I Introduction.. 3

DEFINITION, TERMINILOGIE ET ASPECTS HISTORIQUES. 5

Salaf 5

TARIQA.. 7

La Mauvaise Compréhension Des Temps Modernes. 9

La Nécessité Du Développement Des Sciences Islamiques Après Le Temps Du Prophète (saw) 10

Les Racines Linguistiques Du Mot Tassawwouf 11

Le Prophète (saw) Mentionne La Condition Du Cœur: La Suprématie Du Cœur Sur Tous Les Autres Organes  12

II - «Y-A-T’Il DES PREUVES ET DES EVIDENCES DANS LE CORAN AU SUJET DU TASSAWWOUF? CITEZ-LES DE MANIERES EXPLICITES. 14

Allah Décrit Tazkiyat Al-Nafs Comme Un Devoir Du Prophète. 14

D’autres Versets Et Commentaires Sur Tazkiyat Al-Nafs. 14

Allah Ordonne Aux Croyants De Chercher Un Moyen De S’approcher  DE Lui Et D’Accompagner Les Sadiqin. 15

Allah Décrit Quelqu’un Qui a Directement Appris De Lui: Al-Khidr 16

La Supériorité De L’Amour Dans L’Adoration. 17

Des Versets Au Sujet Du Caractère Parfait, Ihsan. 19

III - QUELLES SONT LES PREUVES SUR LE TASSAWWOUF A PARTIR DES HADITHS?  21

Oumm al-Ahadith, Le Hadith De Jibril 21

La Troisième Composante De La Religion De L’Islam: 22

LE COMMENTAIRE DE L’IMAM NAWAWI SUR LE HADITH DE JIBRIL. 23

L’école D’Ihsan Et De Tazkiya. 26

La Relation Entre Chari`a Et Haqiqa. 26

La Grande Jihad: La Jihad Contre L’Ego. 28

Hadiths Sur La Jihad Contre L’Ego. 28

Jihad et Soufis Moujahiddin. 29

IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU TASSAWOUF   31

al-Hassan al-Basri (d. 110) 31

Imam Abou Hanifa (d.150) 32

Soufyan al-Thawri (d.161) 32

Imam Malik (94-179 H/ 716-795) 32

Imam Chafi`i (d.204) 33

Imam Ahmad bin Hanbal (d.241) 33

L’Imam al-Harith al-Mouhassibi (d.243) 33

La Piété De L’Imam Ahmad Devant Al-Mouhassibi 36

Les Maîtres Soufis De Hadiths De Dhahabi 38

al-Qassim ibn `Outhman al-Joui`i (d.248) 42

L’Imam al-Jounayd al-Baghdadi (d.297) 42

al-Hakim al-Tirmidhi (d.320) 43

L’Imam Abou Mansour `Abd al-Qahir al-Baghdadi (d.429) 45

L’Imam Abou al-Qasim al-Qouchayri (d.465) 46

Cheick Abou Ismai`il `Abd Allah al-Harawi al-Ansari (d.481) 48

Imam Ghazali (d.505) 48

Ceux Qui Attaquent L’Imam Ghazali 50

La Validité de Hadiths Faibles. 51

Abou al-Wafa' Ibn `Aqil al-Hanbali (d.513) 53

Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561) 53

Ibn al-Jawzi (d.597) 55

Imam Fakr al-Din Razi (d.606) 57

Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656) 57

Soultan al-`Oulama' al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Soulami (d.660) 57

al-`Izz sur la Supériorité du Rang des awliya' Sur Celui des `oulama. 58

Imam Nawawi (d.676) 59

al-`Izz b. `Abd al-Salam b. Ahmad b. `Anim al-Maqdissi (d.678) 60

Ibn Taymiyya (d.728) 60

Ibn Taymiyya au sujet de fana' et chatahat 64

Le Débat Entre. 66

par Mouhammad Zaki Ibrahim.. 66

Ibn `Arabi et Ibn `Abd al-Salam.. 67

Taj al-Din al-Soubki (d.771) 70

Imam Abou Ishaq al-Chatibi al-Maliki (d.790) 70

Ibn Khaldoun (d.808) 70

Imam al-Sakhawi (d.902) 71

Jalalal-Din al-Souyouti (d.911) 72

Zakariyya ibn Mouhammad Ansari (d.926) 72

Ibn hajar al-Haytami (d.974) 72

`Abd al-Wahhab al-Cha`rani al-Hanafi (d.973) 75

Moulla `Ali al-Qari (d.1014) 76

Ibn `Abidin al-Hanafi (d.1252) 77

Abou al-`Ala' al-Mawdoudi (d.1399) 77

V Conclusion.. 78

 


I Introduction

 

 

Aujourd’hui, l’Islam est enseigné par des gens qui ne prennent pas soin de le pratiquer dans sa pureté ou de se purifier eux-mêmes dans leur pratique. Ceci, a été décrit dans plusieurs hadiths qui disent: «Ils ordonneront aux autres et ne feront pas attention à  leur propre avertissement, et ils sont les pires.»[1]

 

      Telle ne fut pas la voie des Compagnons ni de Ahl al-Souffa au sujet desquels le verset suivant fut révélé:

 

Résigne-toi à la compagnie de ceux qui évoquent leur Seigneur au début du jour et à sa fin dans l’espoir de voir un jour Son visage. Et, ne laisse pas tes yeux se détourner d’eux, désirant le luxe de ce bas-monde; et n’obéis pas à celui dont nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier. (18:28)

 

      Ceci ne fut pas non plus la voie d’Abou Bakr al-Siddiq, au sujet duquel Bakr ibn `Abd Allah dit: «Abou Bakr  a la préséance sur vous non pas parce qu’il prie et jeûne beaucoup, mais à cause d’un secret qui a pris racine dans son cœur.»[2] Ceci ne fut non plus la voie des Tabi`in dont Hassan al-Basri, Soufyan al-Thawri, et autres de la   génération de soufis qui virent plus tard et qui les prirent pour modèles. Al Qoushayri rapporte que al-Jounayd dit: « Le tassawwouf n’est pas l’abondance de prières et de jeûnes, mais le vide de la poitrine et ne pas être sous l’emprise de son soi.»[3] Ceci ne fut pas non plus la voie des Quatre Imams qui placèrent la renonciation (zouhd) et l’acquisition de la vraie peur d’Allah (wara) au-dessus de la simple pratique des obligations, tel l’Imam Ahmad qui composa deux livres avec ces deux qualités comme titres respectifs. Celui-ci plaça la connaissance des saints au-dessus de celle des savants, comme cela est montré par le rapport suivant de son élève Abou Bakr al-Marwazi:

 

J’entendis Fath ibn Abi al-Fath dire à Abou `Abd Allah (l’Imam Ahmad) durant sa dernière maladie: « invoque Allah pour nous afin qu’Il nous donne un bon khalifa (successeur) pour te succéder.» Il continua: « Qui devrons-nous consulter en matière de connaissance après toi ?» Ahmad répondit: « Consultez `Abd al-Wahhab.» Quelqu’un qui  était présent me relata qu’il dit: « Mais, il n’a pas assez de connaissance» -- Abou `Abd Allah répliqua: « C’est un saint (innahou rajouloun salih ), et ainsi il lui est accordé du succès en parlant la vérité.»[4]

 

      Dans une célèbre fatwa citée dans les lignes qui vont suivre, le  savant Chafi`i al-`Izz ibn `Abd al-Salam donne la même priorité au mystique ou connaisseur d’Allah (arifin) au-dessus des juristes. Le même accent est placé sur la perfection interne par l’Imam Malik dans son dire: «La Religion ne consiste pas en la connaissance de plusieurs narrations, mais en la lumière qu’Allah place dans la poitrine.» Et Ibn `ata' Allah cita Ibn `Arabi disant: «La Certitude (al-yaqin) ne dérive pas des évidences de la raison mais sort des profondeurs du cœur.»

 

      Ceci est la raison pour laquelle plusieurs Imans mettèrent en garde contre la pure et simple soif du savoir au dépend  de l’éducation du «moi». L’Imam Ghazali abandonna les arènes du savoir au milieu d’une prestigieuse carrière,  en vue de se consacrer à la purification du soi. C’est à l’issue de cette période qu’il rédigea son chef d’œuvre Ihya' `Ouloum al-din dans lequel il lance un avertissement à tous ceux qui réduisent la religion en l’étude pure et simple du fiqh ou jurisprudence.

 

      Le même avertissement fut lancé par les plus grands des houffaz ou maîtres de hadiths de son temps et par l’un des premiers soufis, Soufyan al-Thawri (d. 161), à tous ceux qui prennent la narration de hadiths pour la religion, lorsqu’il dit: «Si le hadith était un bien il aurait disparu de  même que toutes les bonnes choses ont disparu…Poursuivre l’étude du hadith ne fait pas partie de la préparation à la mort, mais c’est une maladie qui préoccupe les gens.»

 

Dhahabi cite cette parole et commente:

 

Par Allah, il a dit la vérité…Aujourd’hui, la recherche du savoir et du hadith ne signifie plus pour les savants l’obligation de s’y conformer, ce qui est le but du hadith. Il a raison lorsqu’il dit que poursuivre l’étude du hadith est autre que le hadith lui-même.[5]

 

      Ce n’est pas pour le «hadith en soi», mais dans le but de vivre en conformité avec la Sunna du Prophète qui est synonyme de vivre en conformité avec le saint Coran – selon le hadith bien connu de `Aïcha concernant le caractère du Prophète – que les grands maîtres de la purification du moi renoncèrent à la simple poursuite de la science en tant que séduction mondaine, et préférèrent l’acquisition de l’ishan ou le caractère parfait. Un exemple est Abou Nasr Bishr al-Hafi (d.227), qui considéra l’étude du hadith comme une science conjecturelle en comparaison à la certitude qu’il acquit par  la fréquentation de Foudayl ibn `Iyad (d.187).[6] Ainsi, les deux, l’ihsan et le processus qui y conduit sont connus sous le nom de tassawwouf, comme les pages suivantes le démontrent.

 

 


 

I - « QU’EST-CE QUE LE TASSAWWOUF ? »

DEFINITION, TERMINILOGIE ET ASPECTS HISTORIQUES

 

 

Le Tassawwouf Parmi Les

Salaf

 

Comme il est défini clairement dans le hadith rapporté par Sayyidina `Oumar au sujet de la rencontre de l’ange Gabriel avec le Prophète[7], appartenir à Ahl al-Sunna wa Jama`a ne se limite pas seulement aux règles de la foi. Cela entraîne l’adoption de principes qui conduisent à l’état d’ihsan ou la perfection de la croyance et de la pratique. Partant de là, le Groupe Sauvé suit l’une des nombreuses écoles de soulouk (éthiques personnelles) en conformité avec les principes de la Chari`a et le `aza'im (les strictes applications) de la Sunna, ou les modes de conduite reflètent la complète détermination de   plaire à son Créateur selon le modèle du Prophète. Ces écoles sont collectivement connues comme la science du tassawwouf  ou la purification du soi.

 

      Au cours du premier siècle de l’Hégire, la renonciation à ce bas-monde (zouhd) se développa comme une réaction à la vie mondaine de la société. Cette réaction prit ses racines dans l’ordre d’Allah à Son Vertueux Apôtre de purifier l’humanité: «Un Messager … pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier» (2:129); «Nous avons envoyé parmi vous un Messager de chez-vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse » (2:151); «Allah a certainement fait une faveur aux croyants lorsqu’Il a envoyé chez eux un Messager qui venait d`eux, qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse» (3:164); «Purifie-les, bénis-les, et prie pour eux. Certainement ta prière est une quiétude pour eux.» (9:103); «C’est Lui qui a envoyé… un Messager sorti d’eux qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse» (62:2).

 

      Les adeptes de cette voie s’attachèrent fermement au mode de vie  Prophétique comme cela fut réflété dans la vie de ses compagnons et de leurs successeurs, dans les voies qu’ils employèrent pour purifier leur cœurs et leur caractère des mœurs blâmables et de s’inculquer, ainsi qu’à ceux qui furent autour d’eux, les mœurs et la stature morale de la  meilleure créature de toute l’humanité, le Prophète Mouhammad, la paix et la bénédiction de Dieu sur lui. Les exemples de ces hommes-école de purification sont ceux cités par Abou Nou`aym et d’autres comme «Les Huit Ascétiques»: Amir ibn `Abd Qays, Abou Mouslim al-Khawlani, Ouways al-Qarani, al-Rabi’ Ibn Khouthaym, al-Aswad ibn Yazid, Masrouq, Soufyan al-Thawri, Hassan al-Basri, parmi tant d’autres.

 

      Le pouvoir de tels saints et leurs bénéfices furent  attestés par le Prophète lui-même, comme cela est témoigné par les nombreux hadiths rapportés au sujet d’Ouways al-Qarani. L’Imam Ahmad en cite  dans son livre al-Zouhd. Dans le récit suivant, le Prophète ordonne aux gens, de solliciter auprès d’Ouways s’ils le rencontrent, le pardon (d’Allah), et déclare que l’intercession d’Ouways fera entrer un nombre important de gens au Paradis:

 

Le Prophète dit: «Ouways ibn `Amir poindra sur vous avec l’assistance des gens du Yémen de la tribu de Mourad et Qaran. Il était lépreux et fut guéri, sauf une toute petite partie de son corps. Il a une mère dont il respecte scrupuleusement les droits. S’il fait un vœu à Allah,  Allah l’accomplira. Si vous pouvez lui demander intercession pour votre pardon, faite-le.

 

Plus de personnes entreront au Paradis, à cause  de l’intercession d’un certain homme de ma communauté,  qu’il y a de personnes dans les tribus  de Rabi' et Moudar, Al-Hassan al-Basri dit: «Cest Ouways al-Qarani.»[8]

 

      A travers une graduelle évolution et comme une  réaction contre l’emprise grandissante de l’appétit de la vie d’ici-bas, les Musulmans se ruèrent vers ces saints et leurs disciples jusqu’à ce que leur régiment s’acheva en école de pensée pratique et d’action morale dotée de sa prope structure de règles et de principes. Ceci devint la base utilisée par les maîtres Soufis pour guider les gens sur le droit chemin. En conséquence, le monde fut témoin du développement d’une variété d’écoles de purification de l’égo (tazkiyat an-nafs). La pensée Soufie, comme elle se répendit partout, servit de force dynamique dans la croissance et l’établissement de l’éducation Islamique. Cette spectaculaire avancée s’étendit à partir du premier siècle de l’Hégire, en parallèle avec les développements suivants:

 

·        Le développement des bases du fiqh (Loi et                                      Jurisprudence), à travers les Quatre Imams;

 

·        Le développement des bases de l’aqida (doctrine) à travers al-Ach`ari et autres;

 

·        Le développement de la science du hadith (Les dires du Prophète), qui déboucha en six authentiques collections et d’innombrables autres;

 

·        Le développement des arts de nahw et balagha (La Langue et l’Ecriture Arabe).

 


 

TARIQA

 

 

Tariqa ou «chemin» est un terme dérivé du verset Coranique suivant:

 

«Et s’ils se maintiennent dans la bonne voie (tariqa), Nous les aurions abreuvés, certes d’une eau limpide (ou abondante)» (72:16 ).

 

Le sens de «voie» mentionné dans le verset ci-dessus est expliqué par le hadith du Prophète relaté par Boukhari et Mouslim, ordonnant aux musulmans de suivre sa Sunna et la Sunna de  ses successeurs. Comme le mot tariqa dans le verset ci-haut mentionné, le sens de Sunna dans le hadith est «chemin» et «voie». Ainsi, tariqa devint un terme appliqué aux groupes  de gens appartenant à l’école de pensée exercée par un maître ou “cheick”.

 

      Quoique ces cheicks appliquèrent différentes méthodes dans l’enseignement à leurs disciples, le noyau de chaque discipline était identique. La situation n’était pas différente de ce que nous avons aujourd’hui dans les facultés de médecine ou de droit. L’approche des différentes facultés peut varier, mais le corps en droit, l’état d’art en médecine, reste essentiellement le même en tout lieu. Les étudiants diplômés de ces facultés portent chacun la marque de leur branche. Néanmoins, aucun n’est considéré inférieur à l’autre parce qu’il est le produit d’une faculté ou d’une autre; l’avocat n’est pas considéré supérieur  au docteur ni le docteur  à l’avocat.

 

      Similairement, le disciple  d’un cheick   portera le cachet de son enseignement. En conséquence, les noms donnés aux différentes écoles Soufies diffèrent selon le nom et les perspectives de leurs fondateurs. Cette variation se manisfeste d’une façon plus concrète dans la  méthode de dévotions surérrogatoires connue  sous l’appellation de awrad, ahzab ou adhkar, utilisée comme la méthodologie pratique de la formation spirituelle. Ces différences  cependant n’affectent pas les principes religieux. Dans les principes de base, les écoles Soufies sont essentiellement les mêmes, puisque  basées sur l’essence de la religion, qui est uniforme.        

 

      Le groupe Soufi sous lequel chaque individue  entreprit le chemin vers Allah était un itinéraire finement aiguisé qui établit les disciplines du progrès externe et interne dans la foi et la pratique religieuse. Suivant la pratique des Compagnons du Prophète qui fréquentaient régulièrement le groupe nommé Ahl al-Soufa («Les Gens du Banc»), les pratiquants de ce groupe menèrent une vie communautaire . Leurs habitations étaient les mosquées-écoles (zawiya), les forts frontaliers (ribat), et des maison-hôtes (khaniqa) où ils se réunissaient régulièrement  lors d’occasions dédiées aux fêtes traditionnelles du calendrier musulman (‘id).

 

      Ces structures avaient des institutions éducationelles ; par exemple les deux forts frontaliers (ribat) fondés par le savant Soufi `Abd Allah Ibn al-Moubarak en Merv, qui fonctionna pendant longtemps, et le Khaniqa baybarsiya du Caire. Cette   école Soufie eu le grand savant de hadiths, Ibn Hajar al-Asqalani comme recteur et maître de conférence pendant les quarante dernières années de sa vie.  Il assuma  en même temps  la fonction de juge principal en Syrie et en l’Egypte.

 

      Les Soufis se réunissèrent également en associations informelles appelées souhba autour du cheick pour acquérir la connaissance, et en assemblée pour invoquer les noms d’Allah et   réciter les adhkar (pluriel de dhikr, «le souvenir de Dieu») hérité de la Tradition Prophétique. Encore, une autre raison de leur regroupement était d’écouter les prêches inspirées et les exortations morales (wi’az). Les cheicks Soufis enseignèrent à leurs disciples à répondre activement à l’appel d’Allah et de Son Messager, de purifier leur cœur et leur âme de tous bas désirs incités par l’égo, de corriger toutes les croyances éronnées et de parfaire leur croyance en l’unicité d’Allah. On enseignait aux disciples à être honnête, loyal, digne de foi, patient dans la crainte d’Allah, à aimer son prochain, à dépendre que d’Allah et de s’en remettre à Lui tout au long de leur vie, et les autres moralités enseignées par l’Islam. Tout ceci fut accompli en s’attachant à la Sunna Prophétique. Les méthodes de souvenir d’Allah qu’ils inculquaient à leurs disciples furent les mêmes méthodes enseignées par le Prophète. De cette manière, ils propagèrent le caractère exemplaire du Prophète (saw) en paroles et en actions, pendant qu’ils encouragèrent les croyants à se consacrer à Allah de tout cœur. Le but de leur effort ne fut rien d’autre que d’obtenir la satisfaction d’Allah et de leur inspirer l’amour pour Son Prophète. En d’autres termes, ce qu’ils visaient était un état où Allah serait content d’eux comme ils l’étaient avec Lui.

 

      Ces cheicks, par conséquent, furent des flambeaux qui dissipèrent les ténèbres de la voie du croyant aussi bien qu’ils illuminèrent les voies sur lesquelles la Umma pourrait bâtir la fondation d’une société idéale. Cet idéal était l’esprit de sacrifice et de dévouement qui caractérisait tous leurs efforts. Ces valeurs, imprégnaient l’entière fabrique sociale de l’Islam. Les couvents ou maisons-hôte (khaniqa), étaient établis dans le  voisinage  des pauvres offrant gratuitement de la nourriture et   l’hospitalité. Ce fut aussi un lieu et un moyen de communion entre le pauvre et le riche, entre le blanc et le noir, entre l’arabe et non-arabe conformément aux dires du Prophète: “Il n’y a pas de différence entre un arabe et un non-arabe sauf dans les vertus.” Ces couvents furent des lieux de rencontres de toutes les races et de toutes les nationalités et des remèdes pour plusieurs maux sociaux.

 

      En conséquence à de tels enseignements et formation, les disciples des cheicks Soufis, sortis de ces écoles, étaient pleinement capables de supporter les fardeaux et les torts de leurs contemporains dans leur effort à illuminer le chemin de la Vérité. En outre, à travers leur formation et auto-discipline, ils avaient développé le manifeste et la très ferme volonté de faire. Ces véritables et sincères savants et maîtres de tariqa ne laissèrent aucune pierre sans être tournée dans la conduite de leur jihad, un mot qui signifie à la fois la lutte physique contre les non-croyants et la lutte spirituelle contre les attraits invisibles qui piègent l’âme.


La Mauvaise Compréhension Des Temps Modernes

 

Il est bien connu de tous, qu’en notre temps les gens ont une mauvaise compréhension du tassawwouf. Certains affirment que c’est une science opposée à l’Islam qui n’est pas mentionnée dans la Chari`a, le Coran ou la Sunna. D’autres, les adhérents aux écoles de pensée des quatre Imams et les Imams qui les suivirent plus tard mentionnons Nawawi, Ibn Hajar, al-Soubki, al-Souyouti, Ibn Hajar al-Haytami, et plusieurs autres, même Ibn Taymiyya et Ibn Qayyim, quoique ces deux derniers furent opposés à la doctrine de Ahl al-Sunna à plusieurs égards, l’acceptèrent et surent que le tassawwouf a ses racines profondes dans le Coran, dans la Sunna et dans la Char’ia. Ces savants acceptèrent le tassawwouf parce qu’ils connaissaient la réalité et le sens de ce terme, et non pas à cause de la réputation ou l’âge du terme en lui-même.

 

      Il n’est pas rare d’entendre de ceux qui s’opposent au tassawwouf qu’ils rejètent tout ce qui ne figure pas dans le Coran et dans la Sunna». Avancer une telle affirmation est faire preuve de manque d’esprit critique. Prenons par exemple les Sciences Islamiques, notamment la science du hadith. Le sens du mot «Hadith» dans le dictionnaire est défini comme «opposé à l’ancien (qadim), nouvelle (jadid) ou alternativement, quelque chose  parlée.» Le sens commun qui lui est attribué est «la Tradition du Prophète» ou «la science des Traditions du Prophète.» Lorsque le mot «hadith» est mentionné, les savants savent qu’il sagit de «nouvelles.» Mais le sens attribué à ce mot après la période du Prophète est tout ce que le Prophète a dit et fait. Cependant, de son vivant, le  mot «hadith» était rarement utilisé comme il l’est aujourd’hui. Il prit ce sens seulement lorsqu’il devint un terme technique pour décrire les dires, les actions, du temps du Prophète (saw).

 

      Dans Boukhari et Mouslim, le Prophète (saw) dit: «Le meilleur siècle est mon siècle et celui qui le suit» et dans un autre hadith il dit: «le premier siècle et le second et le troisième.» Après les compagnons furent les Tabi`in et les Tabi Tabi`in. Tous les savants de l’Islam affirment que la période des Tabi`in fut la fin de l’an 150 de l’hégire et l’an 220 de l’hégire fut la fin du siècle des Tabi Tabi`in. C’est deux périodes furent témoins de l’apparution successive de l’Imam Abou Hanifa, l’Imam Malick, l’Imam Shafi`i, l’Imam Hanbal, fondateurs des quatre écoles juridiques, et de celle de l’Imam Boukhari, l’Imam Mouslim, l’Imam Abou Dawoud, l’Imam Abou Issa Tirmidhi, l’Imam An-Nissa`i et de l’Imam Ibn Majah, auteurs des six livres cannoniques de hadiths.

 

      Ces savants dévelopèrent une vaste science à un moment où plusieurs non-arabes embrassèrent l’Islam et mémorisèrent les hadiths; Ils trouvèrent nécessaire d’établir Ilm oul-Hadith ou la science du hadith, science qui n’existait pas au temps du Prophète (saw), en vue de préserver les dires, les pratiques, les anecdotes du Messager de Dieu et de ses compagnons. Cette science dès lors devint partie intégrante à l’Islam. Du temps du Messager (saw), la propagation et la vérification du hadith étaient naturelles mais elles n’étaient pas formalisées. Cependant après cette période, les savants ci-dessus cités développèrent des lois et des méthodes de classification, d’enregistrement, de transmission et de formalisation des hadiths et y ajoutèrent des structures formelles et une méthodologie de vérification au méchanisme naturel de transmission qui incorpore toujours le sanad, chaîne vérifiable d’une information au sujet des dires du Prophète (saw) ou de ses compagnons. Ceci  amena 35 classifications. De même, les savants développèrent plusieurs sciences[9] (`ouloum) mentionnons, la science de la grammaire, la science de l’explication et de l’éloquence du Coran, la science de l’Unicité de Dieu, la science de la croyance, la science du Coran, la science de la jurisprudence, la science des traditions du Prophète (saw), la science de la vie du Prophète (saw), la science de l’analyse linguistique, la science de la clarification, la science de l’exégèse du Coran, la science de la récitation harmonieuse, la science de la récitation fluide, la science de la purification du Soi connue aussi comme la science de la perfection du caractère , la science de l’héritage, etc… et plusieurs autres sciences dérivant toutes du Saint Coran et des Hadiths du Messager (saw) de Dieu. Aucune  de ces disciplines ni leur terminologie n’existaient du temps du Prophète (saw). Pourtant leurs réalités  existaient, puisque les Sahaba les pratiquèrent mieux que tous ceux qui leur succédèrent.

 

      Une question logique surgit à ce point: Où dans le Coran et dans la Sunna figurent littéralement ces termes? Ce qui suit logiquement est: D’où vint la permission de développer ces classifications et terminologies dans la mesure où elles n’existaient pas du temps du Prophète (saw)? Par conséquent, s’opposer à la science du Tassawwouf ou la rejeter d’un trait parce qu’elle ne figure ni dans le Coran ni dans la Sunna contredit l’entendement d’une personne dotée d’intelligence.       

 

      Le terme tassawwouf n’était pas connu au temps du Prophète. Cependant, quoique le terme apparait nouveau, son essence est une partie et une parcelle de la religion et ne peut pas y être dissociée.

 

      Une autre raison de la mauvaise compréhension de la réalité du tassawwouf est que certaines personnes confondent le vrai tassawwouf avec le pseudo-tassawwouf, ce dernier  nie la nécessité de la char’ia et crée ses propres règles, prétendant avoir une certaine autorité historique , mais plutôt amorphe et qui n’a de racine  dans aucun précédent. Ils ne sont ni soufi ni moutassawwif mais moustaswif ou «pseudo-soufi» ainsi sont-ils défini par le grand maître `Ali al-Houwjiri (d.469?) dans son Kashf al-mahjoub[10]. Les ennemis du tassawwouf brouillent souvent l’information donnée sur les Soufis   et les moustaswifa dans leurs références au tassawwouf en vue de se débarrasser à la fois des deux.

 

      Un exemple est le cas de l’aversion poussée de la secte Mou`tazila pour les soufis à un niveau tel qu’ils refusèrent de reconnaître les karamat ou miracles des saints, ils ne les considèrent pas  comme un signe de vérité. De nos jours, nous trouvons encore des gens similaires à ces Mou`tazila, qui veulent formuler leur propre définition de l’Islam, avec ce qui y convient et ce qui n’y convient pas, en faisant un mélange de vrai et de faux afin qu’ils puissent se débarrasser de l’essence des enseignements de l’Islam qui exposent le caractère incomplet et les erreurs de ce qu’ils ont hérité.

 

     L’objectif du tassawwouf est de purifier le cœur de toute sorte de mauvais désirs et penchants, des impuretés qui s’y accumulent à cause des péchés et des mauvaises actions internes comme externes,  purifier le «soi» afin d’orner et de décorer le cœur avec le bon modèle et la bonne manière qu’exigent le Coran et la Sunna du Prophète (saw). Son but est de créer l’état d’ishan, la perfection du caractère, qui fut celui du Prophète (saw) et l’état que tous ses Compagnons qui s’efforcèrent d’atteindre cette perfection.

 

 

La Nécessité Du Développement Des Sciences Islamiques Après Le Temps Du Prophète (saw)

 

Pour prendre un exemple, au temps du Prophète (saw), il n’y avait pas la nécessité d’enseigner ‘ilm al-nahou (la science de la grammaire) même à un enfant. Dans le berceau de l’Islam, ayant grandit dans le Hijaz, même un enfant pouvait lire un poème ou un texte arabe sans avoir recours à aucun signe diacritique (tashkil). Cette connaissance leur était acquise naturellement au fur et mesure qu’ils grandissaient.   Plus tard, lorsque plusieurs non-arabes commencèrent à embrasser l’Islam, et que le Coran se lisait incorrectement, il devint nécessaire de créer de nouvelles disciplines en vue d’assister les nouveaux Musulmans dans la lecture du Coran. Ainsi la grammaire fut développée et les signes diacritiques furent établis.

 

     L’état de perfection (ihsan), l’état d’austérité (zouhd), l’état de la peur d’Allah (wara’) et l’état de la méfiance de  Dieu (taqwa) furent naturellement pratiqués par les Compagnons  parce qu’ils étaient en compagnie du Prophète (saw) et ces états furent un résultat direct de cette association. Ce fut la raison pour laquelle ils furent appelés Compagnons, c’est cette association avec le Prophète (saw) qui leur  permit d’être purifié.

 

     Après les compagnons,   plusieurs gens   n’eurent pas l’opportunité de rencontrer le Prophète (saw) ni ses Compagnons mais acceptèrent l’Islam, et parce que plusieurs nouveaux Musulmans, à cette époque,  dévièrent du vrai chemin de l’Islam, il devint nécessaire d’établir une école avec une fondation, juste comme  `ilm al-nahou fut établi avec ses écoles. Il fut nécessaire de mettre en place des écoles à travers lesquelles furent développées les disciplines spirituelles visant les états cités ci-dessus, et elles furent combinées sous une science principale appelée `ilm al-tassawwouf.

     Nous devons savoir que le tassawwouf n’est pas une chose nouvelle en Islam ni quelque chose d’inventée. Au contraire, c’est une science héritée du Prophète (saw) et des Compagnons et ses racines sont dans l’Islam. Elle n’est pas ce que les ennemis de l’Islam--Les Orientalistes et leurs disciples--ont relaté. Ils ont innové et attribué plusieurs noms au tassawwouf afin d’attaquer la science et l’état d’ihsan que le Prophète (saw) mentionna dans son Saint Hadith. Ils tentèrent d’appliquer le terme «superstition» (sha‘waza) à la science de tassawwouf. Il est bien su de tous que tout terme peut être employé pour nommer une science et l’on est libre de définir ou d’utiliser tout terme que l’on désire. De même `ilm al-ihsan ne change pas en lui attribuant un nom différent. Il est profondément espéré que personne ne soit empêchée d’apprendre cette importante science citée dans le Coran et le hadith, à cause du préjudice causé au tassawwouf. Si le terme est problématique à quiconque, qu’il lui attribue un nom différent, mais qu’il apprenne cette science par tout autre nom qui lui conviendra.. Le terme tassawwouf qui est utilisé pour se référer aux voies de la purification du cœur, dénote la même chose que tazkiyat al-nafs dans le Coran. Les deux termes ont la même définition comme étant les sciences de «l’austérité» (zouhd) et celle de la perfection du caractère (ihsan). Les termes  zouhd et ihsan furent utilisés au temps du Prophète (saw). Plus tard, ces termes furent définis en détails et redéfinis sous la direction du Coran et du hadith, comme furent les autres sciences Islamiques déjà citées.

 


 

Les Racines Linguistiques Du Mot Tassawwouf

 

Il y a quatre racines données au mot tassawwouf. La première dérive du mot Arabe safa ou safw qui signifie pureté comme du cristal et limpide comme de l’eau. Le Prophète (saw) compara le monde à une petite eau de pluie sur un plateau de montagne dont la limpidité (safw) avait déjà été bue et dont la lie (kadar) seulement restait[11]; et il appela la Syrie la plus pure des terres d’Allah[12] après la Mecque et Madina. Ibn al-Athir défini le mot dans son dictionaire al-Nihaya comme «le meilleur de tout sujet, sa quintessence, et sa partie la plus pure.»[13]

 

      Une autre racine dérive de Ahl al-Soufa, (les gens du Banc), qui furent ceux qui vivaient dans la mosquée du Prophète (saw) de son vivant et qui furent mentionnés dans le Coran au verset suivant:

 

«(O Mouhammad,) Résigne-toi à la compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir désirant Sa Face; et ne laisse pas tes yeux se détourner d’eux, voulant le luxe de ce bas-monde; et n’obéis pas à celui dont nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier.» (.18:.28)  

 

      Ce verset insiste sur la nécessité des croyants à se  maintenir dans un état permanent de dhikr, le Souvenir d’Allah avec la bouche (la langue), dans l’esprit, et à travers le cœur. Cette racine est parfois comparée à ahl al-Saff, ou «les Gens du Rang», dans le sens de «premier rang», comme le premier rang est béni et les soufis sont l ‘élite de la communauté.

 

      La troisième de ces racines est al-souf ou laine, comme ce fut la coutume des gens pieux de Koufa de s’en revêtir. La quatrième racine linguistique dérive de souffat al-kaffa ou éponge molle en référence au soufi dont le cœur est très mou  à cause de sa pureté. Ceci est la raison pour laquelle le Prophète (saw) montra toujours sa préoccupation pour ses Compagnons, en vue de purifier leurs cœurs et de leur montrer que le progrès du «soi» est basé sur un cœur débarrassé de toutes les imperfections internes et externes.


 

Le Prophète (saw) Mentionne La Condition Du Cœur: La Suprématie Du Cœur Sur Tous Les Autres Organes 

 

Le cœur est le siège de la sincérité en une personne sans lequel aucune de ses actions ne sont acceptées. Le Prophète (saw) dit dans Boukhari: «Sûrement il y a dans le corps un petit morceau de chair;  s’il est en bon état le corps entier est en bon état, et s’il est corrompu le corps entier est corrompu et c’est le cœur»; et il dit dans deux autres hadiths rapportés par Mouslim: «Sûrement Allah ne regarde pas vos corps ni vos faces, mais Il régarde vos cœurs» et «N’entrera  au paradis quiconque a même un atome d’orgueil en son cœur.» Plusieurs autres hadiths citent explicitement la primauté du cœur:

 

·        Abou Hourayra rapporte: «Je dis: O Messager d’Allah! Qui sera le premier  à bénéficier de ton intercession au jour de la résurrection?» Le Messager d’Allah dit: «O Abou Hourayra! Je savais que personne ne pouvait me demander cette question avant toi à cause de ton grand désir pour la connaissance de hadiths. Le premier  à bénéficier de mon intercession au jour de la résurrection est celui qui dit «Il n’y a de Dieu qu’Allah» purement et sincèrement de son cœur (qalb) ou de son âme (nafs).»[14] Ibn Hajar dit dans son commentaire sur Boukhari:

 

Le Prophète (saw) mentionna le cœur pour   insister, comme Allah dit à propos du pécheur: «Certes, il a un cœur pécheur» (2:283)… «Le Premier» fait allusion à leur différent ordre d’entrée au paradis comme distinct dans leur rang de sincérité, cette dernière qualité étant mise en valeur par son dire «de son cœur» quoiqu’il soit clair que le siège de la sincérité est le cœur. Cependant, l’attribution de l’action à cet organe est plus accentuée.[15]

 

·        L’un des Compagnons nommé Wabissa rapporte que les gens avaient l’habitude de demander au Prophète (saw)des questions au sujet des bonnes choses, mais lui se résolu de lui demander qu’au sujet de mauvaises choses. Lorsqu’il vint au Messager de Dieu, celui-ci le tapota sur la poitrine avec ses doigts et dit par trois fois: «O Wabissa, la peur d’Allah est là.» Ensuite il dit: «Demande la réponse à ton coeur, peu importe celle des autres. »[16]

 

·        De la part d’Oumar: Le Prophète (saw) dit: «Toute chose a une cire, et la cire du cœur est dhikr Allah. Rien ne sauve une personne de la punition plus que le dhikr Allah.» Ils dirent: «Même pas le jihad pour l’amour d’Allah?» Il dit: «Non, même si vous combattez jusqu’à ce que vos sabres se brisent.»[17] 

 

·        Ibn `Oumar rapporte: J’étais assis avec le Prophète (saw) lorsque Hamala ibn Zayd al-Ansari de la tribu des Banou Haritha vint à lui. Il s’assit en face du Messager d’Allah (saw) et dit: «O Messager d’Allah, la croyance est là» – et il montra sa langue du doigt – «et l’hypocrisie est là» -- et il montra son coeur du doigt – «et je ne fais pas assez de dhikr Allah à l’exception d’un petit nombre.» Le Messager d’Allah demeura silencieux. Hamala répèta ses mots au cours desquels le Prophète(saw) saisi sa langue par son extrémité et dit: «O Allah, donne lui une langue véridique et un cœur reconnaissant, et fait qu’il m’aime et aime tous ceux qui m’aiment, et dirige ses affaires vers le succès.» Hamala dit: «O Messager d’Allah, j’ai deux frères qui sont hypocrites; j’étais juste avec eux. Ne dois-je pas les conduire à toi (afin que tu pries pour eux)?» Le Prophète (saw) dit: «(oui), quiconque vient à nous de la manière dont tu es venu, nous demanderons le pardon pour eux comme nous avons demandé le pardon pour toi; et quiconque maintien cette voie, Allah devient son protecteur.»[18]

 

·        De Ibn `Oumar aussi: le Prophète (saw) dit: «Ne parlez pas beaucoup, faites le dhikr Allah; parler beaucoup sans faire le dhikr Allah endurci le cœur, et personne n’est plus éloigné d’Allah que celui qui a un cœur dur.»[19]

 

     Nous voyons que le Prophète(saw) liait toute chose à la condition du cœur. Lorsque nous éliminons nos mauvais caractères et que nous endossons les bonnes manières, nous aurons un cœur parfait et sain; Ceci est la raison pour laquelle Allah  mentionne dans le Coran: «Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah avec un cœur saint.» (26:88-89). Et Allah mentionne les cœurs de Ses vrais savants (`oulama) lorqu’Il dit: «Il consiste plutôt en des versets évidents, (préservés) dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné. Et seul les injustes renient nos versets.»

 

     Quelles sont les maladies du cœur? L’Imam Souyouti dit dans son livre sur la tariqa Chadhili: «La science des cœurs, la connaissance de ses maladies comme  la jalousie, l’arrogance et la vanité, est une obligation pour tout Musulman de s’en débarrasser.»[20]  Les exégètes disent que la jalousie (hassad), l’ostentation (al-riya’), l’hypocrisie (al-nifaq) et la haine (al-hiqd) sont les caractères les plus communs auquels Allah fait référence lorsqu’Il dit: «Dis: Mon Seigneur m’a interdit les turpitudes tant apparentes que secrètes» (7:33). Allah mentionnant «tant apparent que secret» est l’évidence de la nécessité pour toute personne de ne pas seulement corriger et parfaire les actions extérieures, mais de purifier celles qui sont cachées en son cœur et qui sont seulement connues de son Seigneur.

 

     Le tassawwouf est la science et la connaissance par laquelle on apprend à  purifier le moi des mauvais désirs de l’égo, comme la jalousie, la tricherie, l’ostentation, l’amour des éloges, la vanité, l’arrogance, la colère, l’avidité, la radinerie, le respect du riche au dépend du pauvre, tout comme on doit purifier son aspect externe. La science de tassawwouf enseigne la purification selon le Saint Coran et la Sunna du Prophète (saw) et enseigne à se vêtir des attributs parfaits (al-sifat oul-kamila) dont la repentance (tawba), la peur de Dieu (taqwa), se maintenir dans le droit chemin (istiqama), la franchise (sidq), la sincérité (ikhlas), l’abstentation (zouhd), la grande piété (wara’), se remettre à Allah (tawakkul), accepter le Destin (rida), s’abandonner à Allah (taslim), les bonnes manières (adab), l’amour (mahabba), le souvenir (dhikr), la méditation (mouraqaba), et plusieurs autres qualités trop nombreuses pour être énumérées ici.

 

Tout comme la science du hadith a des douzaines de classifications, de même la science de tassawwouf a plusieurs classifications à savoir, les bonnes caractéristiques (akhlaq hassana) que le croyant doit obligatoirement développer, et les mauvaises (akhlaq dhamina) qu’il doit obligatoirement éliminer, en vue d’atteindre l’état d’ihsan. Les bénéfices et les buts de la science de tassawwouf rendent manifestes en nous le coeur de l’Islam, sa précieuse essence et sa force. En effet, l’Islam n’est pas seulement une pratique externe, mais il a aussi une vie interne. Ceci est la raison pour laquelle Allah dit: «Evitez le péché apparent ou caché» (6:120) et «Il y a parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah» (33:23). Ceci signifie que tous les croyants ne sont pas inclus dans ce groupe sélectionné de «ceux qui ont tenu leur engagement envers Allah.» En d’autres termes l’on peut être croyant, mais ne pas être parmi ceux qui ont tenu leur engagement à moins que l’on est atteint l’état de la purification de soi, l’état d’ihsan, la perfection du caractère, que le Saint Prophète (saw) mentionna dans le Saint Hadith. Et ceci, comme nous l’avons maintenant rendu clair, est ce qui fut   connu plus tard comme étant la science du tassawwouf.


 

II - «Y-A-T’Il DES PREUVES ET DES EVIDENCES DANS LE CORAN AU SUJET DU TASSAWWOUF? CITEZ-LES DE MANIERES EXPLICITES

 

 

Allah Décrit Tazkiyat Al-Nafs Comme Un Devoir Du Prophète

 

Comme mentionné précédemment, l’évidence du tassawwouf à partir du Coran est la même que l’évidence pour tazkiyat al-nafs ou la purification du soi, qui a été établie dans les paragraphes antérieurs comme la définition du tassawwouf. Allah dit: «C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et le Sagesse, car ils étaient auparavant dans un égarement évident» (62:2). Le terme utilisé ici est wa youzakkihim (les purifie). Les différents sens des différentes racines du mot tazkiya en arabe sont:

 

·        zaka:  «il nettoya» ou «il fut propre»

·        youzakki  «netttoyer» et «être purifier»

·        tazkiya  «purification»

·        zakat  «la taxe Islamique pour le nécessiteux,» «charité» «pureté»

·        azka  «la plus pure»

·        zaki  «pur, innocent»

 

Allah dit dans un autre verset: «Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée et lui a alors inspiré son immortalité, de même que sa piété! A réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt.» (91:7-10) Ce verset du Coran fait état de la nécessité de purifier et de maintenir propre le nafs en vue de réussir dans cette vie et dans l’au-delà: et ceci est précisément le but du tassawwouf. Les versets suivants sont rélatés pour une telle auto-purification.

 

 

D’autres Versets Et Commentaires Sur Tazkiyat Al-Nafs

 

Des versets se référant à la purification et à la purification du soi dans le Coran ont été déjà mentionnés. Allah dit:

 

·        «Notre Seigneur! Envoie l’un des leurs comme messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier.» (2:129)

 

·        «Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie…» (2:151)

 

·        «Réussit, certes, celui qui se purifie, et se rappele le nom de son Seigneur, puis prie.» (87:14-15)

 

·        «Et quiconque se purifie, ne se purifie que pour lui-même, et vers Allah est la Destination.» (35:18)

 

      Dans tous ces versets Allah Tout-Puissant fait état des mutassawif, ou ceux qui sont préoccupés à se purifier. Ils se souviennent de leur Seigneur en tout lieu et en tout moment en invocant Ses Noms et Attributs, et ils sont attentifs dans leurs prières. Ceci est l’essence du tassawwouf, et aussi l’essence de l’Islam. Nous rappelons encore au lecteur que ceci n’est qu’un terme technique, qui peut être remplacé par tout autre synonyme. Pour quiconque prétend suivre ou pratiquer l’Islam, alors ce combat pour la purification du soi est obligatoire, comme il est clairement ordonné dans ces versets. En vérité, il est sans importance de prétendre qu’il puisse avoir une soumission totale à Allah sans se purifier soi-même et voici pourquoi certains savants, parmi lesquels l’Imam Ghazali et l’Iman Souyouti, ont considéré le tassawouf comme une obligation religieuse (wajib).[21] Que l’on réussisse ou non dans cette poursuite dépend d’Allah, mais quoiqu’il en soit sa nécessité incombe à tous les Musulmans, hommes et femmes.

 


 

Allah Ordonne Aux Croyants De Chercher Un Moyen De S’approcher  DE Lui Et D’Accompagner Les Sadiqin.

Il Promet De Guider Les Mouhsinin

 

 

Allah ordonne: «O vous qui croyez! Craignez Allah,  cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause. Peut-être serez-vous de ceux qui réussissent!» (5:35). Ce verset ordonne de se battre dans la voie d’Allah – et non dans celle de l’égo et vers ses désirs – si l’on souhaite être victorieux. Et il indique la nécessité de suivre les pas du Prophète comme un moyen pour s’approcher d’Allah Tout-Puissant, et le prendre ainsi que ceux qui le connaissent comme guides.

 

      Allah dit aussi: «O vous qui croyez! Craignez Allah et soyez avec les véridiques.» (9:119). Le verset montre une évidence de la nécessité de tenir compagnie et de s’associer avec les meilleurs serviteurs d’Allah. Les Sadiqin sont ceux qui ont atteint les plus hauts niveaux de la foi selon le verset déjà mentionné: “Il est parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux sont morts, et d’autres attendent encore; et ils n’ont varié aucunement (dans leur engagement). (33:23). Ceci signifie qu’en tout temps il y a des gens qui tiennent solidement à leur engagement envers Allah. Ceux-là sont les amis d’Allah mentionnés dans d’autres versets, parmi lesquels: «En vérité, les bien-aimés d’Allah seront à l’abri de toute crainte, et ils ne sont point affligés» (10:62). L’un de ces Amis d’Allah est al-Khidr. On ordonna au prophète Moise de l’accompagner afin d’apprendre une partie de sa sagesse.

 

      Allah dit: «Quant à ceux qui luttent pour notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers. Allah est en vérité avec les bienfaisants» (29:62). La plupart des savants de l’Islam pratiquèrent tazkiyat al-nafs et essayèrent d’atteindre l’état d’ihsan illustré par le haut calibre des saints auquel le verset ci-dessus fait allusion. Ils sont les pieux exemples de ceux qui répendirent l’Islam en Asie Centrale, en Inde, au Pakistan, en Turquie, en Bosnie, en Indonésie, en Malaisie, en Chine, en Indochine, en Espagne, et en Afrique. Tous ces savants pratiquèrent le tassawwouf et utilisèrent ses métodes pour propager l’Islam dans ces pays, à travers leurs états de zouhd, wara', taqwa et tazkiya, ce qui les rendit comme des aimants pour les masses des gens qui se virent attirés à l’Islam par leur canal.


 

Allah Décrit Quelqu’un Qui a Directement Appris De Lui: Al-Khidr

 

 

      Allah décrit éloquemment la rencontre de Sayiddina Moussa avec Sayiddina Khidr dans les versets suivants: «Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avons donné une grâce de Notre part, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Nous. Moïse lui dit: «Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction?» L’autre dit: Sûrement, tu ne pourras pas être patient avec moi.» (18:65-67). De ces versets, nous voyons que quoique  Sayiddina Moussa fut un prophète et de surcroit le seul prophète à parler directement à Allah (kalimoullah), Sayiddina Khidr possédait une connaissance que Moise n’avait pas, et qu’il cherchait à obtenir de lui. Khidr recevait son savoir directement de la Présence d’Allah (`ilm ladounni) car il était , comme nous l’avons dit, l’un des Amis d’Allah.

 

      Allah dit aussi: «Et suis le chemin de celui qui se tourne vers Moi» (31:15). Youssouf `Ali commente convenablement ce verset en ces termes: «Ceci est le chemin de ceux qui aiment Allah.» Ceci est en effet un état d’amour qui est lié au coeur, non à l’esprit. A partir de l’ordre de tenir compagnie avec les Véridiques, à partir des versets de la rencontre de Moise avec al-Khidr, et à partir de l’ordre de suivre la voie des vrais Amoureux d’Allah, nous dérivons trois des nombreuses preuves de l’obligation de suivre un guide ou «maître d’éducation» (cheick al-tarbiya) dans la terminologie technique du tassawwouf.


 

La Supériorité De L’Amour Dans L’Adoration

 

Dans son livre intitulé Rawdat al-mouhibbin wa nouzhat la-moushtaqin (Le jardin des amoureux et la promenade des aspirants), Ibn Qayyim al-Jawziyya assembla quelques dires des grands Soufis sur l’amour et sa priorité dans l’adoration[22]:

 

·        Jounayd dit, «j’entendis al-harith al-Mouhassabi dire, l’amour est quand tu t’inclines complètement envers quelque chose, ensuite la préférence de cette chose sur soi-même et sur ton esprit et tes possessions, ensuite la conformité avec cette chose intérieurement et extérieurement, et la réalisation de ta faiblesse dans ton amour pour Lui.»

 

·        Abdoullah ibn al-Moubarak dit: «Quiconque auquel est donné une portion d’amour et auquel il n’est pas donné une équivalence de piété, a été lésé.»

 

·        Yahya bin al-Mouadh al-Razi dit: «Un amour du poids d’un atome est  préférable pour moi que d’adorer plus de soixante-dix années sans amour.»

 

·        Abou Bakrah al-Qattani dit: «Il y avait une discussion au sujet de l’amour (de Dieu)  à la Mecque au cours du pèlerinage et les cheicks en parlèrent. Jounayd était le moins âgé d’entre eux et ils dirent: Dit ce que tu possèdes O Iraqi. Il baissa sa tête par déférence et ses yeux se remplirent de larmes ensuite il dit: Un esclave se laissant lui-même, connecté avec le souvenir de son Seigneur, debout avec l’accomplissement de ses obligations, Le regardant avec son cœur, lequel cœur est consumé par la lumière de son Essence, sa soif est satisfaite du verre de Son amour, et s’il parle c’est par Allah, et s’il met en garde c’est d’Allah, et s’il se déplace c’est sur l’ordre d’Allah, et s’il est silencieux c’est qu’il est avec Lui, et il est par Allah, il est pour Allah, il est avec Allah (fa houwa billahi wa lillahi wa’allahi). Les cheicks s’esclamèrent et dirent: Il n’y a rien au-dessus de ceci, qu’Allah te renforce, couronne des Connaisseurs!»

 

      Ces mots de Jounayd sont liés à l’un des textes fondamentaux montrant l’évidence du miracle ou karamat des saints, le hadith qoudsi (dire inspiré) rapporté dans Boukhari par Abu Hourayra, le Messager d’Allah dit: «Allah dit»:

 

Quiconque nuit à celui qui s’est consacré à Moi, Je lui déclarerai la guerre. Mon serviteur ne se rapproche de Moi par rien qui M’est agréable que l’accomplissement des obligations que Je lui ai imposées. Mon serviteur ne cessera de se rapprocher de Moi par des pratiques surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime, et quand Je l’aime, Je deviens l’oreille par laquelle il entend, les yeux par lesquels il voit, la main par laquelle il empoigne, son pied par lequel il marche. S’il Me sollicite quelque chose, certes, Je la lui accorderai, et s’il sollicite Ma protection, certes, Je la lui accorderai …

 

·        L’amour d’Allah fut mentionné par Dhoul-Noun et il dit: «Assez, ne discutez pas de cette question car le nafs l’entendra et il le réclamera.» Et il continua:

              «En ce qui concerne le rebel, la peur et le remord sont meilleurs! L’amour d’Allah est pour celui qui a déjà peur et est purifié de toute vulgarité.»

 

·        Dhoul-Noun dit aussi: «Pour toute chose il y a une punition, et la punition pour le Connaisseur d’Allah est lorsqu’il est détaché du souvenir d’Allah (dhikroullah).»

 

·        Jounayd fit allusion à cette différence de niveaux dans sa réponse lorsqu’il fut questionné: «Par dessus tout, il y a des gens qui disent que définitivement ils atteignent le niveau de la bonté en ne faisant aucune action.» Il dit: «Parlent-ils de la suppression des actes (obligatoires et autres)? Non, quiconque commet l’adultère et vole est mieux que celui qui tient un tel propos. Car sûrement les connaisseurs d’Allah (al `arifina billah) prennent les actions dictées par Allah et retournent à Lui avec ces actions, et si j’avais à vivre mille années je ne diminuerais jamais de faire de bonnes actions.»

 

·        Jounayd dit aussi: «Le connaisseur d’Allah n’est pas considéré comme connaisseur jusqu’à ce qu’il ne devienne comme la terre; ça lui est égal qu’une bonne ou une mauvaise personne le piétine; ou comme la pluie, elle tombe sans discrimination sur ceux qu’elle aime ou ceux qu’elle n’aime pas.»

 

·        Soummoun dit: «Les amoureux d’Allah ont obtenu l’honneur des deux mondes, celui-ci et celui de l’au-delà. Le Prophète dit: «L’être humain est avec celui qu’il aime.» Ils sont avec Allah dans la dunya et dans l’au-delà.»

 

·        Yahya ibn Mou’adh dit aussi: «Il n’est pas véridique celui qui prétend qu’il L’aime et trépasse Ses limites.»

 

·        Et il dit: «Le connaisseur d’Allah abandonne cette vie mondaine et il n’a pas assez de deux choses: pleurer sur son propre soi, et son grand désir pour son Seigneur.»

 

·        Et quelqu’un dit: «Le connaisseur d’Allah ne devient un connaisseur jusqu’à ce que lui soit offert les trésors de Soulayman, cela ne l’intéressera pas, même pas le temps d’un clignement  de paupières.»


 

Des Versets Au Sujet Du Caractère Parfait, Ihsan

 

Après les versets qui s’adressent à l’auto-purification, citons maintenant des versets qui évoquent l’état d’ihsan ou l’excellence du caractère. Allah dit:

 

·        «La Miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants.» (7:56)

 

·        «Certes, Allah est avec ceux qui L’ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants.» (16:128)

 

·        «Y a-t-il d’autre récompense pour l’Excellence que l’excellence ?» (55:60)

 

·        «Et il récompense ceux qui font le bien par la meilleure récompense.» (53:31)

 

·        «Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance (ihsan) et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.» (16:90)

 

·        «Non, mais quiconque  soumet à Allah son être entier tout en faisant du bien ( dans l’état d’ihsan), aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour eux nulle crainte, et ils ne serons point attristés.» (2:112)

 

·        «Et quiconque soumet son être entier à Allah tout en étant bienfaisant (ihsan), s’accroche réellement à l’anse la plus ferme. La fin de toute chose appartient à Allah» (31:22)

 

·        «Qui est meilleur en religion que celui qui soumet son être entier à Allah tout en oeuvrant bien dans la voie qu’Allah aime…» (4:125).

 

      Les versets au sujet de l’état d’ihsan sont très nombreux , mais ce qui a été cité est suffisant. Le sens de ihsan, comme le Prophète l’a défini, c’est prier avec humilité et soumission (khoudou' et khouchou') comme si l’on voyait Allah et être conscient qu’Il nous voit. Dans son livre «Livre de Définitions» (Kitab al-ta’rifat), al-Jourjani (d. 816) dit:

 

al-ihsan: nom verbal dénotant ce que l’on doit faire dans la voie du bien. Dans la Chari`a cela signifie adorer Allah comme si tu Le vois, et si tu ne Le vois pas, Il te voit. C’est le degré de la vraie adoration dans la servitude prédit dans la vue de la divinité avec la lumière de la vision spirituelle (al-tahaqqouq bi al-`ouboudiyya `ala moushahadat hadrat al-rouboubiyya bi nour al-basira). Ceci est: la vue d’Allah comme Il est décrit par Ses attributs et à travers Son réel atttribut, afin que l’on puisse Le voir avec certitude, non littéralement (fa houwa yaqinan wa la yarahou haqiqatan). C’est la raison pour laquelle le Prophète dit: «Comme si tu Le voyais.» Car on Le voit derrière le voile de Ses attributs.[23]

 

      Le mot ihsan et ses dérivés ont les sens suivants dans le dictionnaire:

 

hassouna: “devenir, sembler, rendre excellent, beau”

ihsanan:     “faire excellemment”

ahsana:      “il fit une bonne action”

ihsan:         “gentillesse”

housna:        “récompense”

hassan:         “excellent, beau”

hissanoun:     “beaux”

 

«Devenir beau» dans le premier sens de ces définitions signifie se décorer avec de bons attributs, embellir intérieurement et extérieurement. Utiliser comme adjectif, il signifie gentillesse comme une caractéristique ou une attitude interne aussi bien que tranquilité.

 

      Il apparait évident que l’état d’ihsan cité dans le Saint Coran est un état très important, état que l’ange Jibril dé- montra comme partie intrinsèque  de la religion, et qu’il plaça au même niveau que les états de l’Islam et de la foi. La religion consiste en trois états , l’Islam, l’Iman et l’Ihsan, chacun avec sa définition. Ceci est la raison pour laquelle il est mentionné en plusieurs lieux dans le Saint Coran et la raison pour laquelle lorsque le Prophète fut questionné à ce sujet par Jibril, il lui donna la même importance que l’Islam et l’Iman.

 

      Ceci est le sens de la science entière du tassawwouf. A ceux qui s’y opposent nous disons: Vous pouvez changer ce terme si vous ne l’aimez pas, mais nous l’aimons ainsi parce que c’est un terme bien connu, bien utilisé. Les termes ne changent pas la nature ou la réalité fondamentale d’une chose. Comme l’adage le dit, «une rose quelque soit le nom qu’on lui donnera aura toujours une bonne odeur.»


 

III - QUELLES SONT LES PREUVES SUR LE TASSAWWOUF A PARTIR DES HADITHS?

 

 

Comme nous l’avons dit dans les paragraphes antérieurs, le terme tassawwouf est un terme technique qui a pris ses origines à travers les sens variés que nous avons cités dans la première et seconde réponse. Il a ses racines profondes dans la Sunna du Prophète, dans la mesure où son origine est l’ihsan, l’état d’Excellence qui est mentionné dans le hadith de Jibril, hadith qui est connu par tous les savants comme «la source de la Sunna et de tous les hadiths» (oumm al-Sunna wa oumm al-ahadith).

 

 

Oumm al-Ahadith, Le Hadith De Jibril

 

 Oumar – qu’Allah lui accorde Sa satisfaction – dit aussi: «Pendant que nous étions assis un jour avec le Messager d’Allah – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – soudain un homme vint à nous. Il était habillé d’un vêtement excessivement blanc. Ses cheveux étaient très noir. Il n’y avait pas de signe de voyage sur cette personne. Aucun d’entre nous ne le connaissait. Il alla s’asseoir en face du Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – appuyant ses genoux contre les genoux du Prophète et ses mains sur ses jambes.

 

      Il dit: «O Muhammad! Informe-moi au sujet de l’Islam.» Le Messager d’Allah – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «L’Islam est le témoignage qu’il y n’a de Dieu qu’Allah, et que Muhammad est le Messager d’Allah; de faire la prière; de payer la zakat; de jeûner pendant le mois du Ramadan; et d’effectuer le pèlerinage à la (maison d’Allah) si tu as les moyens de t’y rendre.» L’homme dit: «Tu as dit la vérité.» Nous étions surpris de lui: comment peut-il être en train de poser des questions au Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – et en même temps confirmer ses réponses? Ensuite il dit: «Parle-moi au sujet de la Foi.» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «La Foi est de croire en Allah, Ses anges, Ses livres, Ses messagers, au Jour du Jugement, et de croire en la prédestination, le bon et le mal.» L’homme dit: «Tu as dit la vérité. Maintenant, parle-moi au sujet de l’Ihsan.» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – répondit: «L’Ihsan est d’adorer Allah comme si tu Le vois, car si tu ne Le vois pas, certainement Il te voit.»

 

      L’homme dit: «Maintenant informe-moi au sujet de l’Heure.» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «Celui qui est questionné n’en sait pas plus que celui qui questionne.» Il dit: «Ainsi parle-moi au sujet de ses signes.» Il répondit: «La fille-esclave donnera naissance à ses maîtresses, et tu verras les va-nu-pieds, pauvres bergers construire de grands buildings.» Alors il s’en alla et le temps s’écoula. Longtemps après il me dit: «O `Oumar, sais-tu qui posait ces questions?» Je dis: «Allah et Son Messager savent mieux.» Il dit: «Il n’était rien d’autre que Gabriel. Il était venu vous enseigner votre religion.» Rapporté par Mouslim.

 

      Dans cet hadith, Jibril a divisé la Religion en trois catégories ou branches, à partir desquelles toute la religion, tous les hadiths et toute la Sunna dérivent. Et, il précisa chaque branche en posant chaque question séparément. La première branche était au sujet de la question «Qu’est-ce l’Islam?», la seconde était au sujet de la question «Qu’est-ce l’Iman?», et la troisième était au sujet «Qu’est-ce l’Ihsan?» Nous ne pouvons pas dire que la Religion est seulement l’Islam, ou seulement l’Iman ou seulement l’Ihsan. Nous disons que chaque branche est essentielle à la Religion, et ne peut pas  être séparée. Le Prophète, dans ses réponses à ces questions confirma ceci et dit à ses Compagnons après que Jibril soit parti, «Jibril était venu vous enseigner votre religion.»

 

      Nous voyons à partir de ce hadith de Jibril qu’il catégorisa la religion en trois piliers ou composantes essentielles. Le premier est le pilier de l’Islam. Le deuxième est le pilier de l’Iman et le troisième est le pilier d’Ihsan. Le premier pilier est le côté pratique de la religion, comprenant l’adoration, les actions et autres obligations. L’état de ce pilier est le côté externe du soi, qui a attrait au corps et à la communauté. Les savants appellent celui-ci la Chari`a. Les savants sont spécialisés en cette science et elle fut nommée «Science de la Jurisprudence» (`ilm al-fiqh). Le second pilier consiste en la croyance à travers l’esprit et le cœur. Cela signifie croire en Allah, en Ses Messagers, Ses Livres, les Anges, le Jour du Jugement, et le Destin. Et ceci fut connu par les savants comme `ilm al-tawhid. Le troisième pilier est le principal sujet du tassawwouf.


 

La Troisième Composante De La Religion De L’Islam:

Ihsan (La Perfection Du Caractère)

 

 

Le troisième aspect de la Religion est connu comme l’aspect spirituel du cœur, qui combine avec le premier pilier, l’adoration, et le deuxième pilier, la croyance, amène l’individu à être conscient d’être en présence d’Allah dans toutes ses actions et pensées comme s’il Le voyait. Et s’il ne peut   Le voir – parce que personne ne peut Le voir dans cette vie -- alors, il doit garder la permanence de la  présence d’Allah dans son cœur, sachant qu’Il est présent dans chaque atome et chaque particule de son adoration et de sa croyance – voilà,   les états et qualités de son adoration et sa croyance. En conséquence, cela produira en lui un état d’excellence, un état de haute qualité, en ayant à l’esprit la présence de la vision d’Allah sur lui et en     ressentant le plaisir spirituel et la lumière de la connaissance qu’Allah dirigera à son cœur en guise de Sa faveur et de Sa gratitude. Voilà ce que les savants ont nommé la Science de la Vérité ou `ilm al-haqiqa, connue dans le temps des Compagnons comme al-siddiqiyya ou la voie des saints véridiques. C’est  plus tard qu’il fut connu sous le nom de tassawwouf.

 

      Nous pouvons résumer les définitions précédentes en disant que l’islam prescrit les comportements du Musulman, l’iman décrit ses croyances et les définit, et l’ihsan se réfère à l’état du coeur qui détermine si l’Islam et l’Ihsan de l’un portera fruit dans cette vie ou dans celle de l’au-delà. L’évidence de ceci est rapporté dans Boukhari dans le hadith mentionné dans les paragraphes précédents: «Sûrement il y a un morceau de chair dans le corps, s’il est bon tout le corps est bon et s’il est corrompu tout le corps est corrompu et c’est le cœur.»

 

                                             {    chahada

                                             {    salat

                    {     islam         {    zakat

                    {                       {    sawm

                    {                       {    hajj

                    {

                    {                {    billah

 DIN            {               {    wa mala'ikatihi

                    {                {    wa koutoubihi

 AL-            {     iman   {    wa roussoulihi

                    {                {    wa al-qadar khayrihi

  ISLAM     {                {    wa charrihi

                    {                {    wa al-yawmi al-qkhir

                    {

                    {                                               {    taqwa

                    {            an ta`bouda Allah      {    wara’

                    {       ka’annaka tarah             {    zouhd

                    {         (adorer Allah comme    {     khouchou     

                    {          si tu Le vois)                 {     khoudou

                    {     ihsan                                 {     sabr         

                    {                                               {     tawba

                    {                                               {     rahma

                                                                     {     karam

                                                                     {    hilm …

 

Ihsan est divisé en plusieurs parties comprenant toutes les bonnes caractéristiques et qualités du croyant telles  que taqwa (la crainte d’Allah), wara' (la peur scrupuleuse d’Allah), zouhd (l’ascétisme), khoushou (la révérence), khoudou (l’humilité), sabr (la patience), sidq (la franchise), tawakkoul (la confiance), adab (les bonnes manières), tawba (le repentir),  inaba (le retour à Allah), hilm (l’indulgence), rahma (la compassion), karam (la générosité), tawadou' (l’humilité), haya (la modestie), chaja`a (le courage), etc..

 

      Toutes ces qualités sont celles du Prophète, et le caractère du Prophète est le Coran , selon le dire d’Aïcha «Son caractère était le Coran.»[24] Le Prophète à son tour revêtit ses Compagnons avec ces qualités si bien qu’ils devinrent de parfaits et de brillants exemples pour l’humanité à savoir comment les êtres humains devraient vivre en parfaite harmonie avec le Créateur et entre eux.

 

      Dans son explication de cet hadith, l’Imam Nawawi parle de l’Ihsan sous les termes de maqam al-mouchahada (la station de l’expérience) et maqam al-siddiqin (la station des Saints les plus véridiques) qui sont des branches du tassawwouf. Le texte complet du commentaire sur le hadith de Jibril par l’Imam Nawawi est le suivant.

 

 

LE COMMENTAIRE DE L’IMAM NAWAWI SUR LE HADITH DE JIBRIL

 

«Parle-moi au sujet de la foi (iman).»

 

L’Iman, lexiquemment parlé, signifie une conviction de nature générale. Légalement, c’est une expression pour une conviction spécifique dans la croyance en Allah, Ses anges, Ses livres, Ses messagers, le jour dernier, et tout ce qui est décrété, le bon et le mal. Islam est un mot signifiant la performance des obligations légales. Celles-là sont les actions externes que l’on applique à soi-même.

 

      Allah Le plus Exalté a fait une différence entre la foi (iman) et la soumission et ceci est aussi mentionné dans le hadith. Il dit: «Les Arabes disent: «Nous avons la foi.» Dit: «Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt: Nous sommes simplement soumis» (49:14). Ceci est parce que les hypocrites priaient, jeûnaient, et payaient l’aumône légale cependant ils niaient dans leur cœur. Lorsqu’ils prétendaient avoir la foi, Allah déclara leur revendication de mensonge à cause du refus dans leur cœur, mais Il confirma leur revendication de soumission à cause de leur performance des devoirs.

 

      Allah dit: «Quand les hypocrites viennent à toi, ils disent: «Nous attestons que tu es certes le Messager d’Allah,» Allah sait que tu es vraiment Son Messager, et Allah atteste que les hypocrites sont assurément des menteurs» (63:1). Ils sont menteurs dans leur revendication d’attestation au message puisque leurs cœurs le nient. Les mots de leur bouche ne sont pas en accord avec le contenu de leurs cœurs, alors que la condition de l’attestation au message est que la langue confirme ce que contient le cœur. Lorsqu’ils mentaient dans leur revendication, Allah exposait leur mensonge.

 

      Puisque la foi est aussi une condition pour la validité de la soumision, Allah l’Exalté différencie le soumis (musulman) du croyant (mou'min) en disant: «Nous avons donc fait sortir ce qu’il y avait comme croyants, mais Nous n’y avons trouvé qu’une maison de gens soumis» (51:35-36). Cette distinction lie la croyance et la soumission comme étant une condition et son exécution.

 

      Pour finir, Allah désigna la prière par le nom de "foi" lorqu’Il dit: «Et ce n’est pas l’objectif d’Allah de vous faire perdre votre foi» (2:143) et «Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la Foi» (42:52). Il parle de la prière.

 

«Et de croire en ce qui a été décrété (qadar), le bien et le mal.»

 

Le mot est prononcé de deux manière; qadar et qadr.

 

      La voie des Gens de La Vérité (c’est-à-dire Ahl al-Sunna wa al-Jama`a) est de fermement croire au décret d’Allah. Le sens de ceci est qu’Allah – Glorifié et Exalté soit-Il – a décrété les choses depuis la pré-éternité et qu’Il – Glorifié et Exalté soit-Il – sait qu’elles se manifesteront aux temps qui sont connus de Lui; et elles se dérouleront exactement selon ce qu’Il a décrété – Gorifié et Exalté soit-Il!

 

      Sache qu’il y a quatre sortes de décrets:

 

1.      Le décret dans la Prescience Divine. Il est dit à son sujet: L’affection (`inaya) devant l’amitié (milaya), le plaisir avant la naissance, et la moisson  se poursuit dès les premiers fruits. Allah l’Exalté dit: «Est détourné de lui quiconque a été fait pour être détourné» (51:9). En d’autres mots, l’un est détourné d’entendre le Coran et de croire dans ce monde celui qui a été détourné d’eux dans la pré-éternité.»[25]

 

2.      Le décret sur la Tablette Protégée. Un tel décret peut être changé. Allah: «Allah efface ce qu’Il veut, et Il confirme ce qu’Il veut, et l’Ecriture Mère est auprès de Lui» (13:39). Nous savons qu’Ibn `Oumar avait l’habitude de dire dans ses invocations: «O Allah, si Tu as prédestiné des difficultés pour moi, efface-les et écrit de la félicité pour moi.»

 

3.      Le décret dans la matrice concernant ce que l’ange est ordonné d’écrire au sujet de la subsistance et le terme de la vie de l’un, et s’il sera malheureux ou prospère.

 

4.      Le décret qui consiste à rejoindre des choses spécifiques pré-établies au moment où elles doivent se dérouler, car Allah l’Exalté a créé à la fois le bien et le mal et a ordonné qu’ils atteignent Ses serviteurs au temps désigné par Lui.

 

Il est évident  qu’Allah Tout -Puissant créa à la fois le bien et le mal puisqu’Il dit: «Les criminels sont certes dans l’égarement et la folie. Le jour où on les traînera dans le feu sur leur visage on leur dira: "Goûtez au contact de l’enfer Sakar." Oui! Nous avons créé toute chose avec mesure (qadar)» (54:47-49). Ce verset fut révélé concernant les partisants du libre arbitre absolu ou Qadariyya à qui on a dit: «Votre croyance est en enfer.»

 

      Comme évidence supplémentaire de ce qui a été décrété , l’Exalté dit: «Dit: Je cherche refuge auprès du Seigneur du couperet contre le mal qu’Il a créé» (113:1-2). La lecture de ce serment au moment où quelque chose de bien arrive au serviteur d’Allah repoussera le mal avant qu’il l’atteigne. Il y a aussi dans le hadith: «Les bonnes actions et renforcer les liens familiaux évitent une mort terrible et éventuellement la change en une bonne»[26]; «L’invocation et l’affliction sont suspendues entre le ciel et la terre, vivante, et l’invocation repousse l’affliction avant qu’elle ne descende.»[27]

 

      Les partisans du libre arbitre absolu [les Mou`tazila] prétendent qu’Allah l’Exalté n’a prédestiné aucune chose, que Sa connaissance ne les précède pas, qu’elles commencent à exister seulement lorsqu’elles se déroulent et que c’est à ce moment seulement qu’Il – Exalté soit-Il – les connait. Ils mentent au sujet d’Allah. -Exalté soit-Il -Il est très haut, au-dessus de leur propos mensonger. Ils rentrèrent dans l’obscurantisme.

 

      Plus tard les Qadariyya disent que le bien provient d’Allah pendant que le mal provient de quelqu’un d ‘autre que Lui. Allah est aussi Exalté haut au-dessus d’une telle déclaration. Dans un hadith authentiquement rigoureux, le Prophète dit: «Les croyants au libre arbitre absolu sont les Zoroastriens de cette Communauté.»[28] Il les nomma Zoroastriens parce que leur école de pensée ressemble à celle du dualisme Zoroastrien. Les Dualistes prétendent que le bien est effectué par la lumière et le mal par l’obscurité, et c’est ainsi qu’ils méritèrent ce nom. Similairement, les partisants du libre arbitre absolu attribuent le bien à Allah et le mal à quelqu ‘un d’autre que Lui,– Exalté soit- Il –Il est le Créateur à la fois du bien et du mal.

 

      L’Imam des Deux Sanctuaires[29] dit dans le "Livre de Guidance aux Preuves Définitives Concernant les Fondations de la Coyance"[30] que certains des Qadariyya disent: «Ce n’est pas nous, mais vous (Ahl al-Sunna) qui êtes les Qadariyya à cause de votre croyance au soit disant Décret.» Jouwayni répondit à ces ignares qu’ils se sont attribués le pouvoir du décret, et quiconque revendique, par exemple, le pouvoir du mal et se l’attribue, mérite son attribu, plutôt que celui qui l’attribue à d’autres qu’à lui-même et nie toute paternité à son sujet.

 

 

«Informe-moi au sujet de l’ihsan.» Il dit: «L’ihsan c’est l ‘adoration d’ Allah comme si tu Le voyais.»

 

      Ceci est la station de la Vrai Vision ( maqam al-mouchahada). Quiconque est capable de voir directement le Roi répugne à se tourner vers d’autres que Lui dans la prière et à affairer son cœur avec d’autres que Lui.

 

      La Station d’ihsan est la Station des Saints les Plus Véridiques (maqam al-siddiqin) à laquelle nous avons fait référence dans notre commentaire sur le hadith de l’intention (Les actions sont selon leurs intentions):

 

      [Al-Mouhassibi dit: «La véracité (sidq) en tant qu’attribut d’un serviteur d’Allah, signifie la constance dans le comportement visible et caché d’une personne, en privé comme en public. La véracité est réalisée après la réalisation de toutes les stations (maqamat) et états (ahwal). Même la sincérité (ikhlas) a besoin de la véracité, alors que la véracité n’a besoin de rien, parce que quoique la réelle sincérité est de chercher Allah à travers l’obéissance, on peut chercher Allah en priant et toujours être insouciant ou absent en son propre cœur en cours de prière. La véracité est ainsi chercher Allah au moyen de l’adoration avec une complète présence du cœur devant Lui. En vérité tout véridique (sadiq) est sincère (moukhlis), pendant que tout sincère n’est pas véridique. Ceci est la signification de connection (ittissal) et déconnection (infissil): le véridique s’est déconnecté de tout ce qui est autre qu’Allah (ma siwa Allah) et il s’est empressé en la présence auprès d’Allah (al-houdour billah). Ceci est aussi le sens de la renonciation (takhalli) de tout ce qui est autre qu’Allah et l’auto-revêtement (tahalli) avec la présence auprès d’Allah, Le Glorifié, L’Exalté.»]

 

«Il te voit certainement».

 

      Il voit ton insouciance si tu es insouciant pendant la prière et que tu converses avec ton moi.

 

 

«Informe-moi au sujet de l’Heure.» Il répondit: «Celui qui est interrogé n’en sait pas plus sur elle que celui qui l’interroge.»

 

      Cette question indique que le Prophète – le salut et la paix d’Allah sur lui – ne connaissait pas l’Heure. La connaissance de l’Heure est parmi les choses dont Allah s’est réservé la connaissance. Il dit: «La connaissance de l’Heure est auprès d’Allah» et «C’est lourd dans les cieux et sur la terre, et elle ne viendra à vous que soudainement» (7:187) et «Qu’en sais-tu? Il se peut que l’Heure soit proche» (33:63, 42:17).

 

      En ce qui concerne ceux qui prétendent que l’âge de ce monde est de 70000 ans et qu’il en reste 63000, c’est une fausse déclaration rapportée par al-Tawkhani dans les «Causes de la Révélation» par certains astrologues et mathématiciens. Encore, quiconque prétend que le terme du monde est de 7000 années, fait une affirmaton audacieuse au sujet de l’Inconnu, et ce n’est pas permis d’y croire.

 

 

«Informe-moi au sujet de ses signes.» Il répondit: «Quand la fille-esclave donnera naissance à sa propre maîtresse.»

 

      Une autre version dit: «à son maître.» La plupart des commentateurs disent que ceci est un signe de multiplicité des filles-esclaves et leurs progénitures. Un enfant né d’un maître de fille-esclave est comme son maître, parce que les possessions du proprétaire vont à ses enfants. Certains disent que la signification se réfère aux filles-esclaves donnant naissance à des rois. La mère tombera alors sous la souveraineté de son fils. Une autre signification est qu’une personne peut avoir un fils avec une fille-esclave avant de la vendre; ensuite le fils grandit et achète sa propre mère. Ceci est une des conditions de l’Heure.

 

«Quand tu verras les va-nu-pieds, les déguenillés, les pauvres gardiens de bêtes rivalisant les uns les autres dans la construction de grands buildings.»

 

      Cela signifie que les Bédoins qui vivent dans le désert et leurs semblables parmi les parvenus et les pauvres deviendront des experts dans l’érection de grandes structures. Le monde leur sera généreux et ils finiront par vivre dans le luxe avec leurs buildings.

 

 

«Et il (le Prophète) attendit [labitha] longtemps.»

 

 Les rapports disent aussi: «J’attendis [labithou] longtemps.» Les deux sont fiables. Dans la narration d’Abou Dawoud et de Timidhi, `Oumar dit: «Après trois jours.» Dans le Charh al-Tanbih de Baghawi, il est rapporté: «Après trois jours ou plus,» ce qui apparemment signifie après que trois nuits soient passées. Tout ceci apparemment contredit la version d’Abou Hourayra dans sa narration (dans Boukhari): «L’homme se leva et parti, après lequel le Messager d’Allah dit – la paix et le salut d’Allah sur lui: «Ramenez-moi cette personne» et ils le cherchèrent pour le ramener, mais ils ne trouvèrent personne. Alors il dit—la paix et le salut d’Allah sur lui: «C’était Gabriel.»»

 

      Il est possible de réconcillier les deux versions de l’évènement en considérant qu’Oumar n’a peut être pas été présent au moment de la révélation du Prophète – la paix et le salut d’Allah sur lui –qu’il s’était levé et avait pris congé du groupe à ce moment-là. Ainsi le Prophète – la paix et le salut d’Allah sur lui – fit juste sa révélation à ceux qui furent présents, et ils informèrent `Oumar à leur tour après trois jours, puisqu’il n’avait pas été présent au moment où le reste des Compagnons avaient été informés.

 

 

«C’était Gabriel. Il était venu vous enseigner les prescriptions de votre religion.»

 

      Il y a une indication dans cette déclaration que l’islam, l’iman, et l’ihsan sont ensembles nommés «religion» (din).

 

      Le hadith démontre que la croyance au décret d’Allah est une obligation, et que l’on doit éviter les choses interdites, et que le contentement avec ce qui advient est une obligation.

 

      Un homme vint à Ahmad ibn Hanbal – qu’Allah soit satisfait de lui – et dit: «Donne-moi des conseils»: Il lui dit:

 

      «Si Allah l’Exalté S’est approprié la provision de toutes les subsistances, pourquoi t’inquiètes-tu? Si en vérité la compensation pour toutes les choses appartiennent à Allah, pourquoi être mesquin? Si en vérité il y a un Paradis, pourquoi ne pas s’appaiser maintenant? Si en vérité il y a un Feu, pourquoi désobéir? Si le questionnement de Mounkar et de Nakir est vrai, qu’est-ce qui est bon de se tenir en compagnie des humains?[31] Si le monde est destiné à une instinction, quelle paix d’esprit y a-t’il? Si en vérité il y a un compte à rendre, à quoi servent les possessions? Et si toutes les choses sont mesurées et décrétées à passer, pourquoi avoir peur?»

 

      L’auteur de Maqamat al-`oulama (Les stations des érudits)[32] mentionne que le monde est divisé en 25 parties:

 

·        Cinq ont rapport à ce qui est mesuré et décrété à se produire: la subsistance, les enfants, les parents, le pouvoir, et l’âge;

·        Cinq ont rapport à l’effort personnel (ijtihad): le paradis, l’enfer, la décence, la galanterie, et l’écriture;

·        Cinq ont rapport à l’habitude: manger, dormir, marcher, l’accouplement, et se soulager des excréments;

·        Cinq ont rapport à la constitution naturelle: l’abstinence, la pureté, l’altruisme, la beauté, et la dignité;

·        Cinq ont rapport à l’héritage: la richesse, les relations, l’indulgence, la vérité, et la loyauté.

 

      Aucun des éléments ci-dessus cités ne contredit le dire du Prophète – la paix et le salut d’Allah sur lui – où il dit «Toute chose est mesurée et destinée à passer.»[33] Au contraire, cela veut dire que certaines de ces choses sont déterminées par des causes (secondaires), tandis que d’autres ne le sont pas, et toute chose est destinée mesurée et destinée à passer.

 

 

L’école D’Ihsan Et De Tazkiya

 

L’école à laquelle les Compagnons furent formés n’a pas péri après la mort du Prophète. Au contraire, les méthodes et la connaissance, dont Il était doté, furent transmises à ses Compagnons – qu’Allah soit satisfait d’eux – et chacune était une école à partir de laquelle la Umma dériva ses enseignements. Avec le passage du temps, ces écoles développèrent  et formalisèrent leurs méthodes et créèrent une science distincte nommée la Science de tassawwouf. Tout comme les écoles de Chari`a se formèrent au cours des trois premiers siècles de l’Islam, de même de distinctes et visibles écoles de tassawwouf passèrent la connaisance et science aux générations successives de Musulmans. Et comme la Chari`a ne se développa pas en dehors du cadre de l’Islam, du Coran et de la Sunna, même si ses branches et son contenu couvrent plusieurs éléments non mentionnés verbalement dans ces sources, de même le tassawwouf se développa basé sur la structure établie par le Livre et la Sunna et jamais ne déborda des limites de ces paramètres.

 

 

La Relation Entre Chari`a Et Haqiqa

 

Le nom de «Science de Réalité» ou `ilm al-haqiqa est souvent attribué au tassawwouf. L’Imam Ahmad dit après avoir entendu al-Harith al-Mouhassibi parlé: «Je n’ai jamais entendu à propos de la Science des Réalités (`ilm al-haqa`iq) des mots comme ceux prononcés par cet homme.»[34] Le sens de cette expression est que la réalité de l’adoration du servant consiste en la condition spirituelle du cœur, pendant que la performance de son adoration consiste à remplir légalement ses obligations externes. Cette dernière, l’ensemble des obligations externes, est l’objet de la Chari`a et ses ramifications sont nombreuses tandis que la première, la réalité de l’adoration, est le sujet du haqiqa dont les ramifications sont très peu nombreuses.

 

      Un exemple de ces deux aspects est illustré par la prière. Il est obligatoire de performer la prière avec tous ses mouvements, ses règles essentielles, selon les stipulations de la Chari`a. Ceci est connu comme jassad al-salat ou le «corps de la prière.» Cependant, l’un des principes essentiels de la prière est de garder son cœur en la présence Divine d’Allah et de savoir qu’Il nous observe au cours de la prière. Ceci nous donne la Réalité et l’Essence de la prière. Nous savons que les gens peuvent exercer toutes les actions extérieurs essentielles (visibles) de la prière, mais leur cœur peut ne pas y être présent. Ce que l’état d’ihsan défini est de garder le cœur pur et propre de toute sorte de mauvaises pensées et attachements aux distractions de ce monde. Ceci fut la pratique du Prophète parce qu’il dit qu’il était venu pour détourner les gens de l’attraction de ce monde et de ses distractions.

 

 

      Nous voyons dans cette comparaison que la forme de la salat est son corps, pendant que l’humilité et l’auto-effacement (khouchou') est son âme. Quel est ainsi le bénéfice du corps sans son âme? Si la prière est un mouvement sans présence d’esprit, alors l’action est similaire à celle d’un robot. Autant l’âme a besoin d’un corps pour y vivre, autant le corps a besoin d’une âme pour lui donner vie. Similairement la relation entre Chari`a et Haqiqa est comme la relation entre le corps et l’âme. Le croyant parfait  qui a atteind l’état d’ihsan est celui qui  peut joindre les deux.

 

      Une autre expression pour cette distinction fût donné par le Prophète dans l’un de ses hadiths:

 


La connaissance est de deux sortes: la connaissance établie dans le cœur et la connaissance établie sur la langue.[35]

 

Al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Maqdissi (à ne pas confondre à Cheick al-Islam al-Soulami) expliqua cette différence entre Chari`a et Haqiqa dans son essai sur le tassawwouf intitulé Hall al-roumouz wa mafatih al-koumouz (Le dévoilement des symboles et les clefs des trésors):

 

La connaissance est de deux sortes: la connaissance extérieure (`ilm al-zahir) qui s’applique à la Chari`a, et la connaissance intérieure (`ilm al-batin) qui s’applique au Haqiqa. Le Prophète dit: La connaissance est de deux sortes…[36]

 

      L’Imam al-Shafi`i fit allusion à la même distinction dans son dire: «La connaissance est de deux sortes: la connaissance des croyances et la connaissance des corps.» Souyouti le relata dans l’introduction de son livre al-Tibb al-nabawi.[37]

 

      Ceci est la compréhension essentielle du tassawwuf – combiner Chari`a et Haqiqa, l’âme et le corps, l’externe et l’interne. A cause de la grande difficulté d’accomplir cet objectif, les méthodes du tassawwuf sont souvent appelées guerre spirituelle ou jihad al-nafs.


 

La Grande Jihad: La Jihad Contre L’Ego.

(Jihad Al-Nafs)

 

 

Allah déclare dans le Coran qu’Il accepte les actions de dévotions seulement de ceux qui se purifient (qad aflaha man zakkaha 91:9 ), qui ont un cœur sain (illa man ata Allaha bi qalbin salim  26:89), et qui montre un esprit humble (innaha lakabiratoun illa `ala al-khchi`in 2:45). La purification de l’Intention est l’idée majeure de ces versets. Ceci est la raison pour laquelle les grands savants tels que Boukhari, Chafi`i, Nawawi et autres, commencèrent leurs livres de fiqh avec le hadith de l’intention: «Les actions sont jugées selon l’intention.»

 

      Un acte considéré du point de vue externe comme un acte d’adoration mais performé sans une pure intention n’est pas considéré comme une adoration, même combattre et mourir pour la défense des Musulmans. Le Prophète dit au sujet d’un tel combattant, «c’est un compagnon du feu», et ils sont appelés dans la Chari`a: chahid al-fassad (martyr corrompu). C’était un mounafiq (quelqu’un qui dissimule la croyance) de Madina. Ainsi la purification de l’intention est nécessaire pour les cinq piliers de l’Islam. C’est dans ce sens – la purification de l’intention – que l’expression jihad al-akbar (la plus grande jihad) est souvent utilisée en référence à l’auto-purification et c’est aussi dans ce sens que sa supériorité s’affirme.

 

 Ibn Qayyim al-Jawziyya dit dans al-Fawa`id:

 

Allah dit: «Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers» (29:69). Il a ainsi défini la direction du jihad. Partant de là, les meilleurs sont ceux qui luttent le plus pour Sa cause, et la jihad la plus importante est la jihad (afrad al-jihad) contre l’égo, la jihad contre les désirs, la jihad contre satan et la jihad contre le bas-monde (jihad al-nafs wa jihad al-hawa wa jihad al-satan wa jihad al-dunya). Quiconque lutte contre ces quatre jihads, Allah les guidera aux voies de Son bon plaisir qui conduit à Son Paradis, et quiconque abandonne la jihad, alors il renonce à être guidé en proportion de son abandon à la jihad.

 

      Al-Jounayd dit: «Ceux qui luttent contre leurs désirs et se repentent par notre amour, nous les guiderons sur la voie de la sincérité, et on ne peut   lutter contre son ennemi extérieurement (c’est-à-dire avec le sabre) sauf celui qui lutte contre ses ennemis internes. Ainsi quiconque a la victoire sur eux (le moi) sera victorieux sur ses ennemis, et quiconque est défait par eux (le moi) sera défait par son ennemi.»[38]

 

      La concurrence et la rivalité sont permises dans l’excellence de l’adoration. Dans ce respect, Allah établit dans Son Livre des niveaux entre les croyants, et ceci est aussi clarifié par d’innombrables hadiths. La récompense de la jihad est immense comme cela est prouvé par le hadith du Prophète lorsqu’il dit que s’il pouvait , il aurait demandé à Allah de le ramener en vie afin qu’il puisse retourner combattre et mourir plusieurs fois en chahid ou martyr. Mais toujours est-il qu’avec respect pour la présente issue, ceux qui se souviennent d’Allah – y compris les parfaits savants qui sont les réels connaisseurs d’Allah – sont supérieurs au moujahidin. Par exemple, quoique Zayd ibn Haritha et Khalid ibn Walid furent de grands généraux, leur disparution fut moins lourde, en terme de perte pour les Musulmans, que celle d’Abou Moussa al-Ach`ari ou d’Ibn `Abbas. Pour cette raison, le Prophète déclara explicitement la supériorité de ceux qui se souviennent d’Allah dans les deux authentiques hadiths suivants.

 

Le Prophète dit: «Voulez-vous que je vous dise quelles sont vos meilleures œuvres, quelles sont celles qui sont les plus pures et les plus cotées auprès de votre Seigneur, celles qui élèvent très haut votre degré, celles qui vous rapportent plus de salaire que de dépenser votre or et votre argent au service d’Allah ou prendre part à la jihad en tuant ou en se faisant tuer dans la voie d’Allah?» Ils dirent: «Nous voulons bien.» Il dit: «C’est l’invocation d’Allah.»[39]

 

      Il dit aussi: «Même si quelqu’un frappe les mécréants et les idolâtres avec son sabre jusqu’à ce qu’il les brise, et meurt teinté complètement par leur sang, les invocateurs d’Allah lui sont supérieurs d’un degré.»[40]  

 

 

Hadiths Sur La Jihad Contre L’Ego

 

Le savant de hadiths Moulla `Ali al-Qari dans son livre al-Mawdou`at al-koubra connu aussi sous le nom al-Asrar al-marfou`a dit:

 

Souyouti dit: al-Khatib al-Baghdadi rapporte dans son livre «Histoire» sur l’autorité de Jabir: Le Prophète revint de l’une de ses batailles et dit: «Vous avez avancé de la meilleure manière: vous êtes revenu de la plus petite jihad à la plus grande jihad.» Ils disent: «Et quelle est la plus grande jihad?» Il répondit: «Le combat (moujahadat) des serviteurs d’Allah contre leurs vains désirs.»

 

      Ibn Hajar al-`Asqalani dit dans Tasdid al-qaws: «Ce dire est répandu et c’est un dire rapporté par ibn Ablah selon Nisa`i dans al-Kouna. Ghazali le mentionne dans le Ihya' et al-`Iraqi dit que Bayhaqi le rapporte sur l’autorité de jabir et dit: Il y a une faiblesse dans sa transmission.»[41]

 

Le hafiz Ibn Abou Jammal al-Azdi al-Andalousi (d.695) dit dans son commentaire sur Boukhari intitulé Bahjat al-noufous:

 

`Oumar rapporte qu’un homme vint au Prophète lui demander la permission d’aller en jihad. Le prophète lui demanda: «Tes parents sont-ils en vie?» Il dit qu’ils le sont. Le Prophète répliqua: « Alors force toi à respecter leurs droits» (fihima fa jahid)… Il y a dans ce hadith l’évidence que la Sunna pour entrer dans la voie et d’entreprendre l’auto-discipline est d’agir sous la direction d’un expert, afin qu’il nous soit montré la meilleure voie celle qui nous convient, et la plus fiable pour l ‘aspirant. Car lorsque ce Compagnon désira aller en jihad, il ne se contenta pas de sa propre opinion sur le sujet, mais il chercha le conseil de quelqu’un plus savant et de plus expert que lui. Si ceci est le cas pour la Petite jihad, qu’en est-il alors pour la Grande jihad?[42]

 

Ibn Hibban rapporte dans son Sahih de la part de Fadala ibn Oubayd:

 

Le Prophète dit dans son dernier pèlerinage: «… Le moujahid est celui qui est en jihad contre lui-même (jahada nafsah) afin d ‘obéir à Allah par amour.»[43]

 

Al-Haytami relata la version suivante dans le chapitre sur la Jihad al-nafs dans son Majma' al-zawa`id et la déclara fiable:

 

Le plus fort n’est pas celui qui triomphe des autres, le plus fort est celui qui triomphe de son égo (ghalaba nafsah). 

       

 

 

Jihad et Soufis Moujahiddin

 

                                                                        

 Les livres d’histoires sont remplis de noms de Soufis moujahidin (Les Gens qui Combattent) et de chouhada' (Martyrs) qui ont consacré leur vie en confrontant les ennemis de la foi et en appelant l’humanité en la présence divine d’Allah, de même que rappelant ceux qui ont dévié de la vraie voie et de la Sunna du Prophète. Ils accomplirent ceci avec sagesse et ils furent efficaces. Leurs noms et leurs récits sont trop nombreux pour être énumérés dans ce livre, cela devrait couvrir plusieurs centaines de volumes. Il est suffisant de mentionner quelques exemples de l’histoire moderne cités par l’auteur de The Reliance of the Traveller (`Oumdat al-Salik ou La dépendance du Voyageur):

 

Parmi les Soufis qui aidèrent l’Islam aussi bien avec le sabre qu’avec la plume, selon B.G. Martin dans Muslim Brotherhoods in Nineteenth Century Africa (les confrèreries Musulmanes dans l’Afrique du 19ième siècle), il y a des hommes dont le cheick Naqshbandi Chamil Daghestani, qui mena une guerre prolongée contre les Russes dans le Caucasse au cours du 19ième siècle; Sayyid Mouhammad `Abdullah al-Somalie, un cheick de l’ordre Salihiyya qui conduisit les musulmans contre les Britanniques et les Italiens en Somalie de 1899 à 1920; le cheick Qadiri `Outhman ibn Fodio, qui mena jihad au nord du Nigéria de 1804 à 1808 pour établir une régulation Islamique; le cheick Qadiri `Abd al-Qadir al-Jaza`iri, qui conduisit les Algériens contre les Français de 1832 à 1847; le faqir Darqawi al-Hajj Mouhammad al-Ahrach, qui combattit les Français en Egypte en 1799; le cheick Tijani al-Hajj `Oumar Tal, qui mena une jihad Islamique en Guinée, au Sénégal, et au Mali de 1852 à 1864; et le cheick Qadiri Ma' al-`Aynayn al-Qalqami, qui aida à rassembler la résistance Musulmane contre les Français au Nord de la Mauritanie et au sud du Maroc de 1905 à1909.

 

Parmi les Soufis dont les travaux missionnaires Islamisèrent des régions entières sont des hommes tels que le fondateur de l’ordre Sanousiyya, Mouhammad `Ali Sanousi, dont l’effort et la jihad de 1807 à 1859 consolida l’Islam comme religion chez les habitants du désert Libyen de l’Afrique du sud-sahara; le cheick Chadhili Mouhammad Ma`rouf et le cheick Qadiri Ouzaous al-Barawi, dont les efforts propagèrent l’Islam à l’Ouest et à l’intérieur à partir des côtes de l’Afrique de l’Est; et les centaines de cheicks anonymes Naqshbandi qui enseignèrent et préservèrent l’Islam au sein des gens de ce qui est appelé maintenant le sud de l’Union Soviétique et qui continuent encore de nos jours à servir la religion malgré la pression officielle. Il est évident que l’attachement du cœur à Allah, est l’aspect sur lequel le Soufisme met l’accent, cela ne gêne aucunement les travaux spirituels quelqu’ils soient, mais au contraire fourni une base réelle. Et seul Allah donne le succès.[44]

 

      Nous référons aussi le lecteur au Mystics and Commissars de Benningsen pour le rôle des Soufis dans la préservation de l’Islam en Union Soviétique, et Lion of Daghestan pour leur jihad contre les Tsars et leur dynastie. Nous rappellons aussi que ce sont les Naqshbandis qui préservèrent l’Islam en Chine dans le passé – à partir duquel pays, l’Islam se répendit jusqu’à la péninsule Malay – et sous les sombres jours de la soit-disant «Révolution Culturelle» de Mao Tsé-Toung. Dans tout ce qui a été énuméré ci-dessus, il y a une évidence que le tassawuf, loin d’encourager l’évasion et l’immobilisme qui retarde le progrès social, soutena les plus hautes valeurs de la conscience sociale aussi bien que la recherche religieuse et la science. En fait, ils fournissent un témoignage adéquat à une inlassable jihad et lutte contre les injustices sociales et l’inaction qui prit place au fil des siècles.


 

IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU TASSAWOUF

 

 

al-Hassan al-Basri (d. 110)

 

L’un des premiers Soufis formels dans le sens littéraire et général, puisqu’il vêtit toute sa vie un manteau de laine (souf). Le fils d’une esclave libérée de Oumm Salama (la femme du Prophète), et d’un esclave affranchi de Zayd ibn Thabit (le fils adoptif du Prophète), ce grand Imam de Basra, le leader des saints et des savants de son temps, était connu pour sa stricte observance de la Sunna du Prophète. Il fut aussi fameux pour son immense savoir, son austérité et son ascétisme, ses intréprides reproches aux autorités, son pouvoir d’attraction par la parole et par ses apparitions.

 

      Ibn al-Jawzi écrit un livre de 100 pages sur sa vie et ses caractères intitulé Adab al-Chaykh al-Hassan ibn al-Hassan al-Basri. Dans son chapitre sur al-Hassan dans Sifat al-safwa, il mentionne qu’al-Hassan laissa un manteau blanc (joubba) en laine, c’est le seul vêtement qu’il avait revêti au cours des       vingt-cinq dernières années de sa vie, en été comme en hiver, et que lorsqu’il mouru, il était d’une impeccable beauté, propre, et de bonne qualité.[45]

 

      Dans le livre qu’il consacra aux dires et aux actions des Soufis, Rawdat al-mihibbin wa nouzhat al-moushtaqin (Le jardin des amoureux et l’excursion des nostalgiques), Ibn Qayyim rapporte:

 

Un groupe de femmes sortirent le jour de la `Id et regardèrent les gens. On leur demanda: «Quelle est la personne la plus belle que vous avez vue aujourd’hui?» Elles répondirent: «C’est un cheick portant un turban noir.» Elles voulaient dire Hassan al-Basri.[46]

 

      Le maître de hadiths Abou Nou`aym al-Isfanahi (d.430) mentionne dans ses biographies de Soufis intitulées Hilyat al-awliya' (L’ornement des saints) que c’est le disciple de Hassan al-Basri, `Abd al-Wahid ibn Zayd (d.177) qui fut la première personne à construire un hospice spirituel (khaniqa soufi) ou maison de  l’hôte et une école à Abadan qui de nos jours fait frontière entre l’Iran et l’Iraq.[47] 

 

      Ce fut sur les bases de Hassan al-Basri et sur la renommée de ses disciples reconnus comme Soufis qu’Ibn Taymiyya dit dans son essai al-Soufiyya wa al-fouqara: «L’origine du tassawwouf est Basra».[48] Ceci une est déclaration trompeuse qui équivaut à accuser al-Hassan d’avoir inventé le tassawwouf. Au contraire, Basra est en tête parmi les places renommées pour le développement officiel des écoles de purification qui vinrent à être connues comme tassawwouf et dont les principes ne sont rien d’autre que le Coran et la Sunna comme nous l’avons déjà démontrer abondamment.

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      Ghazali rapporte les dires de al-Hassan sur la jihad al-nafs dans la section de son Ihya' intitulé Kitab riyadat al-nafs wa tahdhib al-akhlaq wa mou'alajat amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo et la discipline des comportements et la guérison des maladies du cœur):

 

Deux pensées parcourent l’esprit, une provenant d’Allah, une provenant de l’ennemi. Allah couvre de miséricorde un serviteur qui s’installe dans la pensée qui vient de Lui. Il étreind la pensée qui vient d’Allah, tandis qu’il lutte contre celle qui vient de l’ennemi. Pour illustrer l’attraction mutuelle du cœur entre ces deux pouvoirs, le Prophète dit: «Le cœur du croyant repose entre deux doigts du Miséricordieux»[49]… Les doigts signifient le bouleversement et l’hésitation dans le cœur… Si l’Homme suit les ordres de la colère et de l’appétit, la domination de satan apparaît en lui à travers les passions oisives (hawa) et son cœur devient le nid et le contenant de satan, qui se nourrit de passions. S’il combat  ses passions et ne les laissent pas dominer son ego, imitant en ceci le caractère des anges, à ce moment son cœur devient le lieu de quiétude des anges et ils s’y posent.

 

       Une mesure de la dimension du scrupule (wara') et de la peur de Hasan Al-Basri envers Allah est illustrée par sa déclaration suivante, citée aussi par Ghazali:

 

      L’oubli et l’espoir sont deux puissantes bénédictions sur les descendants d’Adam; mais pour cela les Musulmans ne devraient pas marcher dans les rues.[50]

 

 

Imam Abou Hanifa (d.150)

 

Ibn `Abidin rapporte dans son al-Dourr al-moulkhtar que l’Imam Abou Hanifa dit: «Si ce ne fut pas pour deux années, j’aurais péri.»

 

Ibn `Abidin commente:

 

Pendant deux années, il accompagna Sayyidina Ja`far al-Sadiq et il acquit la connaissance spirituelle qui fit de lui un gnostique dans la Voie… Abou `Ali Daqqa (le cheick de l’Imam Qouchayri) reçu l’initiation d’Abou al-Qasim al-Nasiribadi, qui la reçu d’al-Chibli, qui la reçu de Sari al-Saqati qui la reçu d’al-Ma`rouf al-Karkhi, qui la reçu de Dawoud at-Ta`i, qui reçu les deux connaissances, l’interne et l’externe de l’Imam Abou Hanifa.[51]

 

 

Soufyan al-Thawri (d.161)

 

Ibn Qayyim al-Jawziyya rapporte dans Madarij al-salikin, et Ibn al-Jawzi dans le chapitre intitulé «Abou hashim al-Zahid» dans son Sifat al-safwa après le maître de hadiths Abou Nou`aym dans son Hilyat al-awliya', que Soufyan al-Thawri dit:

 

Si ce n’était pas à cause d’Abou Hachim al-Soufi (d.115), je n’aurais jamais perçu la présence des plus subtiles formes d’hypocrisie en moi … Le meilleur  est le Soufi érudit en jurisprudence.[52]

 

Ibn al-Jawzi rapporte aussi le passage suivant:

 

Abou Hachim al-Zahid dit: «Allah a marqué l’aliénation sur le monde afin que la compagnie fraternelle des mouridin (les aspirants) ne consiste qu’à être uniquement avec Lui et non avec le monde, et afin que ceux qui Lui obéissent viennent à Lui en négligeant le monde. Le Groupe des connaisseurs d’Allah (ahl al-ma`rifa billah) sont étrangers dans le monde et ont très envie de l’au-delà.»[53]

 

 

Imam Malik (94-179 H/ 716-795)

 

Un savant de Madina,  fut connu pour sa grande piété et son amour pour le Prophète, qu’il aimait et vénérait à tel point qu’il ne montait jamais à dos de son cheval dans les limites de Madina en guise de respect à la terre qui contenait le corps du Prophète,  il ne rapportait aucun hadith sans avoir performer d’abord son ablution. Ibn al-Jawzi rapporte dans le chapitre intitulé «La couche 6 des gens de Madina» dans son livre Sifat al-sawfa:

 

Abou Mous`ab dit: J’entrai pour voir Malik ibn Nas. Il me dit: Regarde à ma place de prière ou sous ma natte de prière voit ce qu’il y a. Je regardai et j’y trouvai une certaine écriture. Il me dit : Lit la! Je constatai qu’elle contenait le récit d’un rêve que l’un de ses frères avait fait et qui le concernait. Il dit (lisant ce qui était écrit): «Je vis le Prophète dans mon sommeil. Il était dans sa mosquée et les gens étaient autour de lui, et il dit: J’ai caché sous ma chaire (minbar) une bonne chose – ou une connaissance – et j’ai ordonné à Malik de vous la distribuer.» Malik alors pleura, je me levai et pris congé de lui.[54]

 

      Juste comme Abou Hanifa et Soufyan al-Thawri implicitement affirmèrent la nécessité de suivre la voie soufie afin d’acquérir la perfection, l’Imam Malik ordonna explicitement la pratique du tassawwouf dans sa déclaration suivante comme un devoir des savants:

 

Quiconque pratique le Tassawwouf sans étudier la Loi Sacrée (la jurisprudence) corrompt sa foi, alors que quiconque étudie la Loi Sacrée (la jurisprudence) sans pratiquer le Tassawwouf est un hérétique. Seulement celui qui combine les deux atteindra la vérité.

 

Cette déclaration est rapportée par le mouhaddith Ahmad Zarrouq (d.899), le hafiz `Ali al-Qari al-Harawi (d.1014), les mouhaddiths `Ali ibn Ahmad al-`Adawi (d.1190) et Ibn `Ajiba (d.1224) et autres.[55]

 

Ibn `Ajiba explique:

 

Cheick Ahmad Zarrouq dit: «Le tassawwouf a plus de deux milles définitions, qui vont toutes dans le sens de la sincérité et de la dévotion à Allah … Chaque définition correspond à l’état et l’étendue de l’expérience de celui qui le pratique, ce qui lui fera dire: «Le Tassawwouf est ceci ou cela.»

      Il s’en suit que chacun des saints cités (dans le Hilyat al-awliya' d’Abou Nou'aym) qui ont une part  de détermination sincère (sidq tawajjouh) ont une part dans le tassawwouf, et le tassawwouf de chacun consiste dans sa sincère détermination. En tant que règle, la sincère détermination est une nécessité de la religion dans la mesure où elle forme à la fois la manière et le contenu des actions qu’Allah accepte. La manière et le contenu ne sont pas fiables à moins que la sincérité de la détermination soit fiable. «Il n’approuve pas la non reconnaissance en Ses serviteurs, mais si vous êtes reconnaissant, Il l’agrée pour vous» (39:7).

 

      Ainsi l’Islam exige des actions, et il n’y a pas d’auto-purification (tassawwouf) sans la connaissance de la Loi (fiqh), car les commandes externes d’Allah ne sont connues que par la connaissance de la Loi; et il n’y a pas de connaissance de la Loi sans l’auto-purification, comme il n’y a pas d’action sans sincérité dans la détermination, et il n’y a rien sans croyance. Ainsi , par définition la Loi les exige toutes, juste comme le corps et l’esprit ont besoin l’un de l’autre, aussi comme l’on ne peut exister ou être complet dans le monde qu’en étant en conjonction avec les autres. Ceci est la définition de la déclaration de l’Imam Malik: «Celui qui pratique le Tassawwouf sans avoir appris la Loi Sacrée … » [56]

 

 

Imam Chafi`i (d.204)

 

Al-hafiz al-Souyouti rapporte dans Ta'yid al-haqiqa al-`aliyya que l’Imam Chafi`i dit:

 

J’accompagnai les soufis et reçu d’eux trois mots: leur déclaration que le temps est un sabre: si tu ne le coupe pas, il te coupe; leur déclaration que si tu ne te préoccupe pas ton égo avec la vérité, il te préoccupera avec le mensonge; leur déclaration que la déprivation est une immunité.[57]

 

      Le mouhaddith al-`Ajlouni rapporte aussi dans son livre Kachf al-Khafa wa mouzil al-albas que l’Imam Chafi`i dit:

 

Trois choses m’ont plu dans ce monde: éviter l’affection, traiter les gens avec indulgence et suivre la voie du tassawwouf.[58]

 

 

Imam Ahmad bin Hanbal (d.241)

 

Mouhammad ibn Ahmad al-Saffarini al-Hanbali (d.1188) rapporte dans son Ghidha' al-albab li-charh manzoumat al-adab de la part d’Ibrahim ibn `Abd Allah al-Qalanassi que l’Imam Ahmad dit au sujet des soufis:

 

«Je ne connais pas de gens meilleurs qu’eux.» Quelqu’un lui dit: «Ils écoutent la musique et ils atteignent des états extatiques.» Il dit: «Est-ce que   tu les empêches de se réjouir quelque temps avec Allah?»[59]

 

Cheick Amin al-Kourdi dit: l’Imam Ahmad conseillant son fils dit:

 

«O fils, tu dois tenir compagnie avec les gens qui pratique le soufisme parce qu’ils sont une fontaine de savoir et leurs cœurs sont en constante invocation. Ils sont les ascétiques, et ils ont le plus puissant pouvoir spirituel.»[60]

 

      L’Admiration des Soufis par l’Imam Ahmad est confirmée par son respect vis-à-vis de al-Harith al-Mouhassibi, quoiqu’il exprima un avertissement au sujet des difficultés de la voie Soufie pour ceux qui ne sont pas préparés à la suivre, dans la mesure où cela peut ne pas être facile pour la majorité des gens de suivre la voie de ceux au sujet desquels Allah dit au Prophète: «Et résigne-toi à la compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir désirant Sa Face …» (18:28).

 

 

L’Imam al-Harith al-Mouhassibi (d.243)

 

Il fut l’un des premiers auteurs de traité de Soufis et maître de al-Jounayd. `Abd al-Qahir al-Baghdadi, Taj al-Din al-Soubki, et Jamal al-Din al-Isnawi, tous reconnaissent et réitèrent que «Sur les livres de al-Harith ibn Assad al-Mouhassabi sur le kalam, le fiqh, et le hadith reposent ceux parmi nous qui sont moutakallim (théologiens), faqih (juristes), et Soufis»[61] Ses livres encore existants sont:

 

·        Kitab al-ri`aya li houqouq Allah (Le livre d’observance des droits d’Allah; Cheick al-Islam al-`Izz ibn `Abd al-Salam en écrivit une version abrégée.[62]

 

·        Kitab al-tawahhoum (Le livre d’imagination), une description du jour du Jugement;

 

·        Kitab al-Khalwa (Le livre de la retraite spirituelle);

 

·        Rissalat al-moustarshidin (Traité pour ceux qui demandent à être guidé);

 

·        Kitab al-Coran (Le livre de la compréhension du Coran);

 

·        Kitab mahiyyat al-`aql wa ma’nahou wa ikhtilaf al-nas fihi (Le livre de la nature et le sens de l’esprit et les différences parmi les gens à ce sujet;

 

·        al-Massa`il fi a’mal al-qouloub wa al-jawarih wa al-`aql (Les questions concernant les travaux des cœurs, des pieds et de l’esprit;

 

·        Kitab al-`azama (Le livre de la magnificence);

 

·        al-Wassaya wa al-nassa`ih al-diniyya wa al-nafahat al-qoudsiyya li naf`i jami' al-bariyya (Les héritages et conseils spirituels et les dons sanctifiés pour le bénéfice de toutes les créatures).  

 

      Le passage suivant est extrait d’al-Wassayat dans lequel al-Mouhassibi décrit le parcours de sa recherche de la vérité parmi les groupes variés de musulmans, son entrée dans la voie Soufie, et les caractéristiques des Soufis comparées aux non-Soufis:

 

Il a été clairement dit que cette Communauté sera divisée en soixante-dix groupes impairs, l’un d’eux est le groupe Sauvé, et Allah sait mieux au sujet du reste. J’ai consacré une partie de ma vie à étudier les différences de cette Communauté, cherchant la méthode claire et le droit chemin, recherchant le savoir et agissant par rapport à cette connaissance, guidé sur le chemin de l’au-delà aux moyens des directives des savants. Je compris une grande partie de la parole d’Allah (le Coran) à travers l’interprétation des juristes. J’ai contemplé les conditions de cette Umma, j’ai regardé ses voies de pensée et discours et j’ai compris de ce constat ce qui a été prédestiné pour moi.

 

      Je vis leurs divisions comme un océan profond où plusieurs  se sont noyés, et peu furent sauvés. Je vis que chaque groupe prétend que le salut est pour ceux qui les suivent et la destruction est pour tout ceux qui leur sont opposés. Ainsi je compris que les gens sont de différent types:

 

·        Parmi eux est celui qui possède la connaissance de l’au-delà – il est très difficile de le trouver et il est rare;

 

·        un autre type est l’ignorant; prendre ses distance de celui-ci est une bénédiction;

 

·        un autre type est celui qui prétend être un savant, alors qu’il est attaché à la dunya, la préférant en réalité  à toute autre chose;

 

·        un autre type est celui possédant la connaissance, étant une référence pour la religion, mais utilisant sa connaissance comme une source de célébrité et de gain de prestige, échangeant sa religion pour      le refus de cette dunya;

 

·        un autre type est celui qui a la connaissance mais ne sachant pas le sens réel de ce qu’il possède;

 

·        un autre type est celui qui apparait comme un ascétique, cherchant la vertu, mais il est impuissant, et sa connaissance ne peut  pénétrer les cœurs de son audience, et ses dires ne sont pas fiables;

 

·        un autre type est celui doté d’intelligence et de savoir, alors qu’il manque d’abstinence - à travers - la peur d’Allah (wara') et sa méfiance (taqwa);

 

·        un autre type sont les disciples de leurs passions et de leurs bas-désirs, ceux qui s’humilient pour l’amour de la dunya, cherchant une position élevée ;  

 

·        un autre type ce sont les démons humains empêchant les gens de chercher l’au-delà, qui luttent comme des chiens pour la dunya, l’adulant, et ne voulant rien d’autre que d’en obtenir au maximum, qui partant de là sont vivants dans cette dunya, mais en réalité ils sont morts; ce qui est vrai est faux selon eux et ils considèrent les vivants et les morts égaux.  

 

      Je me cherchai une voie parmi ces différents types et je devins perplexe. Ainsi j’ai décidai d’être guidé par les guides, demandant du support et de la directive, et je pris la connaissance pour guide. Je réfléchi et examinai les choses méticuleusement, jusqu’à ce qu’elles me deviennent claires – avec le Livre d’Allah, la Sunna de Son Prophète, et le consensus de la Communauté pour preuve – il était évident que suivre son désir rend aveugle dans la recherche de la vérité, et que l’on perd sa voie vers la vérité, et accentue son aveuglement.

 

      Alors je commençai à vider mon cœur de tous les bas-désirs (hawa), et je me concentrai sur les divisions de la Umma, à la recherche du Groupe sauvé, attentif à ceux qui ont suivi les désirs destructifs et les goupes égarés, faisant attention de ne pas faire un pas sans en être sûr, cherchant la voie du salut pour mon âme.

 

      Ainsi je trouvai – comme l’unanimité de la Umma la dérive du Coran – que la voie du Salut est dans la peur d’Allah (taqwa), dans la performance des obligations, dans la peur d’Allah au sujet de ce qu’Il a permis et de ce qu’Il a interdit (wara') et les limites qu’Il a établies, dans la sincérité envers Allah à travers  l’obéissance et suivant les exemples de Son Messager. Je cherchai le savoir des obligations (fara`id) et les pratiques Prophétiques (Sunna) des savants, des narrations, et je trouvai en eux à la fois l’accord et la division, mais je trouvai qu’ils s’accordent tous sur le fait que la connaissance des obligations et de la Sunna sont avec ceux qui connaissent Allah et Ses ordres, les Connaisseurs d’Allah qui agissent selon Son bon plaisir, craignant pleinement de violer ce qu’Il a interdit, se façonnant de l’exemple de Son Messager, et préférant l’Au-delà à ce monde: ce sont ceux qui s’accrochent fermement aux commandes d’Allah et aux voies des Messagers.

 

      Alors,  je regardai parmi cette Communauté pour ce genre de serviteurs qui sont connus pour leurs talents, et cherchai à bénéficier de leur savoir, et je trouvai qu’ils étaient extrêmement rares et  peu   nombreux, et que leur genre de savoir est en train de disparaître, comme le Messager d’Allah l’a dit: «Lorsque l’Islam commença ils étaient étranges, et ils deviendront étranges encore, comme au début, et la bonne nouvelle est aux étranges»[63] – et ils sont solitaires avec leur religion. Je sentis que ma calamité augmentait du fait de la disparition des saints Vertueux   (al-awliya' al-atqiya'), et j’eus peur qu’une mort soudaine m’arrive pendant que je suis encore troublé sur la division de cette Umma. Alors je commençai à chercher un maître: et je n’avais pas d’autre choix que d’en trouver un, et je fis de mon mieux jusqu’à ce que Celui qui est Affectueux envers Sa Création me permis de rencontrer leur groupe .

 

      Je trouvai en eux les signes de Taqwa et les qualités de wara' et la préférence de akhira sur la dunya, et trouvai que leurs intructions et leurs conseils sont en conformité avec les actions des maitres de guidance, et je les trouvai regroupés, unis à donner des conseils à la Communauté, n’encourageant personne à Lui désobéir ni à perdre espoir en Sa Miséricorde, ils acceptent toujours et patiemment les fardeaux et les difficultés, ils sont contents avec le destin et reconnaissant dans la prospérité. Ils emmènent la création à aimer leur Seigneur en parfait repentir en leur rappelant  Ses faveurs et  ses bontés, et ils les encouragent à remettre toutes leurs affaires à Allah, à leur faire connaître Sa Grandeur, Son livre et la Sunna, Sa Religion, Ce qu’Il aime et ce qu’Il n’aime pas, à être prudent et éviter les nouveautés et les caprices, se garder des extrêmes et des exagérations, mépriser les disputes et les arguments, se garder de la médisance et de l’oppression, s’opposer à leurs désirs, prendre leur responsabilité, contrôler leurs sens, être prudent dans leur nourriture, leur habillement et toutes leurs situations, évitant tout ce qui est douteux, évitant les bas-désirs, se satisfaire du minimum de nourriture, supprimer ce qui est indifférent, la renonciation en ce qu’il est permissible, la peur du Jugement, la circonception de la Résurrection, être affairé avec leur propre fardeau, strict avec eux-même et non avec les autres. Chacun d’eux a ses propres affaires qui le préoccupent, chacun d’eux est savant concernant l’Akhira et la description du Jour du Jugement, l’abondante récompense et la douloureuse punition. Ceci est ce qui explique leur constante anxiété et incessante inquiétude qui les éloigne de la joie de  la dunya et ses plaisirs.

 

      Ce groupe a endossé les caractères de cette religion, et dessiné les lignes définitives pour la renonciation (wara') d’une manière qui a contracté ma poitrine avec peur, et me rendit clair que la conduite de la religion et la sincérité mêlées à la crainte (wara') est un océan que quelqu’un comme moi ne peut pas comprendre; ainsi je vins à réaliser l’étendue de leurs vertus, à voir clairement leur inquiétude, et je devins de plus en plus certain qu’ils sont ceux qui luttent dans la Voie de l’au-delà, les vrais disciples de l’exemple des Messagers, la source de ceux qui demandent à être éclairé, et des conseillers pour ceux qui ont besoin de conseils.

 

      Ainsi je commençai à m’intérresser à leur voie, bénéficiant d’eux, acceptant leur code de conduite, prenant plaisir à leur obéir. Je ne vois rien d’égal à eux, et je ne préfère rien à eux, et Allah me bénit avec un genre de connaissance dont la véracité me devint claire et dont j’ai vu la totalité. J’espère que le salut atteindra ceux qui l’accepte et l’adopte, et je suis certain que le support viendra à quiconque la pratiquera.

 

      J’ai trouvé de la malhonnêteté en ceux qui s’opposent à cette voie, et la rouille s’est accumulée sur le cœur de quiconque l’ignore et la nie. J’ai découvert que la preuve suprême est avec celui qui la comprend et j’ai découvert que l’adopter et agir en s’y conformant est une obligation pour moi; ainsi j’y ai cru de tout cœur et l’ai gardé dans ma conscience et fait d’elle la fondation de ma religion, et j’y ai établi mes actions, et je suis passé à travers différents états d’expérience.

 

      J’ai demandé à Allah de me donner l’abilité de Le remercier pour la Générosité qu’Il a répandu sur moi et de me donner la force de performer les tâches se rapportant à ce qu’Il m’a enseigné, sachant mes défauts et sachant que je ne pourrai pas Le remercier suffisamment.[64]               

 

 

La Piété De L’Imam Ahmad Devant Al-Mouhassibi

 

 

Voici le récit de la première fois que l’Imam Ahmad a entendu al-Mouhassibi parler directement, raconté par le hafiz al-khatib al-Baghdadi dans son Histoire de Bagdad:

 

      Ahmad ibn Hanbal n’aimait pas les spéculations de al-Harith dans la science du calame de même que les livres qu’il éditait. Fréquemment, il mettait les gens en garde contre al-Harith. Mouhammad ibn Ahmad Yaqoub appris de Mouhammad ibn Nou`aym al-Dabbi: J’entendis l’Imam Abou Bakr Ahmad ibn Ishaq - al-Sibji - dire: J’entendis Isma`il ibn Ishaq al-Sarraj dire: «Ahmad ibn Hanbal me dit un jour: J’ai appris que ce Harith est souvent chez toi. Qu’en est-il si tu m’invitais et me plaçais quelque part où je pourrais l’entendre sans être vu?» Je répondis: «Certainement, O Abou `Abd Allah!» et j’étais content de ce premier pas de sa part. Je partis et je demandai à al-Harith de venir nous visiter cette même nuit comme ses compagnons y seront aussi. «O Isma`il, ils sont nombreux, par conséquent tu ne leur serviras que de l’huile et des dattes, et seulement ce que tu peux.» Je suivis ses intructions et je partis informer Abou `Abd Allah. Il vint après Maghrib, alla s’installer dans une petite chambre la-haut et commençai à réciter ses dévotions usuelles (wird). Al-Harith et ses compagnons arrivèrent, mangèrent, et se levèrent pour prier salat al-`icha, et ils ne prièrent pas après cela. Ensuite, ils s’asseillèrent silencieusement devant al-Harith et ne dit aucun mot jusqu’au milieu de la nuit. L’un d’eux alors posa une question à al-Harith et celui-ci commença à parler. Ses compagnons l’écoutèrent comme s’ils avaient peur d’effrayer un oiseau. Certains pleuraient. D’autres poussaient des petits sanglots au fur et mesure qu’il parlait. Je partis alors dans la chambre pour voir Abou `Abd Allah et le trouvai évanoui à force d’avoir pleuré. Je redescendis. Ils continuèrent ainsi jusqu’au matin où ils se levèrent et s’en allèrent.Je retournai là-haut voir Abou `Abd Allah. Il avait changé. Je lui demandai: «Que penses-tu maintenant de ces gens?» Il dit: «En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu leur pareil, ni entendit sur la Science des Réalités (`ilm al-haqa`iq) des mots comme ceux prononcés par cet homme. Néanmoins, malgré ce que je viens de dire, je ne te vois pas en vérité apte à leur tenir compagnie. Ensuite il se leva et s’en alla.[65]

 

Al-Soubki expliqua la réaction ambigüe de l’Imam Ahmad de la façon suivante:

 

Considérons ce récit avec attention et sachons que Ahmad ibn Hanbal ne considérait pas sage pour cet homme (al-Sarraj) de joindre leur compagnie parce qu’il n’était pas l’un de ceux qui pourrait s’élever à leur niveau. En vérité, ils étaient sur un chemin difficile ; tous les gens ne peuvent pas entreprendre équitablement ce chemin qui fait peur.   Autrement, Ahmad aurait-il pleuré et glorifier al-Harith de la manière dont il fait ses éloges?[66]

 

Quelqu’un pourrait soulever des objections:

 

Question.  Al-Harith et ses compagnons ont prié salat al-`icha' pendant que Ahmad était présent. Pourquoi Ahmad n’a t-il pas   joint la prière prescrite, sachant précisément que la position d’Ahmad était de joindre la prière du groupe celle-ci étant obligatoire?

 

Réponse. Ahmad était avec le groupe, mais à l’étage, séparé du groupe, précisément dans une chambre où il pourrait entendre - mais sans nécessairement voir al-Mouhassibi, comme le rapport le mentionne? Plus loin:

 

- Ce n’est pas affirmé dans le rapport qu’il n’a pas prié derrière lui.

- C’est possible qu’il ne fusse pas en ablution.