’obéis pas à celui dont
nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et
dont le comportement est outrancier. (18:28)
Ceci ne fut pas non plus la voie d’Abou
Bakr al-Siddiq, au sujet duquel Bakr ibn `Abd Allah dit: «Abou Bakr a la préséance sur vous non pas parce qu’il
prie et jeûne beaucoup, mais à cause d’un secret qui a pris racine dans son
cœur.»[2]
Ceci ne fut non plus la voie des Tabi`in dont Hassan al-Basri, Soufyan
al-Thawri, et autres de la génération
de soufis qui virent plus tard et qui les prirent pour modèles. Al Qoushayri
rapporte que al-Jounayd dit: « Le tassawwouf n’est pas l’abondance de prières
et de jeûnes, mais le vide de la poitrine et ne pas être sous l’emprise de son
soi.»[3]
Ceci ne fut pas non plus la voie des Quatre Imams qui placèrent la renonciation
(zouhd) et l’acquisition de la vraie
peur d’Allah (wara) au-dessus de la
simple pratique des obligations, tel l’Imam Ahmad qui composa deux livres avec
ces deux qualités comme titres respectifs. Celui-ci plaça la connaissance des
saints au-dessus de celle des savants, comme cela est montré par le rapport
suivant de son élève Abou Bakr al-Marwazi:
J’entendis
Fath ibn Abi al-Fath dire à Abou `Abd Allah (l’Imam Ahmad) durant sa dernière
maladie: « invoque Allah pour nous afin qu’Il nous donne un bon khalifa
(successeur) pour te succéder.» Il continua: « Qui devrons-nous consulter en
matière de connaissance après toi ?» Ahmad répondit: « Consultez `Abd
al-Wahhab.» Quelqu’un qui était présent
me relata qu’il dit: « Mais, il n’a pas assez de connaissance» -- Abou `Abd
Allah répliqua: « C’est un saint (innahou
rajouloun salih ), et ainsi il lui est accordé du succès en parlant la
vérité.»[4]
Dans une célèbre fatwa citée dans les lignes qui vont suivre, le savant Chafi`i al-`Izz ibn `Abd al-Salam
donne la même priorité au mystique ou connaisseur d’Allah (arifin) au-dessus des juristes. Le même accent est placé sur la
perfection interne par l’Imam Malik dans son dire: «La Religion ne consiste pas
en la connaissance de plusieurs narrations, mais en la lumière qu’Allah place
dans la poitrine.» Et Ibn `ata' Allah cita Ibn `Arabi disant: «La Certitude (al-yaqin) ne dérive pas des évidences de
la raison mais sort des profondeurs du cœur.»
Ceci est la raison pour laquelle
plusieurs Imans mettèrent en garde contre la pure et simple soif du savoir au
dépend de l’éducation du «moi». L’Imam
Ghazali abandonna les arènes du savoir au milieu d’une prestigieuse
carrière, en vue de se consacrer à la
purification du soi. C’est à l’issue de cette période qu’il rédigea son chef
d’œuvre Ihya' `Ouloum al-din dans
lequel il lance un avertissement à tous ceux qui réduisent la religion en
l’étude pure et simple du fiqh ou
jurisprudence.
Le même avertissement fut lancé par les
plus grands des houffaz ou maîtres de
hadiths de son temps et par l’un des premiers soufis, Soufyan al-Thawri (d.
161), à tous ceux qui prennent la narration de hadiths pour la religion,
lorsqu’il dit: «Si le hadith était un bien il aurait disparu de même que toutes les bonnes choses ont
disparu…Poursuivre l’étude du hadith ne fait pas partie de la préparation à la
mort, mais c’est une maladie qui préoccupe les gens.»
Dhahabi
cite cette parole et commente:
Par
Allah, il a dit la vérité…Aujourd’hui, la recherche du savoir et du hadith ne
signifie plus pour les savants l’obligation de s’y conformer, ce qui est le but
du hadith. Il a raison lorsqu’il dit que poursuivre l’étude du hadith est autre
que le hadith lui-même.[5]
Ce n’est pas pour le «hadith en soi»,
mais dans le but de vivre en conformité avec la Sunna du Prophète qui est
synonyme de vivre en conformité avec le saint Coran – selon le hadith bien
connu de `Aïcha concernant le caractère du Prophète – que les grands maîtres de
la purification du moi renoncèrent à la simple poursuite de la science en tant
que séduction mondaine, et préférèrent l’acquisition de l’ishan ou le caractère parfait. Un exemple est Abou Nasr Bishr
al-Hafi (d.227), qui considéra l’étude du hadith comme une science
conjecturelle en comparaison à la certitude qu’il acquit par la fréquentation de Foudayl ibn `Iyad
(d.187).[6]
Ainsi, les deux, l’ihsan et le
processus qui y conduit sont connus sous le nom de tassawwouf, comme les pages suivantes le démontrent.
I - « QU’EST-CE QUE LE TASSAWWOUF ?
»
Le Tassawwouf Parmi Les
Comme il est défini clairement dans le hadith rapporté par Sayyidina `Oumar
au sujet de la rencontre de l’ange Gabriel avec le Prophète[7],
appartenir à Ahl al-Sunna wa Jama`a
ne se limite pas seulement aux règles de la foi. Cela entraîne l’adoption de
principes qui conduisent à l’état d’ihsan
ou la perfection de la croyance et de la pratique. Partant de là, le Groupe
Sauvé suit l’une des nombreuses écoles de soulouk
(éthiques personnelles) en conformité avec les principes de la Chari`a et
le `aza'im (les strictes
applications) de la Sunna, ou les modes de conduite reflètent la complète détermination de plaire à son Créateur selon le modèle du Prophète. Ces écoles
sont collectivement connues comme la science du tassawwouf ou la
purification du soi.
Au cours du premier siècle de
l’Hégire, la renonciation à ce bas-monde (zouhd)
se développa comme une réaction à la vie mondaine de la société. Cette réaction
prit ses racines dans l’ordre d’Allah à Son Vertueux Apôtre de purifier
l’humanité: «Un Messager … pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le
Livre et la Sagesse, et les purifier» (2:129); «Nous avons envoyé parmi vous un
Messager de chez-vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne
le Livre et la Sagesse » (2:151); «Allah a certainement fait une faveur aux
croyants lorsqu’Il a envoyé chez eux un Messager qui venait d`eux, qui leur
récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse»
(3:164); «Purifie-les, bénis-les, et prie pour eux. Certainement ta prière est
une quiétude pour eux.» (9:103); «C’est Lui qui a envoyé… un Messager sorti
d’eux qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la
Sagesse» (62:2).
Les adeptes de cette voie
s’attachèrent fermement au mode de vie
Prophétique comme cela fut réflété dans la vie de ses compagnons et de
leurs successeurs, dans les voies qu’ils employèrent pour purifier leur cœurs
et leur caractère des mœurs blâmables et de s’inculquer, ainsi qu’à ceux qui
furent autour d’eux, les mœurs et la stature morale de la meilleure créature de toute l’humanité, le
Prophète Mouhammad, la paix et la bénédiction de Dieu sur lui. Les exemples de
ces hommes-école de purification sont ceux cités par Abou Nou`aym et d’autres
comme «Les Huit Ascétiques»: Amir ibn `Abd Qays, Abou Mouslim al-Khawlani,
Ouways al-Qarani, al-Rabi’ Ibn Khouthaym, al-Aswad ibn Yazid, Masrouq, Soufyan
al-Thawri, Hassan al-Basri, parmi tant d’autres.
Le pouvoir de tels saints et leurs bénéfices furent attestés par le Prophète lui-même, comme
cela est témoigné par les nombreux hadiths rapportés au sujet d’Ouways
al-Qarani. L’Imam Ahmad en cite dans
son livre al-Zouhd. Dans le récit
suivant, le Prophète ordonne aux gens, de solliciter auprès d’Ouways s’ils le
rencontrent, le pardon (d’Allah), et déclare que l’intercession d’Ouways fera
entrer un nombre important de gens au Paradis:
Le Prophète dit: «Ouways ibn `Amir poindra sur vous avec l’assistance des
gens du Yémen de la tribu de Mourad et Qaran. Il était lépreux et fut guéri,
sauf une toute petite partie de son corps. Il a une mère dont il respecte
scrupuleusement les droits. S’il fait un vœu à Allah, Allah l’accomplira. Si vous pouvez lui demander intercession pour
votre pardon, faite-le.
Plus de personnes entreront au Paradis, à cause de l’intercession d’un certain homme de ma communauté, qu’il y a de personnes dans les tribus de Rabi' et Moudar, Al-Hassan al-Basri dit:
«Cest Ouways al-Qarani.»[8]
A travers une graduelle
évolution et comme une réaction contre
l’emprise grandissante de l’appétit de la vie d’ici-bas, les Musulmans se
ruèrent vers ces saints et leurs disciples jusqu’à ce que leur régiment
s’acheva en école de pensée pratique et d’action morale dotée de sa prope
structure de règles et de principes. Ceci devint la base utilisée par les
maîtres Soufis pour guider les gens sur le droit chemin. En conséquence, le
monde fut témoin du développement d’une variété d’écoles de purification de
l’égo (tazkiyat an-nafs). La pensée
Soufie, comme elle se répendit partout, servit de force dynamique dans la
croissance et l’établissement de l’éducation Islamique. Cette spectaculaire
avancée s’étendit à partir du premier siècle de l’Hégire, en parallèle avec les
développements suivants:
·
Le développement des bases du fiqh (Loi et Jurisprudence), à travers les
Quatre Imams;
·
Le développement des bases de l’aqida (doctrine) à travers al-Ach`ari et
autres;
·
Le développement de la science du hadith (Les dires du Prophète), qui
déboucha en six authentiques collections et d’innombrables autres;
·
Le développement des arts de nahw et balagha (La
Langue et l’Ecriture Arabe).
Tariqa ou
«chemin» est un terme dérivé du verset Coranique suivant:
«Et s’ils se maintiennent dans la bonne voie (tariqa), Nous les aurions
abreuvés, certes d’une eau limpide (ou abondante)» (72:16 ).
Le sens de «voie» mentionné dans le verset ci-dessus est expliqué par le
hadith du Prophète relaté par Boukhari et Mouslim, ordonnant aux musulmans de
suivre sa Sunna et la Sunna de ses
successeurs. Comme le mot tariqa dans le verset ci-haut mentionné, le sens de
Sunna dans le hadith est «chemin» et «voie». Ainsi, tariqa devint un terme appliqué
aux groupes de gens appartenant à
l’école de pensée exercée par un maître ou “cheick”.
Quoique ces cheicks
appliquèrent différentes méthodes dans l’enseignement à leurs disciples, le
noyau de chaque discipline était identique. La situation n’était pas différente
de ce que nous avons aujourd’hui dans les facultés de médecine ou de droit.
L’approche des différentes facultés peut varier, mais le corps en droit, l’état
d’art en médecine, reste essentiellement le même en tout lieu. Les étudiants
diplômés de ces facultés portent chacun la marque de leur branche. Néanmoins,
aucun n’est considéré inférieur à l’autre parce qu’il est le produit d’une
faculté ou d’une autre; l’avocat n’est pas considéré supérieur au docteur ni le docteur à l’avocat.
Similairement, le
disciple d’un cheick portera le cachet de son enseignement. En
conséquence, les noms donnés aux différentes écoles Soufies diffèrent selon le
nom et les perspectives de leurs fondateurs. Cette variation se manisfeste
d’une façon plus concrète dans la
méthode de dévotions surérrogatoires connue sous l’appellation de awrad,
ahzab ou adhkar, utilisée comme la méthodologie pratique de la formation
spirituelle. Ces différences cependant
n’affectent pas les principes religieux. Dans les principes de base, les écoles
Soufies sont essentiellement les mêmes, puisque basées sur l’essence de la religion, qui est uniforme.
Le groupe Soufi sous lequel
chaque individue entreprit le chemin
vers Allah était un itinéraire finement aiguisé qui établit les disciplines du
progrès externe et interne dans la foi et la pratique religieuse. Suivant la
pratique des Compagnons du Prophète qui fréquentaient régulièrement le groupe
nommé Ahl al-Soufa («Les Gens du
Banc»), les pratiquants de ce groupe
menèrent une vie communautaire . Leurs habitations étaient les mosquées-écoles (zawiya), les forts frontaliers (ribat), et des maison-hôtes (khaniqa) où ils se réunissaient
régulièrement lors d’occasions dédiées
aux fêtes traditionnelles du calendrier musulman (‘id).
Ces structures avaient des
institutions éducationelles ; par exemple les deux forts frontaliers (ribat) fondés par le savant Soufi `Abd
Allah Ibn al-Moubarak en Merv, qui fonctionna pendant longtemps, et le Khaniqa baybarsiya du Caire. Cette école Soufie eu le grand savant de hadiths,
Ibn Hajar al-Asqalani comme recteur et maître de conférence pendant les
quarante dernières années de sa vie. Il
assuma en même temps la fonction de juge principal en Syrie et en
l’Egypte.
Les Soufis se réunissèrent
également en associations informelles appelées souhba autour du cheick pour acquérir la connaissance, et en
assemblée pour invoquer les noms d’Allah et
réciter les adhkar (pluriel de
dhikr, «le souvenir de Dieu») hérité
de la Tradition Prophétique. Encore, une autre raison de leur regroupement
était d’écouter les prêches inspirées et les exortations morales (wi’az). Les cheicks Soufis enseignèrent
à leurs disciples à répondre activement à l’appel d’Allah et de Son Messager,
de purifier leur cœur et leur âme de tous bas désirs incités par l’égo, de
corriger toutes les croyances éronnées et de parfaire leur croyance en
l’unicité d’Allah. On enseignait aux disciples à être honnête, loyal, digne de
foi, patient dans la crainte d’Allah, à aimer son prochain, à dépendre que
d’Allah et de s’en remettre à Lui tout au long de leur vie, et les autres
moralités enseignées par l’Islam. Tout ceci fut accompli en s’attachant à la
Sunna Prophétique. Les méthodes de souvenir d’Allah qu’ils inculquaient à leurs
disciples furent les mêmes méthodes enseignées par le Prophète. De cette
manière, ils propagèrent le caractère exemplaire du Prophète (saw) en paroles
et en actions, pendant qu’ils encouragèrent les croyants à se consacrer à Allah
de tout cœur. Le but de leur effort ne fut rien d’autre que d’obtenir la
satisfaction d’Allah et de leur inspirer l’amour pour Son Prophète. En d’autres
termes, ce qu’ils visaient était un état où Allah serait content d’eux comme
ils l’étaient avec Lui.
Ces cheicks, par conséquent, furent des flambeaux qui dissipèrent
les ténèbres de la voie du croyant aussi bien qu’ils illuminèrent les voies sur
lesquelles la Umma pourrait bâtir la fondation d’une société idéale. Cet idéal
était l’esprit de sacrifice et de dévouement qui caractérisait tous leurs
efforts. Ces valeurs, imprégnaient l’entière fabrique sociale de l’Islam. Les
couvents ou maisons-hôte (khaniqa),
étaient établis dans le voisinage des pauvres offrant gratuitement de la
nourriture et l’hospitalité. Ce fut
aussi un lieu et un moyen de communion entre le pauvre et le riche, entre le
blanc et le noir, entre l’arabe et non-arabe conformément aux dires du
Prophète: “Il n’y a pas de différence entre un arabe et un non-arabe sauf dans
les vertus.” Ces couvents furent des lieux de rencontres de toutes les races et
de toutes les nationalités et des remèdes pour plusieurs maux sociaux.
En conséquence à de tels
enseignements et formation, les disciples des cheicks Soufis, sortis de ces
écoles, étaient pleinement capables de supporter les fardeaux et les torts de
leurs contemporains dans leur effort à illuminer le chemin de la Vérité. En
outre, à travers leur formation et auto-discipline, ils avaient développé le
manifeste et la très ferme volonté de faire. Ces véritables et sincères savants
et maîtres de tariqa ne laissèrent
aucune pierre sans être tournée dans la conduite de leur jihad, un mot qui signifie à la fois la lutte physique contre les
non-croyants et la lutte spirituelle contre les attraits invisibles qui piègent
l’âme.
Il est bien connu de tous, qu’en notre temps les gens ont une mauvaise
compréhension du tassawwouf. Certains
affirment que c’est une science opposée à l’Islam qui n’est pas mentionnée dans
la Chari`a, le Coran ou la Sunna. D’autres, les adhérents aux écoles de pensée
des quatre Imams et les Imams qui les suivirent plus tard mentionnons Nawawi,
Ibn Hajar, al-Soubki, al-Souyouti, Ibn Hajar al-Haytami, et plusieurs autres,
même Ibn Taymiyya et Ibn Qayyim, quoique ces deux derniers furent opposés à la
doctrine de Ahl al-Sunna à plusieurs égards, l’acceptèrent et surent que le
tassawwouf a ses racines profondes dans le Coran, dans la Sunna et dans la
Char’ia. Ces savants acceptèrent le tassawwouf parce qu’ils connaissaient la
réalité et le sens de ce terme, et non pas à cause de la réputation ou l’âge du
terme en lui-même.
Il n’est pas rare d’entendre
de ceux qui s’opposent au tassawwouf qu’ils
rejètent tout ce qui ne figure pas dans le Coran et dans la Sunna». Avancer une
telle affirmation est faire preuve de manque d’esprit critique. Prenons par
exemple les Sciences Islamiques, notamment la science du hadith. Le sens du mot
«Hadith» dans le dictionnaire est défini comme «opposé à l’ancien (qadim), nouvelle (jadid) ou alternativement, quelque chose parlée.» Le sens commun qui lui est attribué est «la Tradition du
Prophète» ou «la science des Traditions du Prophète.» Lorsque le mot «hadith»
est mentionné, les savants savent qu’il sagit de «nouvelles.» Mais le sens
attribué à ce mot après la période du Prophète est tout ce que le Prophète a
dit et fait. Cependant, de son vivant, le
mot «hadith» était rarement utilisé comme il l’est aujourd’hui. Il prit
ce sens seulement lorsqu’il devint un terme technique pour décrire les dires,
les actions, du temps du Prophète (saw).
Dans Boukhari et Mouslim, le
Prophète (saw) dit: «Le meilleur siècle est mon siècle et celui qui le suit» et
dans un autre hadith il dit: «le premier siècle et le second et le troisième.»
Après les compagnons furent les Tabi`in et les Tabi Tabi`in. Tous les savants
de l’Islam affirment que la période des Tabi`in fut la fin de l’an 150 de
l’hégire et l’an 220 de l’hégire fut la fin du siècle des Tabi Tabi`in. C’est
deux périodes furent témoins de l’apparution successive de l’Imam Abou Hanifa,
l’Imam Malick, l’Imam Shafi`i, l’Imam Hanbal, fondateurs des quatre écoles
juridiques, et de celle de l’Imam Boukhari, l’Imam Mouslim, l’Imam Abou Dawoud,
l’Imam Abou Issa Tirmidhi, l’Imam An-Nissa`i et de l’Imam Ibn Majah, auteurs
des six livres cannoniques de hadiths.
Ces savants dévelopèrent une
vaste science à un moment où plusieurs non-arabes embrassèrent l’Islam et
mémorisèrent les hadiths; Ils trouvèrent nécessaire d’établir Ilm oul-Hadith ou
la science du hadith, science qui n’existait pas au temps du Prophète (saw), en
vue de préserver les dires, les pratiques, les anecdotes du Messager de Dieu et
de ses compagnons. Cette science dès lors devint partie intégrante à l’Islam.
Du temps du Messager (saw), la propagation et la vérification du hadith étaient
naturelles mais elles n’étaient pas formalisées. Cependant après cette période,
les savants ci-dessus cités développèrent des lois et des méthodes de classification,
d’enregistrement, de transmission et de formalisation des hadiths et y
ajoutèrent des structures formelles et une méthodologie de vérification au
méchanisme naturel de transmission qui incorpore toujours le sanad, chaîne vérifiable d’une
information au sujet des dires du Prophète (saw) ou de ses compagnons.
Ceci amena 35 classifications. De même,
les savants développèrent plusieurs sciences[9]
(`ouloum) mentionnons, la science de
la grammaire, la science de l’explication et de l’éloquence du Coran, la science
de l’Unicité de Dieu, la science de la croyance, la science du Coran, la
science de la jurisprudence, la science des traditions du Prophète (saw), la
science de la vie du Prophète (saw), la science de l’analyse linguistique, la
science de la clarification, la science de l’exégèse du Coran, la science de la
récitation harmonieuse, la science de la récitation fluide, la science de la
purification du Soi connue aussi comme la science de la perfection du caractère
, la science de l’héritage, etc… et plusieurs autres sciences dérivant toutes
du Saint Coran et des Hadiths du Messager (saw) de Dieu. Aucune de ces disciplines ni leur terminologie
n’existaient du temps du Prophète (saw). Pourtant leurs réalités existaient, puisque les Sahaba les
pratiquèrent mieux que tous ceux qui leur succédèrent.
Une question logique surgit à
ce point: Où dans le Coran et dans la Sunna figurent littéralement ces termes?
Ce qui suit logiquement est: D’où vint la permission de développer ces
classifications et terminologies dans la mesure où elles n’existaient pas du
temps du Prophète (saw)? Par conséquent, s’opposer à la science du Tassawwouf
ou la rejeter d’un trait parce qu’elle ne figure ni dans le Coran ni dans la
Sunna contredit l’entendement d’une personne dotée d’intelligence.
Le terme tassawwouf n’était
pas connu au temps du Prophète. Cependant, quoique le terme apparait nouveau,
son essence est une partie et une parcelle de la religion et ne peut pas y être
dissociée.
Une autre raison de la
mauvaise compréhension de la réalité du tassawwouf est que certaines personnes
confondent le vrai tassawwouf avec le pseudo-tassawwouf, ce dernier nie la nécessité de la char’ia et crée ses
propres règles, prétendant avoir une certaine autorité historique , mais plutôt
amorphe et qui n’a de racine dans aucun
précédent. Ils ne sont ni soufi ni moutassawwif
mais moustaswif ou «pseudo-soufi»
ainsi sont-ils défini par le grand maître `Ali al-Houwjiri (d.469?) dans son Kashf al-mahjoub[10].
Les ennemis du tassawwouf brouillent souvent l’information donnée sur les
Soufis et les moustaswifa dans leurs références au tassawwouf en vue de se
débarrasser à la fois des deux.
Un exemple est le cas de
l’aversion poussée de la secte Mou`tazila pour les soufis à un niveau tel
qu’ils refusèrent de reconnaître les karamat
ou miracles des saints, ils ne les considèrent pas comme un signe de vérité. De nos jours, nous trouvons encore des
gens similaires à ces Mou`tazila, qui veulent formuler leur propre définition
de l’Islam, avec ce qui y convient et ce qui n’y convient pas, en faisant un
mélange de vrai et de faux afin qu’ils puissent se débarrasser de l’essence des
enseignements de l’Islam qui exposent le caractère incomplet et les erreurs de
ce qu’ils ont hérité.
L’objectif du tassawwouf est de
purifier le cœur de toute sorte de mauvais désirs et penchants, des impuretés
qui s’y accumulent à cause des péchés et des mauvaises actions internes comme
externes, purifier le «soi» afin
d’orner et de décorer le cœur avec le bon modèle et la bonne manière qu’exigent
le Coran et la Sunna du Prophète (saw). Son but est de créer l’état d’ishan, la
perfection du caractère, qui fut celui du Prophète (saw) et l’état que tous ses
Compagnons qui s’efforcèrent d’atteindre cette perfection.
Pour prendre un exemple, au temps du Prophète (saw), il n’y avait pas la
nécessité d’enseigner ‘ilm al-nahou
(la science de la grammaire) même à un enfant. Dans le berceau de l’Islam,
ayant grandit dans le Hijaz, même un enfant pouvait lire un poème ou un texte
arabe sans avoir recours à aucun signe diacritique (tashkil). Cette connaissance leur était acquise naturellement au
fur et mesure qu’ils grandissaient.
Plus tard, lorsque plusieurs non-arabes commencèrent à embrasser
l’Islam, et que le Coran se lisait incorrectement, il devint nécessaire de
créer de nouvelles disciplines en vue d’assister les nouveaux Musulmans dans la
lecture du Coran. Ainsi la grammaire fut développée et les signes diacritiques
furent établis.
L’état de perfection (ihsan), l’état d’austérité (zouhd), l’état de la peur d’Allah (wara’) et l’état de la méfiance de Dieu (taqwa)
furent naturellement pratiqués par les Compagnons parce qu’ils étaient en compagnie du Prophète (saw) et ces états
furent un résultat direct de cette association. Ce fut la raison pour laquelle
ils furent appelés Compagnons, c’est cette association avec le Prophète (saw)
qui leur permit d’être purifié.
Après les compagnons, plusieurs gens n’eurent pas l’opportunité de rencontrer le Prophète (saw) ni
ses Compagnons mais acceptèrent l’Islam, et parce que plusieurs nouveaux
Musulmans, à cette époque, dévièrent du
vrai chemin de l’Islam, il devint nécessaire d’établir une école avec une
fondation, juste comme `ilm al-nahou fut établi avec ses écoles.
Il fut nécessaire de mettre en place des écoles à travers lesquelles furent
développées les disciplines spirituelles visant les états cités ci-dessus, et
elles furent combinées sous une science principale appelée `ilm al-tassawwouf.
Nous devons savoir que le
tassawwouf n’est pas une chose
nouvelle en Islam ni quelque chose d’inventée. Au contraire, c’est une science
héritée du Prophète (saw) et des Compagnons et ses racines sont dans l’Islam.
Elle n’est pas ce que les ennemis de l’Islam--Les Orientalistes et leurs
disciples--ont relaté. Ils ont innové et attribué plusieurs noms au tassawwouf
afin d’attaquer la science et l’état d’ihsan
que le Prophète (saw) mentionna dans son Saint Hadith. Ils tentèrent
d’appliquer le terme «superstition» (sha‘waza)
à la science de tassawwouf. Il est
bien su de tous que tout terme peut être employé pour nommer une science et
l’on est libre de définir ou d’utiliser tout terme que l’on désire. De même `ilm al-ihsan ne change pas en lui
attribuant un nom différent. Il est profondément espéré que personne ne soit
empêchée d’apprendre cette importante science citée dans le Coran et le hadith,
à cause du préjudice causé au tassawwouf.
Si le terme est problématique à quiconque, qu’il lui attribue un nom
différent, mais qu’il apprenne cette science par tout autre nom qui lui
conviendra.. Le terme tassawwouf qui
est utilisé pour se référer aux voies de la purification du cœur, dénote la
même chose que tazkiyat al-nafs dans
le Coran. Les deux termes ont la même définition comme étant les sciences de
«l’austérité» (zouhd) et celle de la
perfection du caractère (ihsan). Les
termes zouhd et ihsan furent
utilisés au temps du Prophète (saw). Plus tard, ces termes furent définis en
détails et redéfinis sous la direction du Coran et du hadith, comme furent les
autres sciences Islamiques déjà citées.
Il y a quatre racines données au mot tassawwouf. La première dérive du mot
Arabe safa ou safw qui signifie pureté comme du cristal et limpide comme de
l’eau. Le Prophète (saw) compara le monde à une petite eau de pluie sur un
plateau de montagne dont la limpidité (safw)
avait déjà été bue et dont la lie (kadar)
seulement restait[11];
et il appela la Syrie la plus pure des terres d’Allah[12]
après la Mecque et Madina. Ibn al-Athir défini le mot dans son dictionaire
al-Nihaya comme «le meilleur de tout sujet, sa quintessence, et sa partie la
plus pure.»[13]
Une autre racine dérive de Ahl al-Soufa, (les gens du Banc), qui
furent ceux qui vivaient dans la mosquée du Prophète (saw) de son vivant et qui
furent mentionnés dans le Coran au verset suivant:
«(O Mouhammad,) Résigne-toi à la compagnie de ceux qui invoquent leur
Seigneur matin et soir désirant Sa Face; et ne laisse pas tes yeux se détourner
d’eux, voulant le luxe de ce bas-monde; et n’obéis pas à celui dont nous avons
rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le
comportement est outrancier.» (.18:.28)
Ce verset insiste sur la
nécessité des croyants à se maintenir
dans un état permanent de dhikr, le Souvenir d’Allah avec la bouche (la
langue), dans l’esprit, et à travers le cœur. Cette racine est parfois comparée
à ahl al-Saff, ou «les Gens du Rang»,
dans le sens de «premier rang», comme le premier rang est béni et les soufis
sont l ‘élite de la communauté.
La troisième de ces racines
est al-souf ou laine, comme ce fut la
coutume des gens pieux de Koufa de s’en revêtir. La quatrième racine
linguistique dérive de souffat al-kaffa
ou éponge molle en référence au soufi dont le cœur est très mou à cause de sa pureté. Ceci est la raison
pour laquelle le Prophète (saw) montra toujours sa préoccupation pour ses
Compagnons, en vue de purifier leurs cœurs et de leur montrer que le progrès du
«soi» est basé sur un cœur débarrassé de toutes les imperfections internes et
externes.
Le cœur est le siège de la sincérité en une personne sans lequel aucune de
ses actions ne sont acceptées. Le Prophète (saw) dit dans Boukhari: «Sûrement
il y a dans le corps un petit morceau de chair; s’il est en bon état le corps entier est en bon état, et s’il est
corrompu le corps entier est corrompu et c’est le cœur»; et il dit dans deux
autres hadiths rapportés par Mouslim: «Sûrement Allah ne regarde pas vos corps
ni vos faces, mais Il régarde vos cœurs» et «N’entrera au paradis quiconque a même un atome
d’orgueil en son cœur.» Plusieurs autres hadiths citent explicitement la
primauté du cœur:
·
Abou Hourayra rapporte: «Je dis: O Messager
d’Allah! Qui sera le premier à
bénéficier de ton intercession au jour de la résurrection?» Le Messager d’Allah
dit: «O Abou Hourayra! Je savais que personne ne pouvait me demander cette
question avant toi à cause de ton grand désir pour la connaissance de hadiths.
Le premier à bénéficier de mon intercession
au jour de la résurrection est celui qui dit «Il n’y a de Dieu qu’Allah»
purement et sincèrement de son cœur (qalb)
ou de son âme (nafs).»[14]
Ibn Hajar dit dans son commentaire sur Boukhari:
Le Prophète (saw) mentionna le cœur pour
insister, comme Allah dit à propos du pécheur: «Certes, il a un cœur
pécheur» (2:283)… «Le Premier» fait allusion à leur différent ordre d’entrée au
paradis comme distinct dans leur rang de sincérité, cette dernière qualité
étant mise en valeur par son dire «de son cœur» quoiqu’il soit clair que le
siège de la sincérité est le cœur. Cependant, l’attribution de l’action à cet
organe est plus accentuée.[15]
·
L’un des Compagnons nommé Wabissa rapporte que les
gens avaient l’habitude de demander au Prophète (saw)des questions au sujet des
bonnes choses, mais lui se résolu de lui demander qu’au sujet de mauvaises
choses. Lorsqu’il vint au Messager de Dieu, celui-ci le tapota sur la poitrine
avec ses doigts et dit par trois fois: «O Wabissa, la peur d’Allah est là.»
Ensuite il dit: «Demande la réponse à ton coeur, peu importe celle des autres.
»[16]
·
De la part d’Oumar: Le Prophète (saw) dit: «Toute
chose a une cire, et la cire du cœur est dhikr
Allah. Rien ne sauve une personne de la punition plus que le dhikr Allah.» Ils dirent: «Même pas le
jihad pour l’amour d’Allah?» Il dit: «Non, même si vous combattez jusqu’à ce
que vos sabres se brisent.»[17]
·
Ibn `Oumar rapporte: J’étais assis avec le
Prophète (saw) lorsque Hamala ibn Zayd al-Ansari de la tribu des Banou Haritha
vint à lui. Il s’assit en face du Messager d’Allah (saw) et dit: «O Messager
d’Allah, la croyance est là» – et il montra sa langue du doigt – «et
l’hypocrisie est là» -- et il montra son coeur du doigt – «et je ne fais pas
assez de dhikr Allah à l’exception d’un petit nombre.» Le Messager d’Allah
demeura silencieux. Hamala répèta ses mots au cours desquels le Prophète(saw)
saisi sa langue par son extrémité et dit: «O Allah, donne lui une langue
véridique et un cœur reconnaissant, et fait qu’il m’aime et aime tous ceux qui
m’aiment, et dirige ses affaires vers le succès.» Hamala dit: «O Messager
d’Allah, j’ai deux frères qui sont hypocrites; j’étais juste avec eux. Ne
dois-je pas les conduire à toi (afin que tu pries pour eux)?» Le Prophète (saw)
dit: «(oui), quiconque vient à nous de la manière dont tu es venu, nous
demanderons le pardon pour eux comme nous avons demandé le pardon pour toi; et
quiconque maintien cette voie, Allah devient son protecteur.»[18]
·
De Ibn `Oumar aussi: le Prophète (saw) dit: «Ne
parlez pas beaucoup, faites le dhikr Allah; parler beaucoup sans faire le dhikr
Allah endurci le cœur, et personne n’est plus éloigné d’Allah que celui qui a
un cœur dur.»[19]
Nous voyons que le
Prophète(saw) liait toute chose à la condition du cœur. Lorsque nous éliminons
nos mauvais caractères et que nous endossons les bonnes manières, nous aurons
un cœur parfait et sain; Ceci est la raison pour laquelle Allah mentionne dans le Coran: «Le jour où ni les
biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah
avec un cœur saint.» (26:88-89). Et Allah mentionne les cœurs de Ses vrais
savants (`oulama) lorqu’Il dit: «Il consiste plutôt en des versets évidents,
(préservés) dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné. Et seul les
injustes renient nos versets.»
Quelles sont les maladies du
cœur? L’Imam Souyouti dit dans son livre sur la tariqa Chadhili: «La science
des cœurs, la connaissance de ses maladies comme la jalousie, l’arrogance et la vanité, est une obligation pour
tout Musulman de s’en débarrasser.»[20] Les exégètes disent que la jalousie (hassad), l’ostentation (al-riya’), l’hypocrisie (al-nifaq) et la haine (al-hiqd) sont les caractères les plus
communs auquels Allah fait référence lorsqu’Il dit: «Dis: Mon Seigneur m’a
interdit les turpitudes tant apparentes que secrètes» (7:33). Allah mentionnant
«tant apparent que secret» est l’évidence de la nécessité pour toute personne
de ne pas seulement corriger et parfaire les actions extérieures, mais de
purifier celles qui sont cachées en son cœur et qui sont seulement connues de
son Seigneur.
Le tassawwouf est la science et
la connaissance par laquelle on apprend à
purifier le moi des mauvais désirs de l’égo, comme la jalousie, la
tricherie, l’ostentation, l’amour des éloges, la vanité, l’arrogance, la
colère, l’avidité, la radinerie, le respect du riche au dépend du pauvre, tout
comme on doit purifier son aspect externe. La science de tassawwouf enseigne la
purification selon le Saint Coran et la Sunna du Prophète (saw) et enseigne à
se vêtir des attributs parfaits (al-sifat
oul-kamila) dont la repentance (tawba),
la peur de Dieu (taqwa), se maintenir
dans le droit chemin (istiqama), la
franchise (sidq), la sincérité (ikhlas), l’abstentation (zouhd), la grande piété (wara’), se remettre à Allah (tawakkul), accepter le Destin (rida), s’abandonner à Allah (taslim), les bonnes manières (adab), l’amour (mahabba), le souvenir (dhikr),
la méditation (mouraqaba), et
plusieurs autres qualités trop nombreuses pour être énumérées ici.
Tout comme la science du hadith a des douzaines de classifications, de même
la science de tassawwouf a plusieurs classifications à savoir, les bonnes
caractéristiques (akhlaq hassana) que
le croyant doit obligatoirement développer, et les mauvaises (akhlaq dhamina) qu’il doit
obligatoirement éliminer, en vue d’atteindre l’état d’ihsan. Les bénéfices et
les buts de la science de tassawwouf rendent manifestes en nous le coeur de
l’Islam, sa précieuse essence et sa force. En effet, l’Islam n’est pas
seulement une pratique externe, mais il a aussi une vie interne. Ceci est la
raison pour laquelle Allah dit: «Evitez le péché apparent ou caché» (6:120) et
«Il y a parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur
engagement envers Allah» (33:23). Ceci signifie que tous les croyants ne sont
pas inclus dans ce groupe sélectionné de «ceux qui ont tenu leur engagement
envers Allah.» En d’autres termes l’on peut être croyant, mais ne pas être
parmi ceux qui ont tenu leur engagement à moins que l’on est atteint l’état de
la purification de soi, l’état d’ihsan, la perfection du caractère, que le
Saint Prophète (saw) mentionna dans le Saint Hadith. Et ceci, comme nous
l’avons maintenant rendu clair, est ce qui fut connu plus tard comme étant la science du tassawwouf.
Comme mentionné précédemment, l’évidence du tassawwouf à partir du Coran
est la même que l’évidence pour tazkiyat al-nafs ou la purification du soi, qui
a été établie dans les paragraphes antérieurs comme la définition du
tassawwouf. Allah dit: «C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre un
Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le
Livre et le Sagesse, car ils étaient auparavant dans un égarement évident»
(62:2). Le terme utilisé ici est wa
youzakkihim (les purifie). Les différents sens des différentes racines du
mot tazkiya en arabe sont:
·
zaka: «il nettoya» ou «il fut propre»
·
youzakki «netttoyer» et «être purifier»
·
tazkiya «purification»
·
zakat «la taxe Islamique pour le
nécessiteux,» «charité» «pureté»
·
azka «la plus pure»
·
zaki «pur, innocent»
Allah dit dans un autre verset: «Et par l’âme et Celui qui l’a
harmonieusement façonnée et lui a alors inspiré son immortalité, de même que sa
piété! A réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui
la corrompt.» (91:7-10) Ce verset du Coran fait état de la nécessité de
purifier et de maintenir propre le nafs en vue de réussir dans cette vie et
dans l’au-delà: et ceci est précisément le but du tassawwouf. Les versets
suivants sont rélatés pour une telle auto-purification.
Des versets se référant à la purification et à la purification du soi dans
le Coran ont été déjà mentionnés. Allah dit:
·
«Notre Seigneur! Envoie l’un des leurs comme
messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et
la Sagesse, et les purifier.» (2:129)
·
«Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager
de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie…» (2:151)
·
«Réussit, certes, celui qui se purifie, et se
rappele le nom de son Seigneur, puis prie.» (87:14-15)
·
«Et quiconque se purifie, ne se purifie que pour
lui-même, et vers Allah est la Destination.» (35:18)
Dans tous ces versets Allah
Tout-Puissant fait état des mutassawif,
ou ceux qui sont préoccupés à se purifier. Ils se souviennent de leur Seigneur
en tout lieu et en tout moment en invocant Ses Noms et Attributs, et ils sont
attentifs dans leurs prières. Ceci est l’essence du tassawwouf, et aussi
l’essence de l’Islam. Nous rappelons encore au lecteur que ceci n’est qu’un
terme technique, qui peut être remplacé par tout autre synonyme. Pour quiconque
prétend suivre ou pratiquer l’Islam, alors ce combat pour la purification du
soi est obligatoire, comme il est clairement ordonné dans ces versets. En
vérité, il est sans importance de prétendre qu’il puisse avoir une soumission
totale à Allah sans se purifier soi-même et voici pourquoi certains savants,
parmi lesquels l’Imam Ghazali et l’Iman Souyouti, ont considéré le tassawouf
comme une obligation religieuse (wajib).[21]
Que l’on réussisse ou non dans cette poursuite dépend d’Allah, mais quoiqu’il en
soit sa nécessité incombe à tous les Musulmans, hommes et femmes.
Il
Promet De Guider Les Mouhsinin
Allah ordonne: «O vous qui croyez! Craignez Allah, cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui
et luttez pour Sa cause. Peut-être serez-vous de ceux qui réussissent!» (5:35).
Ce verset ordonne de se battre dans la voie d’Allah – et non dans celle de
l’égo et vers ses désirs – si l’on souhaite être victorieux. Et il indique la
nécessité de suivre les pas du Prophète comme un moyen pour s’approcher d’Allah
Tout-Puissant, et le prendre ainsi que ceux qui le connaissent comme guides.
Allah dit aussi: «O vous qui
croyez! Craignez Allah et soyez avec les véridiques.» (9:119). Le verset montre
une évidence de la nécessité de tenir compagnie et de s’associer avec les
meilleurs serviteurs d’Allah. Les Sadiqin
sont ceux qui ont atteint les plus hauts niveaux de la foi selon le verset déjà
mentionné: “Il est parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans
leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux sont morts, et d’autres
attendent encore; et ils n’ont varié aucunement (dans leur engagement).
(33:23). Ceci signifie qu’en tout temps il y a des gens qui tiennent solidement
à leur engagement envers Allah. Ceux-là sont les amis d’Allah mentionnés dans
d’autres versets, parmi lesquels: «En vérité, les bien-aimés d’Allah seront à
l’abri de toute crainte, et ils ne sont point affligés» (10:62). L’un de ces
Amis d’Allah est al-Khidr. On ordonna au prophète Moise de l’accompagner afin
d’apprendre une partie de sa sagesse.
Allah dit: «Quant à ceux qui
luttent pour notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers. Allah est
en vérité avec les bienfaisants» (29:62). La plupart des savants de l’Islam
pratiquèrent tazkiyat al-nafs et
essayèrent d’atteindre l’état d’ihsan
illustré par le haut calibre des saints auquel le verset ci-dessus fait
allusion. Ils sont les pieux exemples de ceux qui répendirent l’Islam en Asie
Centrale, en Inde, au Pakistan, en Turquie, en Bosnie, en Indonésie, en
Malaisie, en Chine, en Indochine, en Espagne, et en Afrique. Tous ces savants
pratiquèrent le tassawwouf et utilisèrent ses métodes pour propager l’Islam
dans ces pays, à travers leurs états de zouhd,
wara', taqwa et tazkiya, ce qui
les rendit comme des aimants pour les masses des gens qui se virent attirés à
l’Islam par leur canal.
Allah décrit éloquemment la
rencontre de Sayiddina Moussa avec Sayiddina Khidr dans les versets suivants:
«Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avons donné une grâce de
Notre part, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Nous. Moïse lui
dit: «Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes ce qu’on t’a appris
concernant une bonne direction?» L’autre dit: Sûrement, tu ne pourras pas être
patient avec moi.» (18:65-67). De ces versets, nous voyons que quoique Sayiddina Moussa fut un prophète et de
surcroit le seul prophète à parler directement à Allah (kalimoullah), Sayiddina Khidr possédait une connaissance que Moise
n’avait pas, et qu’il cherchait à obtenir de lui. Khidr recevait son savoir
directement de la Présence d’Allah (`ilm
ladounni) car il était , comme nous l’avons dit, l’un des Amis d’Allah.
Allah dit aussi: «Et suis le
chemin de celui qui se tourne vers Moi» (31:15). Youssouf `Ali commente
convenablement ce verset en ces termes: «Ceci est le chemin de ceux qui aiment
Allah.» Ceci est en effet un état d’amour qui est lié au coeur, non à l’esprit.
A partir de l’ordre de tenir compagnie avec les Véridiques, à partir des
versets de la rencontre de Moise avec al-Khidr, et à partir de l’ordre de
suivre la voie des vrais Amoureux d’Allah, nous dérivons trois des nombreuses
preuves de l’obligation de suivre un guide ou «maître d’éducation» (cheick al-tarbiya) dans la terminologie
technique du tassawwouf.
Dans son livre intitulé Rawdat
al-mouhibbin wa nouzhat la-moushtaqin
(Le jardin des amoureux et la promenade des aspirants), Ibn Qayyim al-Jawziyya assembla quelques dires des grands Soufis
sur l’amour et sa priorité dans l’adoration[22]:
·
Jounayd dit, «j’entendis al-harith al-Mouhassabi dire,
l’amour est quand tu t’inclines complètement envers quelque chose, ensuite la
préférence de cette chose sur soi-même et sur ton esprit et tes possessions,
ensuite la conformité avec cette chose intérieurement et extérieurement, et la
réalisation de ta faiblesse dans ton amour pour Lui.»
·
Abdoullah ibn al-Moubarak dit: «Quiconque auquel
est donné une portion d’amour et auquel il n’est pas donné une équivalence de
piété, a été lésé.»
·
Yahya bin al-Mouadh al-Razi dit: «Un amour du
poids d’un atome est préférable pour
moi que d’adorer plus de soixante-dix années sans amour.»
·
Abou Bakrah al-Qattani dit: «Il y avait une
discussion au sujet de l’amour (de Dieu)
à la Mecque au cours du pèlerinage et les cheicks en parlèrent. Jounayd
était le moins âgé d’entre eux et ils dirent: Dit ce que tu possèdes O Iraqi.
Il baissa sa tête par déférence et ses yeux se remplirent de larmes ensuite il
dit: Un esclave se laissant lui-même, connecté avec le souvenir de son
Seigneur, debout avec l’accomplissement de ses obligations, Le regardant avec
son cœur, lequel cœur est consumé par la lumière de son Essence, sa soif est
satisfaite du verre de Son amour, et s’il parle c’est par Allah, et s’il met en
garde c’est d’Allah, et s’il se déplace c’est sur l’ordre d’Allah, et s’il est
silencieux c’est qu’il est avec Lui, et il est par Allah, il est pour Allah, il
est avec Allah (fa houwa billahi wa
lillahi wa’allahi). Les cheicks s’esclamèrent et dirent: Il n’y a rien
au-dessus de ceci, qu’Allah te renforce, couronne des Connaisseurs!»
Ces mots de Jounayd sont liés
à l’un des textes fondamentaux montrant l’évidence du miracle ou karamat des
saints, le hadith qoudsi (dire
inspiré) rapporté dans Boukhari par Abu Hourayra, le Messager d’Allah dit:
«Allah dit»:
Quiconque nuit à celui qui s’est consacré à Moi, Je lui déclarerai la
guerre. Mon serviteur ne se rapproche de Moi par rien qui M’est agréable que
l’accomplissement des obligations que Je lui ai imposées. Mon serviteur ne
cessera de se rapprocher de Moi par des pratiques surérogatoires jusqu’à ce que
Je l’aime, et quand Je l’aime, Je deviens l’oreille par laquelle il entend, les
yeux par lesquels il voit, la main par laquelle il empoigne, son pied par
lequel il marche. S’il Me sollicite quelque chose, certes, Je la lui accorderai,
et s’il sollicite Ma protection, certes, Je la lui accorderai …
·
L’amour d’Allah fut mentionné par Dhoul-Noun et il
dit: «Assez, ne discutez pas de cette question car le nafs l’entendra et il le
réclamera.» Et il continua:
«En ce qui concerne le
rebel, la peur et le remord sont meilleurs! L’amour d’Allah est pour celui qui
a déjà peur et est purifié de toute vulgarité.»
·
Dhoul-Noun dit aussi: «Pour toute chose il y a une
punition, et la punition pour le Connaisseur d’Allah est lorsqu’il est détaché
du souvenir d’Allah (dhikroullah).»
·
Jounayd fit allusion à cette différence de niveaux
dans sa réponse lorsqu’il fut questionné: «Par dessus tout, il y a des gens qui
disent que définitivement ils atteignent le niveau de la bonté en ne faisant
aucune action.» Il dit: «Parlent-ils de la suppression des actes (obligatoires
et autres)? Non, quiconque commet l’adultère et vole est mieux que celui qui
tient un tel propos. Car sûrement les connaisseurs d’Allah (al `arifina billah) prennent les actions
dictées par Allah et retournent à Lui avec ces actions, et si j’avais à vivre
mille années je ne diminuerais jamais de faire de bonnes actions.»
·
Jounayd dit aussi: «Le connaisseur d’Allah n’est
pas considéré comme connaisseur jusqu’à ce qu’il ne devienne comme la terre; ça
lui est égal qu’une bonne ou une mauvaise personne le piétine; ou comme la
pluie, elle tombe sans discrimination sur ceux qu’elle aime ou ceux qu’elle
n’aime pas.»
·
Soummoun dit: «Les amoureux d’Allah ont obtenu
l’honneur des deux mondes, celui-ci et celui de l’au-delà. Le Prophète dit:
«L’être humain est avec celui qu’il aime.» Ils sont avec Allah dans la dunya et
dans l’au-delà.»
·
Yahya ibn Mou’adh dit aussi: «Il n’est pas
véridique celui qui prétend qu’il L’aime et trépasse Ses limites.»
·
Et il dit: «Le connaisseur d’Allah abandonne cette
vie mondaine et il n’a pas assez de deux choses: pleurer sur son propre soi, et
son grand désir pour son Seigneur.»
·
Et quelqu’un dit: «Le connaisseur d’Allah ne
devient un connaisseur jusqu’à ce que lui soit offert les trésors de Soulayman,
cela ne l’intéressera pas, même pas le temps d’un clignement de paupières.»
Après les versets qui s’adressent à l’auto-purification, citons maintenant
des versets qui évoquent l’état d’ihsan ou l’excellence du caractère. Allah
dit:
·
«La Miséricorde d’Allah est proche des
bienfaisants.» (7:56)
·
«Certes, Allah est avec ceux qui L’ont craint avec
piété et ceux qui sont bienfaisants.» (16:128)
·
«Y a-t-il d’autre récompense pour l’Excellence que
l’excellence ?» (55:60)
·
«Et il récompense ceux qui font le bien par la
meilleure récompense.» (53:31)
·
«Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance
(ihsan) et l’assistance aux proches.
Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous
exhorte afin que vous vous souveniez.» (16:90)
·
«Non, mais quiconque soumet à Allah son être entier tout en faisant du bien ( dans
l’état d’ihsan), aura sa rétribution
auprès de son Seigneur. Pour eux nulle crainte, et ils ne serons point
attristés.» (2:112)
·
«Et quiconque soumet son être entier à Allah tout
en étant bienfaisant (ihsan),
s’accroche réellement à l’anse la plus ferme. La fin de toute chose appartient
à Allah» (31:22)
·
«Qui est meilleur en religion que celui qui soumet
son être entier à Allah tout en oeuvrant bien dans la voie qu’Allah aime…»
(4:125).
Les versets au sujet de l’état
d’ihsan sont très nombreux , mais ce
qui a été cité est suffisant. Le sens de ihsan, comme le Prophète l’a défini,
c’est prier avec humilité et soumission (khoudou'
et khouchou') comme si l’on voyait Allah et être conscient qu’Il nous voit.
Dans son livre «Livre de Définitions» (Kitab
al-ta’rifat), al-Jourjani (d. 816) dit:
al-ihsan: nom verbal dénotant ce que l’on doit faire dans la voie du bien. Dans la
Chari`a cela signifie adorer Allah comme si tu Le vois, et si tu ne Le vois
pas, Il te voit. C’est le degré de la vraie adoration dans la servitude prédit
dans la vue de la divinité avec la lumière de la vision spirituelle (al-tahaqqouq bi al-`ouboudiyya `ala
moushahadat hadrat al-rouboubiyya bi nour al-basira). Ceci est: la vue d’Allah comme Il est décrit par Ses
attributs et à travers Son réel atttribut, afin que l’on puisse Le voir avec
certitude, non littéralement (fa houwa
yaqinan wa la yarahou haqiqatan).
C’est la raison pour laquelle le Prophète dit: «Comme si tu Le voyais.» Car on
Le voit derrière le voile de Ses attributs.[23]
Le mot ihsan et ses dérivés
ont les sens suivants dans le dictionnaire:
hassouna: “devenir, sembler, rendre excellent, beau”
ihsanan: “faire excellemment”
ahsana: “il fit une bonne action”
ihsan: “gentillesse”
housna: “récompense”
hassan: “excellent, beau”
hissanoun: “beaux”
«Devenir beau» dans le premier sens de ces définitions signifie se décorer
avec de bons attributs, embellir intérieurement et extérieurement. Utiliser
comme adjectif, il signifie gentillesse comme une caractéristique ou une
attitude interne aussi bien que tranquilité.
Il apparait évident que l’état d’ihsan cité dans le Saint Coran est un état très important, état que
l’ange Jibril dé- montra comme partie intrinsèque de la religion, et qu’il plaça au même niveau que les états de
l’Islam et de la foi. La religion consiste en trois états , l’Islam, l’Iman et
l’Ihsan, chacun avec sa définition. Ceci est la raison pour laquelle il est
mentionné en plusieurs lieux dans le Saint Coran et la raison pour laquelle
lorsque le Prophète fut questionné à ce sujet par Jibril, il lui donna la même
importance que l’Islam et l’Iman.
Ceci est le sens de la science
entière du tassawwouf. A ceux qui s’y opposent nous disons: Vous pouvez changer
ce terme si vous ne l’aimez pas, mais nous l’aimons ainsi parce que c’est un
terme bien connu, bien utilisé. Les termes ne changent pas la nature ou la
réalité fondamentale d’une chose. Comme l’adage le dit, «une rose quelque
soit le nom qu’on lui donnera aura toujours une bonne odeur.»
Comme nous l’avons dit dans les paragraphes antérieurs, le terme tassawwouf
est un terme technique qui a pris ses origines à travers les sens variés que
nous avons cités dans la première et seconde réponse. Il a ses racines
profondes dans la Sunna du Prophète, dans la mesure où son origine est l’ihsan,
l’état d’Excellence qui est mentionné dans le hadith de Jibril, hadith qui est
connu par tous les savants comme «la source de la Sunna et de tous les hadiths»
(oumm al-Sunna wa oumm al-ahadith).
Oumar – qu’Allah lui accorde Sa
satisfaction – dit aussi: «Pendant que nous étions assis un jour avec le
Messager d’Allah – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – soudain un
homme vint à nous. Il était habillé d’un vêtement excessivement blanc. Ses
cheveux étaient très noir. Il n’y avait pas de signe de voyage sur cette
personne. Aucun d’entre nous ne le connaissait. Il alla s’asseoir en face du
Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – appuyant ses genoux
contre les genoux du Prophète et ses mains sur ses jambes.
Il dit: «O Muhammad!
Informe-moi au sujet de l’Islam.» Le Messager d’Allah – la bénédiction et le
salut d’Allah sur lui – dit: «L’Islam est le témoignage qu’il y n’a de Dieu qu’Allah,
et que Muhammad est le Messager d’Allah; de faire la prière; de payer la zakat;
de jeûner pendant le mois du Ramadan; et d’effectuer le pèlerinage à la (maison
d’Allah) si tu as les moyens de t’y rendre.» L’homme dit: «Tu as dit la
vérité.» Nous étions surpris de lui: comment peut-il être en train de poser des
questions au Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – et en même
temps confirmer ses réponses? Ensuite il dit: «Parle-moi au sujet de la Foi.»
Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «La Foi est de
croire en Allah, Ses anges, Ses livres, Ses messagers, au Jour du Jugement, et
de croire en la prédestination, le bon et le mal.» L’homme dit: «Tu as dit la
vérité. Maintenant, parle-moi au sujet de l’Ihsan.» Le Prophète – la
bénédiction et le salut d’Allah sur lui – répondit: «L’Ihsan est d’adorer Allah
comme si tu Le vois, car si tu ne Le vois pas, certainement Il te voit.»
L’homme dit: «Maintenant
informe-moi au sujet de l’Heure.» Le Prophète – la bénédiction et le salut
d’Allah sur lui – dit: «Celui qui est questionné n’en sait pas plus que celui
qui questionne.» Il dit: «Ainsi parle-moi au sujet de ses signes.» Il répondit:
«La fille-esclave donnera naissance à ses maîtresses, et tu verras les va-nu-pieds,
pauvres bergers construire de grands buildings.» Alors il s’en alla et le temps
s’écoula. Longtemps après il me dit: «O `Oumar, sais-tu qui posait ces
questions?» Je dis: «Allah et Son Messager savent mieux.» Il dit: «Il n’était
rien d’autre que Gabriel. Il était venu vous enseigner votre religion.»
Rapporté par Mouslim.
Dans cet hadith, Jibril a
divisé la Religion en trois catégories ou branches, à partir desquelles toute
la religion, tous les hadiths et toute la Sunna dérivent. Et, il précisa chaque
branche en posant chaque question séparément. La première branche était au
sujet de la question «Qu’est-ce l’Islam?»,
la seconde était au sujet de la question «Qu’est-ce l’Iman?», et la troisième était au sujet «Qu’est-ce l’Ihsan?» Nous ne pouvons pas dire que la
Religion est seulement l’Islam, ou seulement l’Iman ou seulement l’Ihsan. Nous
disons que chaque branche est essentielle à la Religion, et ne peut pas être séparée. Le Prophète, dans ses réponses
à ces questions confirma ceci et dit à ses Compagnons après que Jibril soit
parti, «Jibril était venu vous enseigner votre religion.»
Nous voyons à partir de ce
hadith de Jibril qu’il catégorisa la religion en trois piliers ou composantes
essentielles. Le premier est le pilier de l’Islam.
Le deuxième est le pilier de l’Iman
et le troisième est le pilier d’Ihsan.
Le premier pilier est le côté pratique de la religion, comprenant l’adoration,
les actions et autres obligations. L’état de ce pilier est le côté externe du
soi, qui a attrait au corps et à la communauté. Les savants appellent celui-ci
la Chari`a. Les savants sont spécialisés en cette science et elle fut nommée
«Science de la Jurisprudence» (`ilm
al-fiqh). Le second pilier consiste en la croyance à travers l’esprit et le
cœur. Cela signifie croire en Allah, en Ses Messagers, Ses Livres, les Anges,
le Jour du Jugement, et le Destin. Et ceci fut connu par les savants comme `ilm al-tawhid. Le troisième pilier est
le principal sujet du tassawwouf.
Ihsan (La Perfection Du Caractère)
Le troisième aspect de la Religion est connu comme l’aspect spirituel du
cœur, qui combine avec le premier pilier, l’adoration, et le deuxième pilier,
la croyance, amène l’individu à être conscient d’être en présence d’Allah dans
toutes ses actions et pensées comme s’il Le voyait. Et s’il ne peut Le voir – parce que personne ne peut Le
voir dans cette vie -- alors, il doit garder la permanence de la présence d’Allah dans son cœur, sachant
qu’Il est présent dans chaque atome et chaque particule de son adoration et de
sa croyance – voilà, les états et
qualités de son adoration et sa croyance. En conséquence, cela produira en lui
un état d’excellence, un état de haute qualité, en ayant à l’esprit la présence
de la vision d’Allah sur lui et en
ressentant le plaisir spirituel et la lumière de la connaissance
qu’Allah dirigera à son cœur en guise de Sa faveur et de Sa gratitude. Voilà ce
que les savants ont nommé la Science de la Vérité ou `ilm al-haqiqa, connue dans le temps des Compagnons comme al-siddiqiyya ou la voie des saints
véridiques. C’est plus tard qu’il fut
connu sous le nom de tassawwouf.
Nous pouvons résumer les
définitions précédentes en disant que l’islam
prescrit les comportements du Musulman, l’iman
décrit ses croyances et les définit, et l’ihsan se réfère à l’état du coeur qui détermine si l’Islam et
l’Ihsan de l’un portera fruit dans cette vie ou dans celle de l’au-delà.
L’évidence de ceci est rapporté dans Boukhari dans le hadith mentionné dans les
paragraphes précédents: «Sûrement il y a un morceau de chair dans le corps,
s’il est bon tout le corps est bon et s’il est corrompu tout le corps est
corrompu et c’est le cœur.»
{ chahada
{ salat
{ islam { zakat
{ { sawm
{ { hajj
{
{ { billah
DIN
{ { wa mala'ikatihi
{ { wa koutoubihi
AL-
{ iman { wa roussoulihi
{ { wa al-qadar khayrihi
ISLAM { { wa charrihi
{ { wa al-yawmi al-qkhir
{
{ { taqwa
{ an ta`bouda Allah { wara’
{ ka’annaka tarah
{ zouhd
{ (adorer Allah comme { khouchou
{ si tu Le vois)
{ khoudou
{ ihsan { sabr
{ { tawba
{ { rahma
{ karam
{ hilm
…
Ihsan est divisé en plusieurs parties comprenant toutes les bonnes
caractéristiques et qualités du croyant telles
que taqwa (la crainte
d’Allah), wara' (la peur scrupuleuse
d’Allah), zouhd (l’ascétisme), khoushou (la révérence), khoudou (l’humilité), sabr (la patience), sidq (la franchise), tawakkoul
(la confiance), adab (les bonnes
manières), tawba (le repentir), inaba (le retour à Allah), hilm
(l’indulgence), rahma (la
compassion), karam (la générosité), tawadou' (l’humilité), haya (la modestie), chaja`a (le courage), etc..
Toutes ces qualités sont
celles du Prophète, et le caractère du Prophète est le Coran , selon le dire
d’Aïcha «Son caractère était le Coran.»[24]
Le Prophète à son tour revêtit ses Compagnons avec ces qualités si bien qu’ils
devinrent de parfaits et de brillants exemples pour l’humanité à savoir comment
les êtres humains devraient vivre en parfaite harmonie avec le Créateur et
entre eux.
Dans son explication de cet
hadith, l’Imam Nawawi parle de l’Ihsan
sous les termes de maqam al-mouchahada
(la station de l’expérience) et maqam
al-siddiqin (la station des Saints les plus véridiques) qui sont des branches
du tassawwouf. Le texte complet du commentaire sur le hadith de Jibril par
l’Imam Nawawi est le suivant.
«Parle-moi au sujet de la foi (iman).»
L’Iman, lexiquemment parlé,
signifie une conviction de nature générale. Légalement, c’est une expression
pour une conviction spécifique dans la croyance en Allah, Ses anges, Ses
livres, Ses messagers, le jour dernier, et tout ce qui est décrété, le bon et
le mal. Islam est un mot signifiant
la performance des obligations légales. Celles-là sont les actions externes que
l’on applique à soi-même.
Allah Le plus Exalté a fait
une différence entre la foi (iman) et
la soumission et ceci est aussi mentionné dans le hadith. Il dit: «Les Arabes
disent: «Nous avons la foi.» Dit: «Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt:
Nous sommes simplement soumis» (49:14). Ceci est parce que les hypocrites
priaient, jeûnaient, et payaient l’aumône légale cependant ils niaient dans
leur cœur. Lorsqu’ils prétendaient avoir la foi, Allah déclara leur
revendication de mensonge à cause du refus dans leur cœur, mais Il confirma
leur revendication de soumission à cause de leur performance des devoirs.
Allah dit: «Quand les
hypocrites viennent à toi, ils disent: «Nous attestons que tu es certes le
Messager d’Allah,» Allah sait que tu es vraiment Son Messager, et Allah atteste
que les hypocrites sont assurément des menteurs» (63:1). Ils sont menteurs dans
leur revendication d’attestation au message puisque leurs cœurs le nient. Les
mots de leur bouche ne sont pas en accord avec le contenu de leurs cœurs, alors
que la condition de l’attestation au message est que la langue confirme ce que
contient le cœur. Lorsqu’ils mentaient dans leur revendication, Allah exposait
leur mensonge.
Puisque la foi est aussi une
condition pour la validité de la soumision, Allah l’Exalté différencie le
soumis (musulman) du croyant (mou'min) en disant: «Nous avons donc
fait sortir ce qu’il y avait comme croyants, mais Nous n’y avons trouvé qu’une
maison de gens soumis» (51:35-36). Cette distinction lie la croyance et la
soumission comme étant une condition et son exécution.
Pour finir, Allah désigna la
prière par le nom de "foi" lorqu’Il dit: «Et ce n’est pas l’objectif
d’Allah de vous faire perdre votre foi» (2:143) et «Tu n’avais aucune
connaissance du Livre ni de la Foi» (42:52). Il parle de la prière.
«Et de croire en ce qui a été décrété (qadar),
le bien et le mal.»
Le mot est prononcé de deux manière; qadar
et qadr.
La voie des Gens de La Vérité
(c’est-à-dire Ahl al-Sunna wa al-Jama`a) est de fermement croire au décret
d’Allah. Le sens de ceci est qu’Allah – Glorifié et Exalté soit-Il – a décrété
les choses depuis la pré-éternité et qu’Il – Glorifié et Exalté soit-Il – sait
qu’elles se manifesteront aux temps qui sont connus de Lui; et elles se
dérouleront exactement selon ce qu’Il a décrété – Gorifié et Exalté soit-Il!
Sache qu’il y a quatre sortes
de décrets:
1. Le décret dans la Prescience Divine. Il est dit à son sujet: L’affection (`inaya) devant l’amitié (milaya), le plaisir avant la naissance,
et la moisson se poursuit dès les
premiers fruits. Allah l’Exalté dit: «Est détourné de lui quiconque a été fait
pour être détourné» (51:9). En d’autres mots, l’un est détourné d’entendre le
Coran et de croire dans ce monde celui qui a été détourné d’eux dans la
pré-éternité.»[25]
2. Le décret sur la Tablette Protégée. Un tel décret peut être changé. Allah:
«Allah efface ce qu’Il veut, et Il confirme ce qu’Il veut, et l’Ecriture Mère
est auprès de Lui» (13:39). Nous savons qu’Ibn `Oumar avait l’habitude de dire
dans ses invocations: «O Allah, si Tu as prédestiné des difficultés pour moi,
efface-les et écrit de la félicité pour moi.»
3. Le décret dans la matrice concernant ce que l’ange est ordonné d’écrire au
sujet de la subsistance et le terme de la vie de l’un, et s’il sera malheureux
ou prospère.
4. Le décret qui consiste à rejoindre des choses spécifiques pré-établies au
moment où elles doivent se dérouler, car Allah l’Exalté a créé à la fois le
bien et le mal et a ordonné qu’ils atteignent Ses serviteurs au temps désigné
par Lui.
Il est évident qu’Allah Tout
-Puissant créa à la fois le bien et le mal puisqu’Il dit: «Les criminels sont
certes dans l’égarement et la folie. Le jour où on les traînera dans le feu sur
leur visage on leur dira: "Goûtez au contact de l’enfer Sakar." Oui!
Nous avons créé toute chose avec mesure (qadar)»
(54:47-49). Ce verset fut révélé concernant les partisants du libre arbitre
absolu ou Qadariyya à qui on a dit: «Votre croyance est en enfer.»
Comme évidence supplémentaire
de ce qui a été décrété , l’Exalté dit: «Dit: Je cherche refuge auprès du
Seigneur du couperet contre le mal qu’Il a créé» (113:1-2). La lecture de ce
serment au moment où quelque chose de bien arrive au serviteur d’Allah
repoussera le mal avant qu’il l’atteigne. Il y a aussi dans le hadith: «Les
bonnes actions et renforcer les liens familiaux évitent une mort terrible et
éventuellement la change en une bonne»[26];
«L’invocation et l’affliction sont suspendues entre le ciel et la terre,
vivante, et l’invocation repousse l’affliction avant qu’elle ne descende.»[27]
Les partisans du libre arbitre
absolu [les Mou`tazila] prétendent qu’Allah l’Exalté n’a prédestiné aucune
chose, que Sa connaissance ne les précède pas, qu’elles commencent à exister
seulement lorsqu’elles se déroulent et que c’est à ce moment seulement qu’Il –
Exalté soit-Il – les connait. Ils mentent au sujet d’Allah. -Exalté soit-Il -Il
est très haut, au-dessus de leur propos mensonger. Ils rentrèrent dans
l’obscurantisme.
Plus tard les Qadariyya disent que le bien provient
d’Allah pendant que le mal provient de quelqu’un d ‘autre que Lui. Allah
est aussi Exalté haut au-dessus d’une telle déclaration. Dans un hadith
authentiquement rigoureux, le Prophète dit: «Les croyants au libre arbitre
absolu sont les Zoroastriens de cette Communauté.»[28]
Il les nomma Zoroastriens parce que leur école de pensée ressemble à celle du
dualisme Zoroastrien. Les Dualistes prétendent que le bien est effectué par la
lumière et le mal par l’obscurité, et c’est ainsi qu’ils méritèrent ce nom.
Similairement, les partisants du libre arbitre absolu attribuent le bien à
Allah et le mal à quelqu ‘un d’autre que Lui,– Exalté soit- Il –Il est le
Créateur à la fois du bien et du mal.
L’Imam des Deux Sanctuaires[29]
dit dans le "Livre de Guidance aux Preuves Définitives Concernant les
Fondations de la Coyance"[30]
que certains des Qadariyya disent:
«Ce n’est pas nous, mais vous (Ahl al-Sunna) qui êtes les Qadariyya à cause de
votre croyance au soit disant Décret.» Jouwayni répondit à ces ignares qu’ils
se sont attribués le pouvoir du décret, et quiconque revendique, par exemple,
le pouvoir du mal et se l’attribue, mérite son attribu, plutôt que celui qui
l’attribue à d’autres qu’à lui-même et nie toute paternité à son sujet.
«Informe-moi au sujet de l’ihsan.»
Il dit: «L’ihsan c’est l ‘adoration
d’ Allah comme si tu Le voyais.»
Ceci est la station de la Vrai Vision ( maqam al-mouchahada). Quiconque est
capable de voir directement le Roi répugne à se tourner vers d’autres que Lui
dans la prière et à affairer son cœur avec d’autres que Lui.
La Station d’ihsan est la
Station des Saints les Plus Véridiques (maqam
al-siddiqin) à laquelle nous avons fait référence dans notre commentaire
sur le hadith de l’intention (Les actions sont selon leurs intentions):
[Al-Mouhassibi dit: «La
véracité (sidq) en tant qu’attribut
d’un serviteur d’Allah, signifie la constance dans le comportement visible et
caché d’une personne, en privé comme en public. La véracité est réalisée après
la réalisation de toutes les stations (maqamat)
et états (ahwal). Même la sincérité (ikhlas) a besoin de la véracité, alors
que la véracité n’a besoin de rien, parce que quoique la réelle sincérité est
de chercher Allah à travers l’obéissance, on peut chercher Allah en priant et
toujours être insouciant ou absent en son propre cœur en cours de prière. La
véracité est ainsi chercher Allah au moyen de l’adoration avec une complète
présence du cœur devant Lui. En vérité tout véridique (sadiq) est sincère (moukhlis),
pendant que tout sincère n’est pas véridique. Ceci est la signification de
connection (ittissal) et déconnection
(infissil): le véridique s’est
déconnecté de tout ce qui est autre qu’Allah (ma siwa Allah) et il
s’est empressé en la présence auprès d’Allah (al-houdour billah). Ceci est aussi le sens de la renonciation (takhalli) de tout ce qui est autre
qu’Allah et l’auto-revêtement (tahalli)
avec la présence auprès d’Allah, Le Glorifié, L’Exalté.»]
«Il te voit certainement».
Il voit ton insouciance si tu
es insouciant pendant la prière et que tu converses avec ton moi.
«Informe-moi au sujet de l’Heure.» Il répondit: «Celui qui est interrogé n’en sait pas plus sur elle que celui qui
l’interroge.»
Cette question indique que le
Prophète – le salut et la paix d’Allah sur lui – ne connaissait pas l’Heure. La
connaissance de l’Heure est parmi les choses dont Allah s’est réservé la
connaissance. Il dit: «La connaissance de l’Heure est auprès d’Allah» et «C’est
lourd dans les cieux et sur la terre, et elle ne viendra à vous que
soudainement» (7:187) et «Qu’en sais-tu? Il se peut que l’Heure soit proche»
(33:63, 42:17).
En ce qui concerne ceux qui prétendent
que l’âge de ce monde est de 70000 ans et qu’il en reste 63000, c’est une
fausse déclaration rapportée par al-Tawkhani dans les «Causes de la Révélation»
par certains astrologues et mathématiciens. Encore, quiconque prétend que le
terme du monde est de 7000 années, fait une affirmaton audacieuse au sujet de
l’Inconnu, et ce n’est pas permis d’y croire.
«Informe-moi au sujet de ses signes.» Il répondit: «Quand la fille-esclave donnera naissance à sa propre maîtresse.»
Une autre version dit: «à son
maître.» La plupart des commentateurs disent que ceci est un signe de
multiplicité des filles-esclaves et leurs progénitures. Un enfant né d’un
maître de fille-esclave est comme son maître, parce que les possessions du
proprétaire vont à ses enfants. Certains disent que la signification se réfère
aux filles-esclaves donnant naissance à des rois. La mère tombera alors sous la
souveraineté de son fils. Une autre signification est qu’une personne peut
avoir un fils avec une fille-esclave avant de la vendre; ensuite le fils
grandit et achète sa propre mère. Ceci est une des conditions de l’Heure.
«Quand tu verras les
va-nu-pieds, les déguenillés, les pauvres gardiens de bêtes rivalisant les uns
les autres dans la construction de grands buildings.»
Cela signifie que les Bédoins qui vivent dans le désert et leurs
semblables parmi les parvenus et les pauvres deviendront des experts dans
l’érection de grandes structures. Le monde leur sera généreux et ils finiront
par vivre dans le luxe avec leurs buildings.
«Et il (le Prophète) attendit [labitha] longtemps.»
Les rapports disent aussi:
«J’attendis [labithou] longtemps.»
Les deux sont fiables. Dans la narration d’Abou Dawoud et de Timidhi, `Oumar
dit: «Après trois jours.» Dans le Charh
al-Tanbih de Baghawi, il est rapporté: «Après trois jours ou plus,» ce qui
apparemment signifie après que trois nuits soient passées. Tout ceci
apparemment contredit la version d’Abou Hourayra dans sa narration (dans
Boukhari): «L’homme se leva et parti, après lequel le Messager d’Allah dit – la
paix et le salut d’Allah sur lui: «Ramenez-moi cette personne» et ils le
cherchèrent pour le ramener, mais ils ne trouvèrent personne. Alors il dit—la
paix et le salut d’Allah sur lui: «C’était Gabriel.»»
Il est possible de
réconcillier les deux versions de l’évènement en considérant qu’Oumar n’a peut
être pas été présent au moment de la révélation du Prophète – la paix et le
salut d’Allah sur lui –qu’il s’était levé et avait pris congé du groupe à ce
moment-là. Ainsi le Prophète – la paix et le salut d’Allah sur lui – fit juste
sa révélation à ceux qui furent présents, et ils informèrent `Oumar à leur tour
après trois jours, puisqu’il n’avait pas été présent au moment où le reste des
Compagnons avaient été informés.
«C’était Gabriel. Il était venu
vous enseigner les prescriptions de votre religion.»
Il y a une indication dans
cette déclaration que l’islam, l’iman, et l’ihsan sont ensembles nommés «religion» (din).
Le hadith démontre que la
croyance au décret d’Allah est une obligation, et que l’on doit éviter les
choses interdites, et que le contentement avec ce qui advient est une
obligation.
Un homme vint à Ahmad ibn
Hanbal – qu’Allah soit satisfait de lui – et dit: «Donne-moi des conseils»: Il
lui dit:
«Si Allah l’Exalté S’est
approprié la provision de toutes les subsistances, pourquoi t’inquiètes-tu? Si
en vérité la compensation pour toutes les choses appartiennent à Allah,
pourquoi être mesquin? Si en vérité il y a un Paradis, pourquoi ne pas
s’appaiser maintenant? Si en vérité il y a un Feu, pourquoi désobéir? Si le
questionnement de Mounkar et de Nakir est vrai, qu’est-ce qui est bon de se
tenir en compagnie des humains?[31]
Si le monde est destiné à une instinction, quelle paix d’esprit y a-t’il? Si en
vérité il y a un compte à rendre, à quoi servent les possessions? Et si toutes
les choses sont mesurées et décrétées à passer, pourquoi avoir peur?»
L’auteur de Maqamat al-`oulama (Les stations des
érudits)[32] mentionne
que le monde est divisé en 25 parties:
·
Cinq ont rapport à ce qui est mesuré et décrété à
se produire: la subsistance, les enfants, les parents, le pouvoir, et l’âge;
·
Cinq ont rapport à l’effort personnel (ijtihad):
le paradis, l’enfer, la décence, la galanterie, et l’écriture;
·
Cinq ont rapport à l’habitude: manger, dormir,
marcher, l’accouplement, et se soulager des excréments;
·
Cinq ont rapport à la constitution naturelle:
l’abstinence, la pureté, l’altruisme, la beauté, et la dignité;
·
Cinq ont rapport à l’héritage: la richesse, les
relations, l’indulgence, la vérité, et la loyauté.
Aucun des éléments ci-dessus
cités ne contredit le dire du Prophète – la paix et le salut d’Allah sur lui –
où il dit «Toute chose est mesurée et destinée à passer.»[33]
Au contraire, cela veut dire que certaines de ces choses sont déterminées par
des causes (secondaires), tandis que d’autres ne le sont pas, et toute chose
est destinée mesurée et destinée à passer.
L’école à laquelle les Compagnons furent formés
n’a pas péri après la mort du Prophète. Au contraire, les méthodes et la
connaissance, dont Il était doté, furent transmises à ses Compagnons – qu’Allah
soit satisfait d’eux – et chacune était une école à partir de laquelle la Umma
dériva ses enseignements. Avec le passage du temps, ces écoles
développèrent et formalisèrent leurs
méthodes et créèrent une science distincte nommée la Science de tassawwouf. Tout comme les écoles de Chari`a se
formèrent au cours des trois premiers siècles de l’Islam, de même de distinctes
et visibles écoles de tassawwouf passèrent la connaisance et science aux
générations successives de Musulmans. Et comme la Chari`a ne se développa pas
en dehors du cadre de l’Islam, du Coran et de la Sunna, même si ses branches et
son contenu couvrent plusieurs éléments non mentionnés verbalement dans ces
sources, de même le tassawwouf se
développa basé sur la structure établie par le Livre et la Sunna et jamais ne
déborda des limites de ces paramètres.
Le nom de «Science de Réalité» ou `ilm
al-haqiqa est souvent attribué au tassawwouf. L’Imam Ahmad dit après avoir
entendu al-Harith al-Mouhassibi parlé: «Je n’ai jamais entendu à propos de la
Science des Réalités (`ilm al-haqa`iq)
des mots comme ceux prononcés par cet homme.»[34]
Le sens de cette expression est que la réalité de l’adoration du servant
consiste en la condition spirituelle du cœur, pendant que la performance de son
adoration consiste à remplir légalement ses obligations externes. Cette
dernière, l’ensemble des obligations externes, est l’objet de la Chari`a et ses
ramifications sont nombreuses tandis que la première, la réalité de
l’adoration, est le sujet du haqiqa dont les ramifications sont très peu
nombreuses.
Un exemple de ces deux aspects
est illustré par la prière. Il est obligatoire de performer la prière avec tous
ses mouvements, ses règles essentielles, selon les stipulations de la Chari`a.
Ceci est connu comme jassad al-salat
ou le «corps de la prière.» Cependant, l’un des principes essentiels de la
prière est de garder son cœur en la présence Divine d’Allah et de savoir qu’Il
nous observe au cours de la prière. Ceci nous donne la Réalité et l’Essence de
la prière. Nous savons que les gens peuvent exercer toutes les actions extérieurs
essentielles (visibles) de la prière, mais leur cœur peut ne pas y être
présent. Ce que l’état d’ihsan défini
est de garder le cœur pur et propre de toute sorte de mauvaises pensées et
attachements aux distractions de ce monde. Ceci fut la pratique du Prophète
parce qu’il dit qu’il était venu pour détourner les gens de l’attraction de ce
monde et de ses distractions.
Nous voyons dans cette
comparaison que la forme de la salat
est son corps, pendant que l’humilité et l’auto-effacement (khouchou') est son âme. Quel est ainsi
le bénéfice du corps sans son âme? Si la prière est un mouvement sans présence
d’esprit, alors l’action est similaire à celle d’un robot. Autant l’âme a
besoin d’un corps pour y vivre, autant le corps a besoin d’une âme pour lui
donner vie. Similairement la relation entre Chari`a
et Haqiqa est comme la relation entre
le corps et l’âme. Le croyant parfait
qui a atteind l’état d’ihsan est
celui qui peut joindre les deux.
Une autre expression pour
cette distinction fût donné par le Prophète dans l’un de ses hadiths:
La connaissance est de deux sortes: la connaissance établie dans le cœur et
la connaissance établie sur la langue.[35]
Al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Maqdissi (à ne pas confondre à Cheick al-Islam
al-Soulami) expliqua cette différence entre Chari`a et Haqiqa dans son essai
sur le tassawwouf intitulé Hall
al-roumouz wa mafatih al-koumouz (Le dévoilement des symboles et les clefs
des trésors):
La connaissance est de deux sortes: la connaissance extérieure (`ilm al-zahir) qui s’applique à la
Chari`a, et la connaissance intérieure (`ilm
al-batin) qui s’applique au Haqiqa. Le Prophète dit: La connaissance est de
deux sortes…[36]
L’Imam al-Shafi`i fit allusion
à la même distinction dans son dire: «La connaissance est de deux sortes: la
connaissance des croyances et la connaissance des corps.» Souyouti le relata
dans l’introduction de son livre al-Tibb
al-nabawi.[37]
Ceci est la compréhension
essentielle du tassawwuf – combiner Chari`a et Haqiqa, l’âme et le corps,
l’externe et l’interne. A cause de la grande difficulté d’accomplir cet
objectif, les méthodes du tassawwuf sont souvent appelées guerre spirituelle ou jihad al-nafs.
(Jihad Al-Nafs)
Allah déclare dans le Coran qu’Il accepte les actions de dévotions
seulement de ceux qui se purifient (qad
aflaha man zakkaha 91:9 ), qui
ont un cœur sain (illa man ata Allaha bi
qalbin salim 26:89), et qui montre un esprit humble (innaha lakabiratoun illa `ala al-khchi`in
2:45). La purification de l’Intention est l’idée majeure de ces versets. Ceci
est la raison pour laquelle les grands savants tels que Boukhari, Chafi`i,
Nawawi et autres, commencèrent leurs livres de fiqh avec le hadith de
l’intention: «Les actions sont jugées selon l’intention.»
Un acte considéré du point de
vue externe comme un acte d’adoration mais performé sans une pure intention
n’est pas considéré comme une adoration, même combattre et mourir pour la
défense des Musulmans. Le Prophète dit au sujet d’un tel combattant, «c’est un
compagnon du feu», et ils sont appelés dans la Chari`a: chahid al-fassad (martyr corrompu). C’était un mounafiq (quelqu’un qui dissimule la croyance) de Madina. Ainsi la
purification de l’intention est nécessaire pour les cinq piliers de l’Islam.
C’est dans ce sens – la purification de l’intention – que l’expression jihad al-akbar (la plus grande jihad)
est souvent utilisée en référence à l’auto-purification et c’est aussi dans ce
sens que sa supériorité s’affirme.
Ibn Qayyim al-Jawziyya dit dans al-Fawa`id:
Allah dit: «Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les
guiderons certes sur Nos sentiers» (29:69). Il a ainsi défini la direction du
jihad. Partant de là, les meilleurs sont ceux qui luttent le plus pour Sa cause,
et la jihad la plus importante est la jihad (afrad al-jihad) contre l’égo, la jihad contre les désirs, la jihad
contre satan et la jihad contre le bas-monde (jihad al-nafs wa jihad al-hawa wa jihad al-satan wa jihad al-dunya).
Quiconque lutte contre ces quatre jihads, Allah les guidera aux voies de Son
bon plaisir qui conduit à Son Paradis, et quiconque abandonne la jihad, alors
il renonce à être guidé en proportion de son abandon à la jihad.
Al-Jounayd dit: «Ceux qui
luttent contre leurs désirs et se repentent par notre amour, nous les guiderons
sur la voie de la sincérité, et on ne peut
lutter contre son ennemi extérieurement (c’est-à-dire avec le sabre)
sauf celui qui lutte contre ses ennemis internes. Ainsi quiconque a la victoire
sur eux (le moi) sera victorieux sur ses ennemis, et quiconque est défait par
eux (le moi) sera défait par son ennemi.»[38]
La concurrence et la rivalité
sont permises dans l’excellence de l’adoration. Dans ce respect, Allah établit
dans Son Livre des niveaux entre les croyants, et ceci est aussi clarifié par
d’innombrables hadiths. La récompense de la jihad est immense comme cela est
prouvé par le hadith du Prophète lorsqu’il dit que s’il pouvait , il aurait
demandé à Allah de le ramener en vie afin qu’il puisse retourner combattre et
mourir plusieurs fois en chahid ou
martyr. Mais toujours est-il qu’avec respect pour la présente issue, ceux qui
se souviennent d’Allah – y compris les parfaits savants qui sont les réels
connaisseurs d’Allah – sont supérieurs au moujahidin. Par exemple, quoique Zayd
ibn Haritha et Khalid ibn Walid furent de grands généraux, leur disparution fut
moins lourde, en terme de perte pour les Musulmans, que celle d’Abou Moussa
al-Ach`ari ou d’Ibn `Abbas. Pour cette raison, le Prophète déclara
explicitement la supériorité de ceux qui se souviennent d’Allah dans les deux
authentiques hadiths suivants.
Le Prophète dit: «Voulez-vous que je vous dise quelles sont vos meilleures
œuvres, quelles sont celles qui sont les plus pures et les plus cotées auprès
de votre Seigneur, celles qui élèvent très haut votre degré, celles qui vous
rapportent plus de salaire que de dépenser votre or et votre argent au service
d’Allah ou prendre part à la jihad en tuant ou en se faisant tuer dans la voie
d’Allah?» Ils dirent: «Nous voulons bien.» Il dit: «C’est l’invocation
d’Allah.»[39]
Il dit aussi: «Même si
quelqu’un frappe les mécréants et les idolâtres avec son sabre jusqu’à ce qu’il
les brise, et meurt teinté complètement par leur sang, les invocateurs d’Allah
lui sont supérieurs d’un degré.»[40]
Le savant de hadiths Moulla `Ali al-Qari dans son livre al-Mawdou`at al-koubra connu aussi sous
le nom al-Asrar al-marfou`a dit:
Souyouti dit: al-Khatib al-Baghdadi rapporte dans son livre «Histoire» sur
l’autorité de Jabir: Le Prophète revint de l’une de ses batailles et dit: «Vous
avez avancé de la meilleure manière: vous êtes revenu de la plus petite jihad à
la plus grande jihad.» Ils disent: «Et quelle est la plus grande jihad?» Il
répondit: «Le combat (moujahadat) des
serviteurs d’Allah contre leurs vains désirs.»
Ibn Hajar al-`Asqalani dit
dans Tasdid al-qaws: «Ce dire est
répandu et c’est un dire rapporté par ibn Ablah selon Nisa`i dans al-Kouna. Ghazali le mentionne dans le Ihya' et al-`Iraqi dit que Bayhaqi le
rapporte sur l’autorité de jabir et dit: Il y a une faiblesse dans sa
transmission.»[41]
Le hafiz Ibn Abou Jammal al-Azdi al-Andalousi (d.695) dit dans son
commentaire sur Boukhari intitulé Bahjat
al-noufous:
`Oumar rapporte qu’un homme vint au Prophète lui demander la permission
d’aller en jihad. Le prophète lui demanda: «Tes parents sont-ils en vie?» Il
dit qu’ils le sont. Le Prophète répliqua: « Alors force toi à respecter leurs
droits» (fihima fa jahid)… Il y a
dans ce hadith l’évidence que la Sunna pour entrer dans la voie et
d’entreprendre l’auto-discipline est d’agir sous la direction d’un expert, afin
qu’il nous soit montré la meilleure voie celle qui nous convient, et la plus
fiable pour l ‘aspirant. Car lorsque ce Compagnon désira aller en jihad,
il ne se contenta pas de sa propre opinion sur le sujet, mais il chercha le
conseil de quelqu’un plus savant et de plus expert que lui. Si ceci est le cas
pour la Petite jihad, qu’en est-il alors pour la Grande jihad?[42]
Ibn Hibban rapporte dans son Sahih
de la part de Fadala ibn Oubayd:
Le Prophète dit dans son dernier pèlerinage: «… Le moujahid est celui qui est en jihad contre lui-même (jahada nafsah) afin d ‘obéir à
Allah par amour.»[43]
Al-Haytami relata la version suivante dans le chapitre sur la Jihad al-nafs dans son Majma' al-zawa`id et la déclara fiable:
Le plus fort n’est pas celui qui triomphe des autres, le plus fort est
celui qui triomphe de son égo (ghalaba
nafsah).
Les livres d’histoires sont remplis
de noms de Soufis moujahidin (Les
Gens qui Combattent) et de chouhada' (Martyrs)
qui ont consacré leur vie en confrontant les ennemis de la foi et en appelant
l’humanité en la présence divine d’Allah, de même que rappelant ceux qui ont
dévié de la vraie voie et de la Sunna du Prophète. Ils accomplirent ceci avec
sagesse et ils furent efficaces. Leurs noms et leurs récits sont trop nombreux
pour être énumérés dans ce livre, cela devrait couvrir plusieurs centaines de
volumes. Il est suffisant de mentionner quelques exemples de l’histoire moderne
cités par l’auteur de The Reliance of the
Traveller (`Oumdat al-Salik ou La dépendance du Voyageur):
Parmi les Soufis qui aidèrent l’Islam aussi bien avec le sabre qu’avec la
plume, selon B.G. Martin dans Muslim Brotherhoods in Nineteenth Century Africa
(les confrèreries Musulmanes dans l’Afrique du 19ième siècle), il y a des
hommes dont le cheick Naqshbandi Chamil Daghestani, qui mena une guerre
prolongée contre les Russes dans le Caucasse au cours du 19ième
siècle; Sayyid Mouhammad `Abdullah al-Somalie, un cheick de l’ordre Salihiyya
qui conduisit les musulmans contre les Britanniques et les Italiens en Somalie
de 1899 à 1920; le cheick Qadiri `Outhman ibn Fodio, qui mena jihad au nord du
Nigéria de 1804 à 1808 pour établir une régulation Islamique; le cheick Qadiri
`Abd al-Qadir al-Jaza`iri, qui conduisit les Algériens contre les Français de 1832
à 1847; le faqir Darqawi al-Hajj Mouhammad al-Ahrach, qui combattit les
Français en Egypte en 1799; le cheick Tijani al-Hajj `Oumar Tal, qui mena une
jihad Islamique en Guinée, au Sénégal, et au Mali de 1852 à 1864; et le cheick
Qadiri Ma' al-`Aynayn al-Qalqami, qui aida à rassembler la résistance Musulmane
contre les Français au Nord de la Mauritanie et au sud du Maroc de 1905 à1909.
Parmi les Soufis dont les travaux missionnaires Islamisèrent des régions
entières sont des hommes tels que le fondateur de l’ordre Sanousiyya, Mouhammad
`Ali Sanousi, dont l’effort et la jihad de 1807 à 1859 consolida l’Islam comme
religion chez les habitants du désert Libyen de l’Afrique du sud-sahara; le
cheick Chadhili Mouhammad Ma`rouf et le cheick Qadiri Ouzaous al-Barawi, dont
les efforts propagèrent l’Islam à l’Ouest et à l’intérieur à partir des côtes
de l’Afrique de l’Est; et les centaines de cheicks anonymes Naqshbandi qui
enseignèrent et préservèrent l’Islam au sein des gens de ce qui est appelé
maintenant le sud de l’Union Soviétique et qui continuent encore de nos jours à
servir la religion malgré la pression officielle. Il est évident que
l’attachement du cœur à Allah, est l’aspect sur lequel le Soufisme met
l’accent, cela ne gêne aucunement les travaux spirituels quelqu’ils soient,
mais au contraire fourni une base réelle. Et seul Allah donne le succès.[44]
Nous référons aussi le lecteur
au Mystics and Commissars de Benningsen pour le rôle des Soufis dans la
préservation de l’Islam en Union Soviétique, et Lion of Daghestan pour leur jihad contre les Tsars et leur
dynastie. Nous rappellons aussi que ce sont les Naqshbandis qui préservèrent
l’Islam en Chine dans le passé – à partir duquel pays, l’Islam se répendit
jusqu’à la péninsule Malay – et sous les sombres jours de la soit-disant
«Révolution Culturelle» de Mao Tsé-Toung. Dans tout ce qui a été énuméré
ci-dessus, il y a une évidence que le tassawuf, loin d’encourager l’évasion et
l’immobilisme qui retarde le progrès social, soutena les plus hautes valeurs de
la conscience sociale aussi bien que la recherche religieuse et la science. En
fait, ils fournissent un témoignage adéquat à une inlassable jihad et lutte
contre les injustices sociales et l’inaction qui prit place au fil des siècles.
L’un des premiers Soufis formels dans le sens littéraire et général,
puisqu’il vêtit toute sa vie un manteau de laine (souf). Le fils d’une esclave libérée de Oumm Salama (la femme du
Prophète), et d’un esclave affranchi de Zayd ibn Thabit (le fils adoptif du
Prophète), ce grand Imam de Basra, le leader des saints et des savants de son
temps, était connu pour sa stricte observance de la Sunna du Prophète. Il fut
aussi fameux pour son immense savoir, son austérité et son ascétisme, ses
intréprides reproches aux autorités, son pouvoir d’attraction par la parole et
par ses apparitions.
Ibn al-Jawzi écrit un livre de
100 pages sur sa vie et ses caractères intitulé Adab al-Chaykh al-Hassan ibn al-Hassan
al-Basri. Dans son chapitre sur al-Hassan dans Sifat al-safwa, il mentionne qu’al-Hassan laissa un manteau blanc (joubba) en laine, c’est le seul vêtement
qu’il avait revêti au cours des
vingt-cinq dernières années de sa vie, en été comme en hiver, et que
lorsqu’il mouru, il était d’une impeccable beauté, propre, et de bonne qualité.[45]
Dans le livre qu’il consacra
aux dires et aux actions des Soufis, Rawdat
al-mihibbin wa nouzhat al-moushtaqin (Le jardin des amoureux et l’excursion
des nostalgiques), Ibn Qayyim rapporte:
Un groupe de femmes sortirent le jour de la `Id et regardèrent les gens. On
leur demanda: «Quelle est la personne la plus belle que vous avez vue
aujourd’hui?» Elles répondirent: «C’est un cheick portant un turban noir.»
Elles voulaient dire Hassan al-Basri.[46]
Le maître de hadiths Abou
Nou`aym al-Isfanahi (d.430) mentionne dans ses biographies de Soufis intitulées
Hilyat al-awliya' (L’ornement des
saints) que c’est le disciple de Hassan al-Basri, `Abd al-Wahid ibn Zayd
(d.177) qui fut la première personne à construire un hospice spirituel (khaniqa
soufi) ou maison de l’hôte et une école
à Abadan qui de nos jours fait frontière entre l’Iran et l’Iraq.[47]
Ce fut sur les bases de Hassan
al-Basri et sur la renommée de ses disciples reconnus comme Soufis qu’Ibn
Taymiyya dit dans son essai al-Soufiyya
wa al-fouqara: «L’origine du tassawwouf est Basra».[48]
Ceci une est déclaration trompeuse qui équivaut à accuser al-Hassan d’avoir
inventé le tassawwouf. Au contraire, Basra est en tête parmi les places
renommées pour le développement officiel des écoles de purification qui vinrent
à être connues comme tassawwouf et dont les principes ne sont rien d’autre que
le Coran et la Sunna comme nous l’avons déjà démontrer abondamment.
.
Ghazali rapporte les dires de
al-Hassan sur la jihad al-nafs dans la section de son Ihya' intitulé Kitab riyadat al-nafs wa tahdhib al-akhlaq
wa mou'alajat amrad al-qalb (Le
livre du dressage de l’égo et la discipline des comportements et la guérison
des maladies du cœur):
Deux pensées parcourent l’esprit, une provenant d’Allah, une provenant de
l’ennemi. Allah couvre de miséricorde un serviteur qui s’installe dans la
pensée qui vient de Lui. Il étreind la pensée qui vient d’Allah, tandis qu’il
lutte contre celle qui vient de l’ennemi. Pour illustrer l’attraction mutuelle
du cœur entre ces deux pouvoirs, le Prophète dit: «Le cœur du croyant repose
entre deux doigts du Miséricordieux»[49]…
Les doigts signifient le bouleversement et l’hésitation dans le cœur… Si
l’Homme suit les ordres de la colère et de l’appétit, la domination de satan
apparaît en lui à travers les passions oisives (hawa) et son cœur devient le nid et le contenant de satan, qui se
nourrit de passions. S’il combat ses
passions et ne les laissent pas dominer son ego, imitant en ceci le caractère
des anges, à ce moment son cœur devient le lieu de quiétude des anges et ils
s’y posent.
Une mesure de la dimension du
scrupule (wara') et de la peur de
Hasan Al-Basri envers Allah est illustrée par sa déclaration suivante, citée
aussi par Ghazali:
L’oubli et l’espoir sont deux
puissantes bénédictions sur les descendants d’Adam; mais pour cela les
Musulmans ne devraient pas marcher dans les rues.[50]
Ibn `Abidin rapporte dans son al-Dourr
al-moulkhtar que l’Imam Abou Hanifa dit: «Si ce ne fut pas pour deux
années, j’aurais péri.»
Ibn `Abidin commente:
Pendant deux années, il accompagna Sayyidina Ja`far al-Sadiq et il acquit
la connaissance spirituelle qui fit de lui un gnostique dans la Voie… Abou `Ali
Daqqa (le cheick de l’Imam Qouchayri) reçu l’initiation d’Abou al-Qasim
al-Nasiribadi, qui la reçu d’al-Chibli, qui la reçu de Sari al-Saqati qui la
reçu d’al-Ma`rouf al-Karkhi, qui la reçu de Dawoud at-Ta`i, qui reçu les deux
connaissances, l’interne et l’externe de l’Imam Abou Hanifa.[51]
Ibn Qayyim al-Jawziyya rapporte dans Madarij
al-salikin, et Ibn al-Jawzi dans le chapitre intitulé «Abou hashim al-Zahid»
dans son Sifat al-safwa après le
maître de hadiths Abou Nou`aym dans son Hilyat
al-awliya', que Soufyan al-Thawri dit:
Si ce n’était pas à cause d’Abou Hachim al-Soufi (d.115), je n’aurais
jamais perçu la présence des plus subtiles formes d’hypocrisie en moi … Le
meilleur est le Soufi érudit en
jurisprudence.[52]
Ibn al-Jawzi rapporte aussi le passage suivant:
Abou Hachim al-Zahid dit: «Allah a marqué l’aliénation sur le monde afin
que la compagnie fraternelle des mouridin
(les aspirants) ne consiste qu’à être uniquement avec Lui et non avec le monde,
et afin que ceux qui Lui obéissent viennent à Lui en négligeant le monde. Le
Groupe des connaisseurs d’Allah (ahl
al-ma`rifa billah) sont étrangers dans le monde et ont très envie de
l’au-delà.»[53]
Un savant de Madina, fut connu pour
sa grande piété et son amour pour le Prophète, qu’il aimait et vénérait à tel
point qu’il ne montait jamais à dos de son cheval dans les limites de Madina en
guise de respect à la terre qui contenait le corps du Prophète, il ne rapportait aucun hadith sans avoir
performer d’abord son ablution. Ibn al-Jawzi rapporte dans le chapitre intitulé
«La couche 6 des gens de Madina» dans son livre Sifat al-sawfa:
Abou Mous`ab dit: J’entrai pour voir Malik ibn Nas. Il me dit: Regarde à ma
place de prière ou sous ma natte de prière voit ce qu’il y a. Je regardai et
j’y trouvai une certaine écriture. Il me dit : Lit la! Je constatai qu’elle
contenait le récit d’un rêve que l’un de ses frères avait fait et qui le
concernait. Il dit (lisant ce qui était écrit): «Je vis le Prophète dans mon
sommeil. Il était dans sa mosquée et les gens étaient autour de lui, et il dit:
J’ai caché sous ma chaire (minbar)
une bonne chose – ou une connaissance – et j’ai ordonné à Malik de vous la
distribuer.» Malik alors pleura, je me levai et pris congé de lui.[54]
Juste comme Abou Hanifa et
Soufyan al-Thawri implicitement affirmèrent la nécessité de suivre la voie
soufie afin d’acquérir la perfection, l’Imam Malik ordonna explicitement la
pratique du tassawwouf dans sa
déclaration suivante comme un devoir des savants:
Quiconque pratique le Tassawwouf
sans étudier la Loi Sacrée (la jurisprudence) corrompt sa foi, alors que
quiconque étudie la Loi Sacrée (la jurisprudence) sans pratiquer le Tassawwouf est un hérétique. Seulement
celui qui combine les deux atteindra la vérité.
Cette déclaration est rapportée par le mouhaddith Ahmad Zarrouq (d.899), le
hafiz `Ali al-Qari al-Harawi (d.1014), les mouhaddiths `Ali ibn Ahmad al-`Adawi
(d.1190) et Ibn `Ajiba (d.1224) et autres.[55]
Ibn `Ajiba explique:
Cheick Ahmad Zarrouq dit: «Le tassawwouf a plus de deux milles définitions,
qui vont toutes dans le sens de la sincérité et de la dévotion à Allah … Chaque
définition correspond à l’état et l’étendue de l’expérience de celui qui le
pratique, ce qui lui fera dire: «Le Tassawwouf est ceci ou cela.»
Il s’en suit que chacun des
saints cités (dans le Hilyat al-awliya'
d’Abou Nou'aym) qui ont une part de
détermination sincère (sidq tawajjouh)
ont une part dans le tassawwouf, et le tassawwouf de chacun consiste dans sa
sincère détermination. En tant que règle, la sincère détermination est une
nécessité de la religion dans la mesure où elle forme à la fois la manière et
le contenu des actions qu’Allah accepte. La manière et le contenu ne sont pas
fiables à moins que la sincérité de la détermination soit fiable. «Il
n’approuve pas la non reconnaissance en Ses serviteurs, mais si vous êtes
reconnaissant, Il l’agrée pour vous» (39:7).
Ainsi l’Islam exige des
actions, et il n’y a pas d’auto-purification (tassawwouf) sans la connaissance
de la Loi (fiqh), car les commandes
externes d’Allah ne sont connues que par la connaissance de la Loi; et il n’y a
pas de connaissance de la Loi sans l’auto-purification, comme il n’y a pas
d’action sans sincérité dans la détermination, et il n’y a rien sans croyance.
Ainsi , par définition la Loi les exige toutes, juste comme le corps et
l’esprit ont besoin l’un de l’autre, aussi comme l’on ne peut exister ou être
complet dans le monde qu’en étant en conjonction avec les autres. Ceci est la
définition de la déclaration de l’Imam Malik: «Celui qui pratique le Tassawwouf
sans avoir appris la Loi Sacrée … » [56]
Al-hafiz al-Souyouti rapporte dans Ta'yid
al-haqiqa al-`aliyya que l’Imam Chafi`i dit:
J’accompagnai les soufis et reçu d’eux trois mots: leur déclaration que le
temps est un sabre: si tu ne le coupe pas, il te coupe; leur déclaration que si
tu ne te préoccupe pas ton égo avec la vérité, il te préoccupera avec le
mensonge; leur déclaration que la déprivation est une immunité.[57]
Le mouhaddith al-`Ajlouni
rapporte aussi dans son livre Kachf
al-Khafa wa mouzil al-albas que l’Imam Chafi`i dit:
Trois choses m’ont plu dans ce monde: éviter l’affection, traiter les gens
avec indulgence et suivre la voie du tassawwouf.[58]
Mouhammad ibn Ahmad al-Saffarini al-Hanbali (d.1188) rapporte dans son Ghidha' al-albab li-charh manzoumat al-adab
de la part d’Ibrahim ibn `Abd Allah al-Qalanassi que l’Imam Ahmad dit au sujet
des soufis:
«Je ne connais pas de gens meilleurs qu’eux.» Quelqu’un lui dit: «Ils
écoutent la musique et ils atteignent des états extatiques.» Il dit: «Est-ce
que tu les empêches de se réjouir
quelque temps avec Allah?»[59]
Cheick Amin al-Kourdi dit: l’Imam Ahmad conseillant son fils dit:
«O fils, tu dois tenir compagnie avec les gens qui pratique le soufisme
parce qu’ils sont une fontaine de savoir et leurs cœurs sont en constante
invocation. Ils sont les ascétiques, et ils ont le plus puissant pouvoir
spirituel.»[60]
L’Admiration des Soufis par
l’Imam Ahmad est confirmée par son respect vis-à-vis de al-Harith
al-Mouhassibi, quoiqu’il exprima un avertissement au sujet des difficultés de la
voie Soufie pour ceux qui ne sont pas préparés à la suivre, dans la mesure où
cela peut ne pas être facile pour la majorité des gens de suivre la voie de
ceux au sujet desquels Allah dit au Prophète: «Et résigne-toi à la compagnie de
ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir désirant Sa Face …» (18:28).
Il fut l’un des premiers auteurs de traité de Soufis et maître de
al-Jounayd. `Abd al-Qahir al-Baghdadi, Taj al-Din al-Soubki, et Jamal al-Din
al-Isnawi, tous reconnaissent et réitèrent que «Sur les livres de al-Harith ibn
Assad al-Mouhassabi sur le kalam, le fiqh, et le hadith reposent ceux parmi
nous qui sont moutakallim
(théologiens), faqih (juristes), et
Soufis»[61]
Ses livres encore existants sont:
·
Kitab
al-ri`aya li houqouq Allah (Le livre d’observance des
droits d’Allah; Cheick al-Islam al-`Izz ibn `Abd al-Salam en écrivit une
version abrégée.[62]
·
Kitab
al-tawahhoum (Le livre d’imagination), une description du jour
du Jugement;
·
Kitab
al-Khalwa (Le livre de la retraite spirituelle);
·
Rissalat
al-moustarshidin (Traité pour ceux qui demandent à être guidé);
·
Kitab
al-Coran (Le livre de la compréhension du Coran);
·
Kitab
mahiyyat al-`aql wa ma’nahou wa ikhtilaf al-nas fihi (Le
livre de la nature et le sens de l’esprit et les différences parmi les gens à
ce sujet;
·
al-Massa`il
fi a’mal al-qouloub wa al-jawarih wa al-`aql (Les questions concernant les travaux des cœurs, des pieds
et de l’esprit;
·
Kitab
al-`azama (Le livre de la magnificence);
·
al-Wassaya
wa al-nassa`ih al-diniyya wa al-nafahat al-qoudsiyya li naf`i jami' al-bariyya (Les héritages et conseils spirituels et les dons sanctifiés pour le
bénéfice de toutes les créatures).
Le passage suivant est extrait
d’al-Wassayat dans lequel
al-Mouhassibi décrit le parcours de sa recherche de la vérité parmi les groupes
variés de musulmans, son entrée dans la voie Soufie, et les caractéristiques
des Soufis comparées aux non-Soufis:
Il a été clairement dit que cette Communauté sera divisée en soixante-dix
groupes impairs, l’un d’eux est le groupe Sauvé, et Allah sait mieux au sujet
du reste. J’ai consacré une partie de ma vie à étudier les différences de cette
Communauté, cherchant la méthode claire et le droit chemin, recherchant le
savoir et agissant par rapport à cette connaissance, guidé sur le chemin de
l’au-delà aux moyens des directives des savants. Je compris une grande partie
de la parole d’Allah (le Coran) à travers l’interprétation des juristes. J’ai
contemplé les conditions de cette Umma, j’ai regardé ses voies de pensée et
discours et j’ai compris de ce constat ce qui a été prédestiné pour moi.
Je vis leurs divisions comme
un océan profond où plusieurs se sont
noyés, et peu furent sauvés. Je vis que chaque groupe prétend que le salut est
pour ceux qui les suivent et la destruction est pour tout ceux qui leur sont
opposés. Ainsi je compris que les gens sont de différent types:
·
Parmi eux est celui qui possède la connaissance de
l’au-delà – il est très difficile de le trouver et il est rare;
·
un autre type est l’ignorant; prendre ses distance
de celui-ci est une bénédiction;
·
un autre type est celui qui prétend être un
savant, alors qu’il est attaché à la dunya,
la préférant en réalité à toute autre
chose;
·
un autre type est celui possédant la connaissance,
étant une référence pour la religion, mais utilisant sa connaissance comme une
source de célébrité et de gain de prestige, échangeant sa religion pour le refus de cette dunya;
·
un autre type est celui qui a la connaissance mais
ne sachant pas le sens réel de ce qu’il possède;
·
un autre type est celui qui apparait comme un
ascétique, cherchant la vertu, mais il est impuissant, et sa connaissance ne
peut pénétrer les cœurs de son
audience, et ses dires ne sont pas fiables;
·
un autre type est celui doté d’intelligence et de
savoir, alors qu’il manque d’abstinence - à travers - la peur d’Allah (wara') et sa méfiance (taqwa);
·
un autre type sont les disciples de leurs passions
et de leurs bas-désirs, ceux qui s’humilient pour l’amour de la dunya, cherchant une position
élevée ;
·
un autre type ce sont les démons humains empêchant
les gens de chercher l’au-delà, qui luttent comme des chiens pour la dunya, l’adulant, et ne voulant rien
d’autre que d’en obtenir au maximum, qui partant de là sont vivants dans cette dunya, mais en réalité ils sont morts;
ce qui est vrai est faux selon eux et ils considèrent les vivants et les morts
égaux.
Je me cherchai une voie parmi
ces différents types et je devins perplexe. Ainsi j’ai décidai d’être guidé par
les guides, demandant du support et de la directive, et je pris la connaissance
pour guide. Je réfléchi et examinai les choses méticuleusement, jusqu’à ce
qu’elles me deviennent claires – avec le Livre d’Allah, la Sunna de Son
Prophète, et le consensus de la Communauté pour preuve – il était évident que
suivre son désir rend aveugle dans la recherche de la vérité, et que l’on perd
sa voie vers la vérité, et accentue son aveuglement.
Alors je commençai à vider mon
cœur de tous les bas-désirs (hawa),
et je me concentrai sur les divisions de la Umma, à la recherche du Groupe
sauvé, attentif à ceux qui ont suivi les désirs destructifs et les goupes
égarés, faisant attention de ne pas faire un pas sans en être sûr, cherchant la
voie du salut pour mon âme.
Ainsi je trouvai – comme
l’unanimité de la Umma la dérive du Coran – que la voie du Salut est dans la
peur d’Allah (taqwa), dans la
performance des obligations, dans la peur d’Allah au sujet de ce qu’Il a permis
et de ce qu’Il a interdit (wara') et
les limites qu’Il a établies, dans la sincérité envers Allah à travers l’obéissance et suivant les exemples de Son
Messager. Je cherchai le savoir des obligations (fara`id) et les pratiques Prophétiques (Sunna) des savants, des narrations, et je trouvai en eux à la fois
l’accord et la division, mais je trouvai qu’ils s’accordent tous sur le fait
que la connaissance des obligations et de la Sunna sont avec ceux qui
connaissent Allah et Ses ordres, les Connaisseurs d’Allah qui agissent selon
Son bon plaisir, craignant pleinement de violer ce qu’Il a interdit, se
façonnant de l’exemple de Son Messager, et préférant l’Au-delà à ce monde: ce
sont ceux qui s’accrochent fermement aux commandes d’Allah et aux voies des
Messagers.
Alors, je regardai parmi cette Communauté pour ce
genre de serviteurs qui sont connus pour leurs talents, et cherchai à
bénéficier de leur savoir, et je trouvai qu’ils étaient extrêmement rares
et peu nombreux, et que leur genre de savoir est en train de
disparaître, comme le Messager d’Allah l’a dit: «Lorsque l’Islam commença ils
étaient étranges, et ils deviendront étranges encore, comme au début, et la
bonne nouvelle est aux étranges»[63]
– et ils sont solitaires avec leur religion. Je sentis que ma calamité
augmentait du fait de la disparition des saints Vertueux (al-awliya'
al-atqiya'), et j’eus peur qu’une mort soudaine m’arrive pendant que je
suis encore troublé sur la division de cette Umma. Alors je commençai à
chercher un maître: et je n’avais pas d’autre choix que d’en trouver un, et je
fis de mon mieux jusqu’à ce que Celui qui est Affectueux envers Sa Création me
permis de rencontrer leur groupe .
Je trouvai en eux les signes
de Taqwa et les qualités de wara' et la préférence de akhira sur la dunya, et trouvai que leurs intructions et leurs conseils sont en
conformité avec les actions des maitres de guidance, et je les trouvai
regroupés, unis à donner des conseils à la Communauté, n’encourageant personne
à Lui désobéir ni à perdre espoir en Sa Miséricorde, ils acceptent toujours et
patiemment les fardeaux et les difficultés, ils sont contents avec le destin et
reconnaissant dans la prospérité. Ils emmènent la création à aimer leur
Seigneur en parfait repentir en leur rappelant
Ses faveurs et ses bontés, et
ils les encouragent à remettre toutes leurs affaires à Allah, à leur faire
connaître Sa Grandeur, Son livre et la Sunna, Sa Religion, Ce qu’Il aime et ce
qu’Il n’aime pas, à être prudent et éviter les nouveautés et les caprices, se
garder des extrêmes et des exagérations, mépriser les disputes et les
arguments, se garder de la médisance et de l’oppression, s’opposer à leurs
désirs, prendre leur responsabilité, contrôler leurs sens, être prudent dans
leur nourriture, leur habillement et toutes leurs situations, évitant tout ce
qui est douteux, évitant les bas-désirs, se satisfaire du minimum de
nourriture, supprimer ce qui est indifférent, la renonciation en ce qu’il est
permissible, la peur du Jugement, la circonception de la Résurrection, être
affairé avec leur propre fardeau, strict avec eux-même et non avec les autres.
Chacun d’eux a ses propres affaires qui le préoccupent, chacun d’eux est savant
concernant l’Akhira et la description du Jour du Jugement, l’abondante
récompense et la douloureuse punition. Ceci est ce qui explique leur constante
anxiété et incessante inquiétude qui les éloigne de la joie de la dunya et ses plaisirs.
Ce groupe a endossé les
caractères de cette religion, et dessiné les lignes définitives pour la
renonciation (wara') d’une manière
qui a contracté ma poitrine avec peur, et me rendit clair que la conduite de la
religion et la sincérité mêlées à la crainte (wara') est un océan que quelqu’un comme moi ne peut pas comprendre;
ainsi je vins à réaliser l’étendue de leurs vertus, à voir clairement leur
inquiétude, et je devins de plus en plus certain qu’ils sont ceux qui luttent
dans la Voie de l’au-delà, les vrais disciples de l’exemple des Messagers, la
source de ceux qui demandent à être éclairé, et des conseillers pour ceux qui
ont besoin de conseils.
Ainsi je commençai à
m’intérresser à leur voie, bénéficiant d’eux, acceptant leur code de conduite,
prenant plaisir à leur obéir. Je ne vois rien d’égal à eux, et je ne préfère
rien à eux, et Allah me bénit avec un genre de connaissance dont la véracité me
devint claire et dont j’ai vu la totalité. J’espère que le salut atteindra ceux
qui l’accepte et l’adopte, et je suis certain que le support viendra à
quiconque la pratiquera.
J’ai trouvé de la malhonnêteté
en ceux qui s’opposent à cette voie, et la rouille s’est accumulée sur le cœur
de quiconque l’ignore et la nie. J’ai découvert que la preuve suprême est avec
celui qui la comprend et j’ai découvert que l’adopter et agir en s’y conformant
est une obligation pour moi; ainsi j’y ai cru de tout cœur et l’ai gardé dans
ma conscience et fait d’elle la fondation de ma religion, et j’y ai établi mes
actions, et je suis passé à travers différents états d’expérience.
J’ai demandé à Allah de me
donner l’abilité de Le remercier pour la Générosité qu’Il a répandu sur moi et
de me donner la force de performer les tâches se rapportant à ce qu’Il m’a
enseigné, sachant mes défauts et sachant que je ne pourrai pas Le remercier
suffisamment.[64]
Voici le récit de la première fois que l’Imam Ahmad a entendu al-Mouhassibi
parler directement, raconté par le hafiz al-khatib al-Baghdadi dans son
Histoire de Bagdad:
Ahmad ibn Hanbal n’aimait pas
les spéculations de al-Harith dans la science du calame de même que les livres
qu’il éditait. Fréquemment, il mettait les gens en garde contre al-Harith.
Mouhammad ibn Ahmad Yaqoub appris de Mouhammad ibn Nou`aym al-Dabbi: J’entendis
l’Imam Abou Bakr Ahmad ibn Ishaq - al-Sibji - dire: J’entendis Isma`il ibn
Ishaq al-Sarraj dire: «Ahmad ibn Hanbal me dit un jour: J’ai appris que ce
Harith est souvent chez toi. Qu’en est-il si tu m’invitais et me plaçais
quelque part où je pourrais l’entendre sans être vu?» Je répondis: «Certainement,
O Abou `Abd Allah!» et j’étais content de ce premier pas de sa part. Je partis
et je demandai à al-Harith de venir nous visiter cette même nuit comme ses
compagnons y seront aussi. «O Isma`il, ils sont nombreux, par conséquent tu ne
leur serviras que de l’huile et des dattes, et seulement ce que tu peux.» Je
suivis ses intructions et je partis informer Abou `Abd Allah. Il vint après
Maghrib, alla s’installer dans une petite chambre la-haut et commençai à
réciter ses dévotions usuelles (wird).
Al-Harith et ses compagnons arrivèrent, mangèrent, et se levèrent pour prier
salat al-`icha, et ils ne prièrent pas après cela. Ensuite, ils s’asseillèrent
silencieusement devant al-Harith et ne dit aucun mot jusqu’au milieu de la
nuit. L’un d’eux alors posa une question à al-Harith et celui-ci commença à
parler. Ses compagnons l’écoutèrent comme s’ils avaient peur d’effrayer un
oiseau. Certains pleuraient. D’autres poussaient des petits sanglots au fur et
mesure qu’il parlait. Je partis alors dans la chambre pour voir Abou `Abd Allah
et le trouvai évanoui à force d’avoir pleuré. Je redescendis. Ils continuèrent
ainsi jusqu’au matin où ils se levèrent et s’en allèrent.Je retournai là-haut
voir Abou `Abd Allah. Il avait changé. Je lui demandai: «Que penses-tu maintenant
de ces gens?» Il dit: «En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu leur pareil, ni
entendit sur la Science des Réalités (`ilm
al-haqa`iq) des mots comme ceux prononcés par cet homme. Néanmoins, malgré
ce que je viens de dire, je ne te vois pas en vérité apte à leur tenir
compagnie. Ensuite il se leva et s’en alla.[65]
Al-Soubki expliqua la réaction ambigüe de l’Imam Ahmad de la façon
suivante:
Considérons ce récit avec attention et sachons que Ahmad ibn Hanbal ne
considérait pas sage pour cet homme (al-Sarraj) de joindre leur compagnie parce
qu’il n’était pas l’un de ceux qui pourrait s’élever à leur niveau. En vérité,
ils étaient sur un chemin difficile ; tous les gens ne peuvent pas
entreprendre équitablement ce chemin qui fait peur. Autrement, Ahmad aurait-il pleuré et glorifier al-Harith de la
manière dont il fait ses éloges?[66]
Quelqu’un pourrait soulever des objections:
Question. Al-Harith et ses compagnons ont
prié salat al-`icha' pendant que
Ahmad était présent. Pourquoi Ahmad n’a t-il pas joint la prière prescrite, sachant précisément que la position
d’Ahmad était de joindre la prière du groupe celle-ci étant obligatoire?
Réponse. Ahmad était avec le groupe, mais à l’étage, séparé du groupe, précisément
dans une chambre où il pourrait entendre - mais sans nécessairement voir
al-Mouhassibi, comme le rapport le mentionne? Plus loin:
- Ce n’est pas affirmé dans le rapport qu’il n’a pas prié derrière lui.
- C’est possible qu’il ne fusse pas en ablution.