IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU TASSAWOUF
(suite)
Cheick
`Abd al-Qadir al-Gilani (d.561)
L’éminence
parmi les grands saints, surnommé al-Ghawth al-a'zam ou
l’Aide par excellence, il était aussi un éminent juriste
de l’école Hanbali. Son affiliation à l’école
Chafi'I et à Abou Hanifa ont été mentionnée.
Il fut le disciple d’éminents saints en autre ; Abou al-Khayr
Hammad ibn Mouslim al-Dabbas (d.525) et Khwaja Abou Youssouf al-Hamadani
(d.535), second dans la lignée après Abou al-Hassan al-Kharqani
(le cheick d’al-Harawi al-Ansari) dans la première chaîne
d’autorité Naqshbandi.
Les
plus fameux travaux de Cheick 'Abd al-Qadir sont:
·
al-Qhounya li talibi tariq al-haqq (La suffisante provision pour
les chercheurs sur la voie de la vérité); c’est l’une
des présentations les plus précises du madhhab de l’Imam
Ahmad ibn Hanbal ait jamais écrit, y comprit l’enseignement
solide d’Ahl al-Sounna sur l`aqida et le tassawwouf;
· al-Fath al-rabbani (L’ouverture du Seigneur),
une collection de sermons pour les élèves et enseignants
de la voie Soufie et tous ceux attirés par la perfection; comme
son titre l’indique, ce livre apporte à ses lecteurs un immense
profit et une élévation spirituelle;
· Foutouh al-ghayb (Les ouvertures de l’invisible),
une autre collection de sermons plus avancés que le précédent
et tout aussi précieux. Les deux ont été traduits
en anglais;[169]
Du
fait de sa position dans l’école Hanbali, `Abd al-Qadir était
très respecté par Ibn Taymiyya, qui lui donna aussi le titre
de «mon Cheick» (cheickhouna) dans son fatawa, pendant
qu’il réservait le titre «mon Imam» (imamouna)
à Ahmad ibn Hanbal. Il citait fréquemment Gilani et son
cheick al-Dabbas comme étant parmi les meilleurs Soufis des derniers
temps.
Les
karamat ou miracles d’`Abd al-Qadir sont trop nombreux
pour être énumérés. L’un d’eux
consiste au don de guider qui était manifeste dans son parlé
et à travers lequel plusieurs milliers entrèrent dans Islam
ou se repentirent. Al-Chattanawfi dans Bahjat al-asrar mentionne
plusieurs de ses miracles, donnant à chaque fois une chaîne
de transmission. Ibn Taymiyya prit ces rapports pour satisfaire les critères
d’authenticité, mais son élève al-Dhahabi,
même s’il prétendait croire de manière générale
aux miracles d’Abd al-Qadir, mécroit, malgré tout,
à plusieurs d’entre eux. Nous avons déjà vu
ce trait de caractère d’al-Dhahabi dans son doute au sujet
du solide rapport et de l’admiration de l’Imam Ahmad pour
al-Mouhassibi. Voici ses dires au sujet de Gilani dans Siyar a`lam
al-noubala´:
[#893]
al-cheick `Abd al-Qadir (Al-Jilani): Le cheick, l’imam, le savant,
le zahid, le connaisseur, l’exemplaire, Cheick Al-Islam, le distingué
parmi les Awliya… le Hanbali, le cheick de Bagdad… Je dis:
Il n’y en a aucun parmi les grands cheicks qui a plus d’états
spirituels et de miracles (karamat) que Cheick `Abd al-Qadir,
mais beaucoup de ces miracles ne sont pas vrais et certaines de ces choses
sont impossibles.[170]
Voici
le récit suivant de la première rencontre de Gilani avec
al-Hamadani et rapporté par Haytami dans son Fatawa hadithiyya:
Abou
Sa`id `Abd Allah ibn Abi `Asroun (d.585), l’Imam de l’école
Chafi`i, dit: «Lorsque je commençai à chercher la
connaissance religieuse, je restais en compagnie de mon ami Ibn al-Saqa
qui était un élève de l’école Nizamiyya,
et il était de notre habitude de rendre visite aux pieux. Nous
avons appris qu’il y avait à Bagdad un homme du nom de Youssouf
al-Hamadani qui était connu comme al-Ghawth, et qu’il était
capable d’apparaître et de disparaître toutes les fois
qu’il le voulait. Ainsi, donc je décidai de lui rendre visite
avec Ibn al-Saqa et Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, qui était jeune
en ce temps-là. Ibn al-Saqa dit, «Lorsque nous visiterons
Youssouf al-Hamadani, je lui poserai une question dont il ne connaîtra
pas la réponse.» Je dis: «Je vais lui poser aussi une
question et je veux voir ce qu’il va dire.» Cheick `Abd al-Qadir
al-Gilani dit: «O Allah, épargne-moi de questionner un saint
comme Youssouf al-Hamadani, mais j’irai en sa présence pour
solliciter sa baraka – bénédiction –
et sa connaissance divine.»
«Nous
entrions dans son cercle d’étude. Il se rendit invisible
et nous n’arrivions pas à le voir pendant un certain temps.
Il regarda sévèrement Ibn al-Saqa et dit: «O Ibn al-Saqa,
comment oses-tu me poser une question alors que ton intention est de me
confondre? Ta question est celle-ci et ta réponse est celle-là!»
Ensuite il dit: «Je vois le feu de la mécréance brûlé
dans ton cœur.» Il me regarda et dit, «O `Abd Allah,
es-tu en train de me poser une question et attendre ma réponse?
Ta question est celle-ci et ta réponse celle-là. Les gens
sont mécontents de toi parce que leur attention est distraite par
ton manque de respect à mon égard.» Ensuite il regarda
Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, le fit asseoir près de lui et l’honora.
Il dit: «O `Abd al-Qadir, tu as satisfait Allah et Son Prophète
par ton respect pour moi. Je te vois assis dans le futur à la plus
haute place à Bagdad, prêchant, enseignant aux gens et leur
disant que tes pieds sont sur le cou de chaque wali! Et, je vois, chaque
wali de ton temps te donner la préséance à cause
de ton rang et ton honneur.»
Ibn
Abi `Asroun continue, «La renommée d’Abd al-Qadir devint
très populaire et tout ce que Cheick al-Hamadani avait dit à
son sujet arriva. Il fut un temps où il dit, «Mes pieds sont
sur le cou de tous les awliya,» et il fut une référence
et un flambeau en son temps, illuminant les gens jusqu’à
leur destination.
Le
sort d’Ibn al-Saqah fut autre chose. Il était brillant dans
sa connaissance de la loi divine. Il devançait tous les savants
de son temps. Il avait l’habitude de débattre avec les savants
de son temps et les vaincre, jusqu’à ce que le caliphe l’admit
dans son cercle. Un jour le calife l’envoya comme émissaire
chez le Roi de Byzance, qui à son tour fit appel à tous
ses prêtres et savants de la religion Chrétienne pour débattre
avec lui. Ibn al-Saqa les vaincu tous. Ils furent incapables de donner
des réponses en sa présence. Il leur donna des réponses
qui les rendirent comme des enfants et de simples élèves
en sa présence.
Sa
brillance fascina tellement le Roi de Byzance qu’il l’invita
à une rencontre privée avec la famille royale. A cette rencontre,
il vit la fille du Roi. Il tomba immédiatement amoureux d’elle,
et il demanda au Roi la permission de l’épouser. Elle refusa
à moins qu’il accepta sa religion. Il accepta, abandonnant
ainsi l’Islam et acceptant la religion Chrétienne de la princesse.
Après son mariage, il tomba sérieusement malade. Ils le
chassèrent du palais. Il devint un mendiant dans la ville, quémandant
de la nourriture, mais personne ne lui en fournissait. L’obscurantisme
s’abattit sur son visage.
Un
jour, il vit quelqu’un qu’il connaissait. Cette personne rapporte:
«je lui demandai, qu’est-ce qui t’es arrivé?»
Il répondit: «Il y avait une tentation et j’y suis
tombé.» L’homme lui demanda: «Te souviens-tu
de quelque chose du Coran?» Il répondit: «Je me souviens
seulement de roubbana yawaddu al-ladhina kafarou law kanou muslimin…«Encore
ceux qui mécroient voudraient avoir été Musulmans»
(15:2).
Il
tremblait comme s’il allait rendre son dernier souffle. Je le tournai
en direction de la Ka`aba, mais il ne faisait que se tourner en direction
de l’est. Encore, je le tournai en direction de la Ka`aba, mais
il tourna en direction de l’Est. Je le tournai pour une troisième
fois en direction de la Ka`aba, mais il se retourna en direction de l’Est.
Comme son âme alors le quittait, il dit: «O Allah; ceci est
le résultat de mon manque de respect à Ton saint, Youssouf
al-Hamadani.»
Ibn
Abi `Asroun continue: «Je partis à Damas et le Roi là-bas,
Nour al-Din al-Chahid, m’offrit le contrôle du département
des affaires religieuses que j’acceptai. En conséquence,
la dunya entra de tous les côtés: provisions, subsistance,
l’honneur, l’argent, et une position pour le reste de ma vie.
Ceci est ce que le ghawth Youssouf al-Hamadani avait prédit pour
moi.»[171]
Ibn
al-Jawzi (d.597)
Ce
maître de hadiths et historien de l’école Hanbali était
un ennemi farouche des innovateurs de son temps.[172]
Son Talbis Iblis (L’illusion de Satan) est souvent cité
par les “Salafis” pour s’opposer au tassawwouf,
mais en réalité il le rédigea seulement contre certains
excès qu’il observa dans tous les groupes de la communauté,
dont les savants de tous genres y compris les Soufis.
Talbis
Iblis est peut-être le seul et le plus important facteur existant
exprimant la notion d’hostilité d’Ibn al-Jawzi envers
le tassawwouf. En réalité, cette œuvre ne
fut pas écrite en guise d’hostilité contre le tassawwouf
et les Soufis. C’est une critique de toutes les doctrines et
pratiques, peu importe leurs sources, et opposées à tout
ce qu’il considérait d’innovations injustifiées
dans la Chari`a, où que ce soit dans la communauté
Musulmane de son temps. Ce fut écrit contre des pratiques spécifiques
innovées de plusieurs groupes, y compris les philosophes (al-moutafalsifa),
les théologiens (al-moutakallimoun), les savants de hadiths
(`oulama´ al-hadith), les juristes (al-fouqaha´),
les prêcheurs (al-wou`az), les philologues (al-nahawiyyoun),
les poètes (al-chou`ara´), et certains Soufis. Ce
ne fut en aucun cas, une critique des sujets qu’ils étudièrent
ou enseignèrent, mais une critique contre des introductions spécifiques
d’innovations dans leurs disciplines et champs respectifs.
Ibn
al-Jawzi rédigea plusieurs livres de “mérites”
(manaqib) au sujet des premiers Soufis dont Manaqib Rabi`a
al-`Adawiyya, Manaqib Bishr al-Hafi, et autres. Son Sifat al-safwa
(Les manières des élites) un abrégé du Hilyat
al-awliya´ (L’ornement des saints) d’Abou Nou`aym,
et son Minhaj al-qassidin wa moufid al -sadiqin (La voie des
voyageurs vers Allah et le dirigeant à la vérité)
sont considérés comme des piliers dans le champ du tassawwouf.
Il fut encouragé à écrire le dernier livre à
cause du succès du Ihya´ `ouloum al-din de Ghazali,
et en vérité le Minhaj adopte en majorité
la méthodologie et le language du Ihya´ en addition au fait
qu’il traite du même sujet, l’auto-purification et les
éthiques personnelles.
Le
Minhaj fut résumé en un volume par Najm al-Din
Abou al-`Abbas Ahmad ibn Qoudama (d.742). Voici certains de ses titres
de chapitres et extraits les plus illustratifs de l’influence de
Ghazali sur Ibn al-Jawzi et l’adoption des terminologies Soufies
de ce dernier:
·
Fasl `ilm alwal al-qalb (Section sur les sciences des états
du cœur)
· Fasl fi qaqa’iq al-adab al-batina wa al-ishara ila
adab al-hajj (Section sur les éthiques des secrets du Pèlerinage)
· Kitab riyad al-nafs wa tahdhib al-khoulouq wa mou`alajat
amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo, l’éducation
du caractère et le traitement des maladies du cœur)
· Fasl fi fa’idat shahawat al-nafs (La section sur
le bénéfice de l’appétit de l’égo)
· Bayan al-riya´ al-ladhi houwa akhfa min dabib al-naml
(L’exposition de l’ostentation cachée qui est plus
sournois que le bruit des pas d’une fourmi)
· Fasl fi bayan ma youhbitou al-`amal min al-riya' wa ma la
youhbit (La section de l’exhibition de l’ostentation
qui annule les actions de l’un et l’ostentation qui n’en
fait pas)
· Fasl fi dawa' al-riya' wa tariqatou mou`alajat al-qalbi fih
(La section sur les remèdes de l’ostentation et la voie
du traitement du cœur et de ses maux)
· Kitab al-mahabba wa al-chawqi wa al-ounsi wa la-rida
(Le livre de l’amour, le désir passionné, la familiarité
et le bon plaisir)
· Fasl fi bayan mi`na al-shawq ila allahi ta`ala (La section
définissant le sens de l’amour passionné pour Allah)
· Bab fi al-mouhassaba wa al-mouraqaba (Chapitre sur l’auto-méditation
et la vigilance)
-
al-maqam al-awwal: al-moucharata (Le premier niveau: l’engagement)
- al-maqam al-thani: al-mouraqaba (Le deuxième niveau:
la vigilance)
- al-maqam al-thalith: al-mouhassaba ba`da al-`amal (Le troisième
niveau: l’auto-jugement après une action)
- al-maqam-al-rabi`: mou`aqabat al-nafs `ala taqsiriha (Le quatrième
niveau: réprimander l’égo pour ses défauts)
- al-maqam al-khamis: al-moujahada (Le cinquième niveau:
la lutte)
- al-maqam al-sadis: fi mou`atabat al-nafs wa tawbikhiha (Le
sixième niveau: réprimander et critiquer sévèrement
l’égo)
Abou
Bakr al-Siddiq dit: «Quiconque hait son égo pour la cause
d’Allah, Allah le protégera contre ce qu’Il hait.»
Anas
dit: «`J’entendis `Oumar dire, un jour, qu’ il était
seul derrière un mur: «Bakh, bakh! Bravo, bien fait, O mon
égo! Par Allah, tu es mieux d’avoir peur d’Allah; O
petit enfant de Khattab, autrement je te punirai!»
Al-Bakhtari
ibn Haritha dit: «Je vis l’un des adorateurs assis devant
un feu qu’il avait allumé et il punissait son égo;
et il ne cessa de le punir jusqu’à ce qu’il mourru.»
L’un
d’entre eux dit: «Lorsque les saints sont mentionnés,
je me dis: Mépris à toi O mon nafs et mépris
à toi encore O mon nafs.»
Sache
que ton pire ennemi est ton égo qui réside entre tes deux
flancs. Il a été créé comme un tyran ordonnant,
et te poussant toujours vers le mal, on t’a ordonné de le
dresser, le purifier (tazkiyat), le sevrer de ce dont il se nourrit,
le trainer en chaîne, le soumettre à l’adoration de
son Seigneur.[173]
Imam
Fakr al-Din Razi (d.606)
«Un
savant Chafi`i de génie et un Imam moujtahid en
doctrine de la foi, il fut parmi les figures les plus en vue de son temps
dans la maîtrise de la logique et les sciences traditionelles Islamiques,
et il préserva la religion d’Ahl al-Sunna de la
déviation des Mou`tazilites, des Chïites, des Anthropomorphistes
et autres sectes aberrantes de son temps.»
Il
rédigea dans son I`tiqadat firaq al-mouslimim wa al-mouchrikin:
Le
sommaire de ce que disent les Soufis c’est que la voie de la connaissance
d’Allah est l’auto-purification et la renonciation à
l’attachement matériel, et ceci est une excellente voie…
Les Soufis sont un groupe qui travaille avec réflection sur le
détachement du soi et des pièges de la vie matérielle.
Ils luttent afin que leurs cœurs soient uniquement occupés
avec le souvenir d’Allah dans toutes leurs besognes et actions,
et ils sont caractérisés par la perfection de leurs manières
dans les relations avec Allah. En vérité ce sont les meilleurs
de toutes les races des êtres humains.[174]
Abou
al-Hassan al-Chadhili (d.656)
L’un
des grands saints de la Communauté, dit au sujet du tassawwouf:
Celui
qui meurt sans être entré dans cette connaissance qui est
la nôtre meurt en insistant sur ses péchés graves
(kaba'ir) sans le réaliser.[175]
Soultan
al-`Oulama' al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Soulami (d.660)
Son
surnom est «Le Sultan des Savants.» Le Cheick al-Islam
de son temps, il étudia le hadith sous le hafiz al-Qassim ibn `Ali
ibn `Assakir al-Dimachqi, et le tassawwouf sous le cheick
al-Islam Chafi`i Chihab al-Din al-Souhrawardi (539-632), lequel al-Dhahabi
appelle: «Le cheick, l’imam, le savant, le zahid,
le connaisseur, le mouhaddith, le Cheick al-Islam, le
hors pair des Soufis…»[176] Il étudia
aussi sous Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656) et son disciple al-Moursi.
L’auteur de Miftah al-sa`ada et al-Soubki dans son Tabaqat
rapportent qu’al-`Izz disait à chaque fois qu’il entendait
al-Chadhili et al-Mourssali parler: «Ceci est le genre de discours
qui vient fraîchement d’Allah.»[177]
Dans ses deux volumes Qawa`id al-ahkam fi massalih al-anam sur
ousoul al-fiqh il mentionne que les Soufis sont ceux au sujet
desquels Allah dit: «Le parti d’Allah»
(5:56, 58:22), il définit le tassawwouf comme «l’amélioration
des cœurs à travers lesquels la santé des corps est
saine et à travers lesquels les maladies des corps sont des maux.»
Il considéra la connaissance des règles légales externes
comme une connaissance de la Loi dans ses généralités,
tandis que la connaissance des matières internes est une connaissance
de la Loi dans ses détails les plus fins.[178]
Parmi
ses livres sur le tassawwouf il y a:
·
Charjarat al-ma`arif wa al-ahwal wa salih al-aqwal wa al-a`mal
(L’arbre des sciences gnostiques, états, déclarations
pieuses et actions) s’étendant sur vingt chapitres dont les
septs derniers sont consacrés aux branches variées de l’ihsan
dans la religion du croyant;
· Moukhtassar ri`ayat al’Mouhassibi, un abrégé
du livre d’al-Mouhassibi sur l’Observance des droits d’Allah;
· Massa'il al-tariqa fi `ilm al-haqiqa (Questions sur
la voie Soufie concernant la connaissance de la Réalité)
dans lequel al-`Izz répond à soixante questions au sujet
du tassawwouf;
· Rissala fi al-qutb wa al-abdal al-arba`in (Traité
sur le Pôle des saints et les quarantes successeurs);
· Fawa'id al-balwa wa al-mihan (Les bénéfices
des épreuves et des afflictions);
· Nihayat al-roughba fi adab al-souhba (L’obtention
des vœux dans l’étiquette de la compagnie).
Malgré
sa rigueur en toute matière, il est très connu pour son
acceptation de la sama` ou les récitals poétiques,
les mouvements du corps et la danse[179] associés
avec des transes et autres états d’extase au cours du dhikr.
L’Imam Ahmad rapporta dans son Mousnad:
`Ali
dit: Je visitai le Prophète avec Ja`far (ibn Abi Talib et Zayd
(ibn Haritha). Le Prophète dit à Zayd: «Tu es mon
homme affranchi» (anta mawlay), à la suite duquel
Zayd commença à sautiller sur son pied autour du Prophète
(hajala). Le Prophète dit ensuite à Ja`far: «Tu
me ressembles dans ma création et dans mes manières»
(anta achbahta khalqi wa khoulouqi), à la suite duquel
Ja`far commença à sautiller derrière Zayd. Le Prophète
me dit ensuite: «Tu fais partie de moi et je fais partie de toi»
(anta minni wa ana minka) je commençai à sautiller
derrière Ja`far.[180]
Cheick
al-Islam Ibn Hajar al-Haytami mentionne que certains savants ont déduit
à partir de cette évidence la permissibilité de danser
(al-raqs) à l’écoute d’un récital
qui élève l’esprit.[181] al-Yafi`i
est en accord avec lui dans Mir'at al-jinan.[182]
Les deux mentionnent al-'Izz ibn `Abd al-Salam comme l’exemple parfait
de tel savants dans la mesure où il est authentiquement rapporté
que lui-même «prit part au sama`et dansa en état
d’extase» (kana yahdourou al-sama` wa yarqoussou wa yatawajadou),
comme cela est confirmé par Ibn al-`Imad sur l’autorité
d’al-Dhahabi, Ibn Chakir al-Koutabi, al-Yafi`i, al-Nabahani et Abou
al-Sa`adat.[183]
Cette
permissibilité d’un type de danse de la part des Imams et
des maîtres de hadiths exclue l’interdiction du sama`
sur une base générale, aussi bien que la danse qui accompagne
la sama`, sans égard aux réserves d’Ibn Taymiyya
à ce sujet. Dans le langage des «Salafis» d’aujourd’hui,
cela devient un interdit nul et non avenu.
Quant
aux cas particuliers où la danse peut être interdite, il
s’agit là des genres mondains de danse efféminée
qui n’a rien avoir avec l’extase du sama` et du dhikr.
Al-`Izz ibn `Abd al-Salam différencia les deux types dans ses Fatwas:
Danser
est une bid`a ou une innovation qui n’est approuvé
que par celui qui a une carence dans l’esprit. Elle n’est
convenable que pour les femmes. En ce qui concerne l’écoute
de la poésie (sama') qui excite vers les états
de la pureté (ahwal saniyya), qui rappelle l’au-delà:
il n’y a rien de mal en cela, au contraire cela est recommandé
(bal youndabou ilayh) pour les cœurs tièdes et endurcis.
Cependant, celui qui dissimule des idées malsaines en son cœur
il ne lui est pas permis de prendre part au sama', car le sama'
excite tout désir déjà présent dans le cœur,
le désirable et le détestable.[184]
Il
dit aussi dans son Qawa`d al-ahkam:
Danser
et applaudir sont une mauvaise manifestation ressemblant à celle
des femmes que personne ne tolère sauf les hommes frivoles et les
menteurs… quiconque comprend la grandeur d’Allah ne peut s’imaginer
en train d’applaudir et de danser car ces actes ne sont performés
que par l’ignorant grossier, non par ceux qui ont un mérite
et une intelligence et la preuve de leur ignorance est que la Chari`a
n’a cité aucune preuve de ces actions dans le Coran et la
Sunna, et aucun des Prophètes et leurs illustres compagnons ne
le firent.[185]
al-`Izz
sur la Supériorité du Rang des awliya' Sur Celui des `oulama
Al-`Izz
ibn `Abd al-Salam fut questionné dans sa Fatwa au sujet
de la validité des déclarations de Qouchayri et Ghazali
¨que le plus haut niveau parmi les serviteurs d’Allah après
les Messagers et Prophètes est celui des saints (awliya'),
suivi de celui des savants (`oulama'). Il répondit:
Concernant
la priorité des connaisseurs d’Allah sur les connaisseurs
des lois d’Allah, les dires des maîtres Qouchayri et Abou
Hamid (al-Ghazali) sont confirmés. Aucune personne, dotée
de sens, ne doute que les connaisseurs d’Allah… non seulement
sont les meilleurs que les connaisseurs des lois d’Allah, mais sont
aussi meilleurs que ceux qui connaissent les branches et les racines de
la religion, parce que le rang d’une science est selon ses buts
immédiats… La plupart du temps les savants sont voilés
par leur connaissance qu’ils ont d’Allah et de Ses attributs,
autrement dit, ils seraient parmi les gnostiques dont la connaissance
est continue, comme cela convient à la demande de la vraie vertu.
Et, comment les gnostiques et les juristes puissent être les mêmes
quand Allah dit: «Le plus noble parmi vous, auprès
d’Allah est le plus pieux» (49:13)?.. et par les
«savants» (`oulama´) quand Il dit «Parmi
Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah» (35:28),
Il fait cas de ceux qui Le connaissent, de même que Ses attributs,
et Ses actions, et non ceux qui connaissent Ses lois… Un signe de
la supériorité des gnostiques par rapport aux juristes est
qu’Allah fait des miracles aux mains des premiers, mais jamais aux
mains du deuxième groupe, à l’exception de ceux qui
entrent dans la voie des gnostiques et acquièrent leurs caractéristiques.[186]
Ce
ne fut pas nécessaire qu’al-`Izz introduise les savants de
hadiths dans la mesure où ceux-ci sont considérés
d’un niveau inférieur aux savants de fiqh et sont par conséquent
inclus avec eux en-dessous des saints. Ibn Abi Zayd al-Maliki rapporte
Soufyan ibn `Ouyayan disant: «L’hadith conduit à l’égarement
sauf les fouqaha´,» et le compagnon de Malik, Ibn
Wahb dit: «Tout maître de hadith qui n’a pas d’Imam
en fiqh est égaré (dall). Si Allah ne nous avait pas sauvé
avec Malik et al-Layth, nous aurions été égarés.»[187]
Nous avons déjà mentionné l’avertissement de
l’Imam Malik ¨ que la religion ne consiste pas en la narration
de quantité de hadiths mais plutôt en la lumière qui
prend siège dans la poitrine.
Imam Nawawi (d.676)
L’un
des grands savants Soufis, le plus stricte des maîtres de hadiths
des temps derniers et le plus méticuleux des juristes, Cheick al-Islam
Mouhyiddin Yahya ibn Charaf al-Nawawi est avec al-Rafi`i les principales
références de l’école Chafi`i des
derniers temps. Ses livres restent toujours d’autorité dans
la méthodologie de la loi, dans le commentaire du Coran et dans
le hadith. Son commentaire de sahih Mouslim est en deuxième
position après celui d’Ibn Hajar sur sahih Boukhari.
Allah donna à sa fameuse compilation de Quarante Hadiths probablement
plus de renommée et d’audience que tout autre livre de haditha,
qu’il soit volumineux et petit, et permis à Nawawi d’être
d’un immense bénéfice à la Communauté
Islamique.
Nawawi était considéré comme un Soufi et un saint,
comme cela est évident par les titres de quelques uns de ses travaux
et celui de la biographie de Sakhawi intitulé Tarjamat cheick
al-islam, qoutb al-awliya' al-kiram, faqih al-anam, mouhyi al-Din al-Nawawi
(La biographie du Cheick de l’Islam, le Pôle des Nobles Saints,
le Juriste de l’humanité, le Revivicateur de la Sunna
et le Défenseur contre les innovations… al-Nawawi.)
Nawawi
écrit dans son petit ouvrage intitulé al-Maqassid fi
al-tawhid wa al-`ibada wa ousoul al-tassawwouf (Les buts de l’unicité,
l’adoration et les fondations de l’auto-purification):
Les
spécifications de la Voie des Soufis sont de cinq:
1.
garder la Présence d’Allah en son cœur en public comme
en privée;
2. pratiquer la Sunna du Prophète dans l’action comme dans
le parlé;
3. se retirer des gens et ne pas avoir recours à eux;
4. être satisfait avec ce qu’Allah te donne même si
cela est peu;
5. avoir toujours recours à Allah pour tous ses problèmes.[188]
Il
rendit l’âme avant qu’il ne puisse finir son Boustan
al-arifin fi al-zouhd wa al-tassawwouf (Le jardin des gnostiques
dans l’ascétisme et l’auto-purification), qui est une
collection précieuse des dires des premières et dernières
générations des maîtres de tassawwouf élaborant
sur quelques points de l’auto-purification. En voici quelques extraits:
Al-Chafi`i
(qu’Allah lui accorde Sa Miséricorde) dit: «Seul le
sincère (moukhlis) connait ce qu’est l’hypocrisie
(riya').» Ceci signifie qu’il est impossible de connaitre
la réalité de l’hypocrisie et voir ses aspects cachés
sauf pour celui qui cherche de manière résolue la sincérité
(arada). Celui-ci, lutte pendant une longue période, cherchant,
méditant et examinant profondément en lui-même jusqu’à
ce qu’il sache ou connaisse quelque chose au sujet de ce qu’est
l’hypocrisie. Cela n’arrive pas à tout le monde. En
vérité, ceci arrive seulement aux élites (al-khawass).
Mais pour un individu donné, affirmer qu’il connait ce qu’est
l’hypocrisie est signe d’ignorance de sa part.
Je
mentionnerai, dans ce livre, un chapitre par la volonté d’Allah,
dans lequel tu verras un type de merveille qui rafraîchira tes yeux.
Pour illustrer l’étendue de la dissimulation de l’hypocrisie,
nous avons seulement besoin de rapporter le récit suivant de la
part du Professeur et Imam Abou al-Qassim al-Qouchayri, qu’Allah
répande Sa miséricorde sur lui, extrait de sa Rissala
avec notre isnad mentionné auparavant.
Il
dit: «j’entendis Mouhammad ibn al-Houssayn dire: J’entendis
Ahmad ibn Ali Jafar dire: J’entendis al-Hassan ibn Alawiyya dire:
Abou Yazid [al-Bistami], qu’Allah soit satisfait de lui, dit: J’étais
pendant douze années le forgeron de mon égo (haddadou
nafsi), puis pendant cinq années je devint le miroir de mon
cœur (mir'atou qalbi), puis pendant une année je
regardai ce qui reposa entre les deux, et je vis autour de moi une ceinture
visible [c’est-à-dire de koufr = signe vestimentaire
d’un sujet non-musulman d’un état Islamique]. Alors,
j’ai luttai pendant douze années pour la couper et je la
vis encore, et je la vis cachée autour de moi. Ensuite, je m’attelai
pendant cinq années à voir comment la couper. Alors, je
fus dévoilé (kouchifa li) et lorsque je regardai
la création, je vis qu’ils étaient tous morts. Je
récitai alors la prière funèbre sur eux.»
Je
dis: Cette hypocrisie étant aussi énigmatique que les maîtres
de cette voie [c’est-à-dire le tassawwouf] qui n’ont
pas d’égal montre combien de fois il reste dissimulé.
Sa phrase: «Je les vis tous morts» est le sommet de la valeur,
de la beauté et la rareté autre que les mots du Prophète,
la Paix et la Bénédiction d’Allah sur lui, regorge
d’une telle richesse en significations. Je toucherai brièvement
à ces significations. Le sens est qu’après qu’il
ait lutté longtemps et difficilement et que son égo ait
été discipliné et son cœur illuminé,
et lorsqu’il eu conquis son égo et soumis et achevé
une complète maîtrise sur lui et qu’il l’a totalement
assujeti à lui, à ce moment, il regarda toutes les créatures
et trouva qu’elles étaient toutes mortes et sans pouvoir:
elles
ne peuvent faire du tort ni être bénéfiques
elles ne peuvent donner ni retirer
elles ne peuvent donner ni la vie ni la mort
elles ne peuvent communiquer ni trancher
elles ne peuvent transmettre ni oter
elles ne peuvent rendre heureux ni rendre triste
elles ne peuvent accorder ni dépriver
elles ne possèdent pour elle-même ni bénéfice,
ni tort, ni mort, ni vie, ni résurrection.
Ceci,
donne les caractéristiques de la mort aux êtres humains:
ils sont considérés morta dans toutes les conditions ci-dessus
mentionnées, ils ne sont ni craints ni suppliés, ce qu’ils
possèdent n’est pas convoité, ils ne sont ni attrayants
ni flatteurs, personne ne leur donne une attention, ils ne sont pas enviés
ni dénigrés, leurs défauts ne sont pas mentionnés
ni leurs fautes poursuivies et exposées, personne n’est jaloux
d’eux ni ne pense aux faveurs qu’ils ont reçues d’Allah,
et ils sont pardonnés pour leurs erreurs, quoique les punitions
légales leur sont appliquées selon la Loi. Mais, ’application
d’une telle punition n’exclue pas ce que nous avons mentionné
auparavant, ni elle exclue notre effort de couvrir leurs erreurs sans
au moins les dissuader.
Voici
comment les morts sont vus. Et si quelqu’un mentionne les êtres
humains de manière déshonorable nous lui interdisons de
sonder ce sujet de la même manière que nous l’aurions
fait s’il devait examiner un mort. Nous ne faisons rien pour leur
intérêt nous les Lui laissons. Et, nous ne nous arrêtons
plus à exécuter un acte d’obéissance envers
Allah à leur sujet que nous le faisons au sujet d’un mort,
et nous ne les louons pas. Et, nous n’aimons pas non plus leurs
louanges à notre égard ni haïssons leurs insultes,
et nous ne leur rendons pas la pareille.
En
résumé, ils sont comme s’ils n’existaient pas
. Ils sont sous la complète attention et juridiction d’Allah.
Quiconque a des rapports avec eux de cette manière, a combiné
le bien de l ‘autre monde et celui d’ici-bas. Puisse Allah
Le Généreux nous donner le succès dans cet l’achèvement.
Ces quelques mots sont suffisants pour expliquer les dires d’Abou
Yazid al-Bistami, qu’Allah soit satisfait avec lui.[189]
al-`Izz
b. `Abd al-Salam b. Ahmad b. `Anim al-Maqdissi (d.678)
Nous
mentionons ce wa`iz (prêcheur) parce qu’il a été
souvent confondu avec Izz al-Din ibn Abd al-Salam al-Soulami, et ses brèves
œuvres sur le tassawwouf sont attribuées par erreur
à ce dernier. Dans cet ouvrage intitulé différentes
façons : Hall al-roumouz wa mafatih al-koumouz et Zabad
khoulasat al-tassawwouf, al-Maqdissi divise les niveaux du soulouk
ou voies spirituelles en trois voies qui correspendent à la définition
du Prophète au sujet de la Religion dans le hadith de Jibril:
L’Islam
est le premier des niveaux de la Religion, caractérisant le commun
des croyants;
L’Iman est le premier pas de l’échelle du
cœur, et il caractérise l’élite des croyants;
L’Ihsan est le premier pas de l’échelle de
l’esprit, et il caractérise l’élite de ceux
qui sont rapprochés.[190]
Ibn Taymiyya (d.728)
Ses
admirateurs citent ce juriste et maître de hadiths de l’école
Hanbalite comme un ennemi des Soufis, et il est la principale autorité
dans la campagne des «Salafis», responsables du climat actuel
de fanatisme injustifié et l’encouragement à l’ignorance
au sujet du tassawwouf. Pourtant, Ibn Taymiyya était lui-même
un Soufi. Cependant, les «Salafis» sont très minutieux
à ne jamais présenter le Soufi Ibn Taymiyya, ce qui gênerait
sévèrement leur scénario il le présente comme
purement un anti-Soufi.
Les
discours d’Ibn Taymiyya sur le tassawwouf sont criblés de
contradictions et d’ambiguités. On peut dire que quoiqu’il
nivella toutes sortes de jugements sur les Soufis, il fut incapable de
nier la grandeur du tassawwouf au sujet duquel la Communauté fut
longtemps unanime bien avant que lui-même n’apparaisse. En
conséquence, il affronta le tassawwouf, questionnant ces
Soufis contemporains, et réduisant la primauté des élites
des Musulmans à de la banalité, et au même moment
il se vante d’être un Soufi Qadiri dans une chaîne
directe de succession à Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, comme nous
le montrerons dans les lignes qui suivent.
Il
doit être clair dans l’esprit des lecteurs que la raison pour
laquelle nous citons ces évidences n’est pas que nous considérons
Ibn Taymiyya comme une figure représentative du tassawwouf. A notre
point de vue, il ne représente ni le tassawwouf ni l’aqida
de Ahl al-Sunna. Cependant, nous citons ces points de vues seulement
pour démontrer que sa présentation erronée par les
Orientalistes et les «Salafis» comme un ennemi du tassawwouf
ne relève pas d’un examen minutieux. Sans tenir compte des
opinions d’un groupe ou de l’autre, les faits montrent des
évidences claires que Ibn Taymiyya n’avait pas d’autre
choix que d’accepter le tassawwouf et ses principes, et
que lui-même se réclama être un Soufi, et se para également
du manteau (khirqa) de cheick dans l’ordre Soufi Qadiri.
Nous
avons déjà cité l’admiration d’Ibn Taymiyya
pour `Abd al-Qadir Gilani auquel il attribut le titre de mon «Cheick»
(cheickhouna) et de mon «maître» (sayyidi)
dans son entière Fatawa. Les inclinations d’Ibn Taymiyya
pour les Soufis et sa révérence pour `Abd al-Qadir al-Gilani
sont aussi témoignées à travers son commentaire de
cent pages sur Foutouh al-ghayb, couvrant seulement cinq des
soixante-dix-huit sermons du livre, mais montrant qu’il considéra
le tassawwouf comme essentiel dans la vie de la Communauté
Islamique.[191]
Dans
son commentaire Ibn Taymiyya met l’accent sur le fait que la primauté
de la Chari`a est la tradition de base dans le tassawwouf, et
pour supporter ce point il donne une liste de plus d’une douzaine
des premiers maîtres, aussi bien que des cheicks contemporains de
son temps dont ceux de son école Hanbali, al-Ansari al-Harawi et
`Abd al-Qadir al-Gilani, et le cheick de ce dernier, Hammad al-Dabbas:
Les
élites parmi les pratiquants de cette Voie -- comme la majorité
des premiers cheicks (chouyoukh al-salaf) dont Foudayl ibn `Iyad,
Ibrahim ibn Adham, Ma`rouf al-Karkhi, al-Sari al-Saqati, al-Jounayd ibn
Mouhammad, et autres de la première génération des
maîtres, aussi bien que Cheick `Abd al-Qadir, Cheick Hammad, Cheick
Abou al-Bayan et autres maîtres qui sont apparus plus tard –
n’ont pas permis aux pratiquants de la voie Soufie de se démarquer
des interdits et ordres de la législation divine, même si
cette personne a volé dans les airs ou a marché sur l’eau.[192]
Quelque
part encore, dans son al-rissala al-safadiyya, Ibn Taymiyya défend
les Soufis comme ceux qui appartiennent à la voie de la Sunna et
la représentent dans leurs enseignements et écrits:
Les
grands cheicks mentionnés par Abou `Abd al-Rahman al-Soulami dans
Tabaqat al-soufiyya, et Abou al-Qassim al-Qouchayri dans al-Rissala,
étaient adhérants de l’école d’Ahl
al-Sunna wa al-Jama`a et de l’école d’Ahl
al-hadith, comme al-Foudayl ibn `Iyad, al-Jounayd ibn Mouhammad,
Sahl ibn `Abd Allah al-Toustari, `Amr ibn`Outhman al-Makki, Abou `Abd
Allah Mouhammad ibn Khafi al-Chirazi, et autres; et leurs discours étaient
fondés sur la Sunna , et ils rédigèrent
des livres au sujet de la Sunna.[193]
Dans
son traité sur la différence entre les formes permises de
la prière et celles innovées, intitulé Rissala
al-ibadat al-chariyya wal-farq baynaha wa bayn al-bidiyya, Ibn Taymiyya
déclare sans erreur que la voie licite est la voie de «ceux
qui suivent la voie Soufie» ou «la voie de l’auto-négation»
(zouhd) et ceux qui suivent «ce qui est appelé pauvreté
et tassawwouf», c’est-à-dire les fouqara
et les Soufis:
Le
licite c’est ce par quoi on se rapproche d’Allah. C’est
la voie d’Allah. C’est la vertuosité, l’obéissance,
les bonnes actions, la charité et la justice. C’est le chemin
de ceux qui sont sur la voie Soufie (al-salikin), et la méthode
de ceux qui ont l’intention d’atteindre Allah et de L’adorer;
c’est celle qu’entreprend quiconque désire Allah et
suit la voie de l’auto-négation (zouhd) et les pratiques
religieuses, et ce qui est appelé pauvreté, tassawwouf etc…[194]
En
ce qui concerne l’enseignement d’`Abd al-Qadir sur le fait
que le salik ou l’aspirant Soufi doit s’abstenir
des désirs permis, Ibn Taymiyya commence par déterminer
que l’intention d’`Abd al-Qadir est que ce dernier renonce
à ces choses permises qui ne lui sont pas imposées par la
loi parce qu’il peut y avoir un danger pour lui. Mais jusqu’à
quel point? Si l’Islam est essentiellement apprendre et appliquer
les commendements Divins, il doit y avoir un moyen pour celui qui s’efforce
sur la voie de déterminer la volonté d’Allah dans
chaque situation particulère. Ibn Taymiyya reconnaît que
le Coran et la Sunna ne peuvent pas couvrir explicitement tout
événement spécifique dans la vie de tout croyant.
Encore, si le but de la soumission à la volonté et au désir
d’Allah doit être accompli par ceux qui veulent L’atteindre,
il doit y avoir une voie pour celui qui y lutte de s’assurer du
commandement Divin dans toute sa particularité.
La
réponse d’Ibn Taymiyya est d’appliquer le concept légal
d’ijtihad à la voie spirituelle, spécifiquement
à la notion d’ilham ou inspiration. Dans ses efforts
d’unir sa volonté avec celle d’Allah, le vrai Soufi
atteind un état où il ne désire rien d’autre
que de découvrir la plus belle œuvre, l’action la plus
plaisante et la plus aimée d’Allah. Lorsque les données
légales extérieures ne peuvent plus le diriger dans ces
matières, il peut compter sur les notions d’inspiration (ilham)
et de perception intuitive (dhawq) du Soufi:
Si
le disciple a créativement employé ses efforts aux indications
externes de la Char`ia et n’a pas vu la meilleure probabilité
concernant une action, il peut être alors inspiré à
cause de sa bonne intention combinée à sa peur d’Allah,
il peut choisir parmi deux actions laquelle est supérieure à
l’autre. Ce genre d’inspiration (ilham) est une indication
concernant la vérité. Elle peut même être une
forte indication par rapport à une faible analogie, des hadiths
faibles, des arguments littéraires faibles (zawahir),
et une faible présomption de continuité (istichab)
qui sont employées par plusieurs qui fouillent dans les principes,
les différences et du fiqh systématisé.[195]
Ibn
Taymiyya repose son point de vue sur le principe qu’Allah a mis
une disposition naturelle à la vérité au genre humain
et lorsque cette disposition est enracinée dans la réalité
de la foi et éclairée par l’enseignement Coranique,
et que celui qui lutte sur le voie est incapable de déterminer
la volonté précise d’Allah dans des cas spécifiques,
alors son cœur lui montrera l’action préférée.
Une telle inspiration est l’une des preuves importantes qu’il
détient dans cette situation. Certainement, il se trompera quelque
fois, faussement guidé par son inspiration ou sa perception intuitive
de la situation, juste comme le moujtahid quelque fois se trompe.
Mais il dit, même quand le moujtahid ou le disciple inspiré
lutte dans l’erreur, il est obéissant.
Faire
appel à ilham et dhawq n’est pas synonyme
de suivre ses propres caprices ou ses préférences personnelles.[196]
Dans sa lettre à Nasr al-Manbiji, il qualifie cette intuition de
«foi-informée» (al-dhawq alimani). Son point
est que, comme dans le commentaire du Foutouh, l’inspiration par
expérience est ambigue et a besoin d’être qualifiée
et par le critère du Coran et la Sunna. Elle ne peut conduire,
selon lui, à la certitude de la vérité, mais ce qu’elle
peut c’est de donner au croyant une assise ferme pour choisir la
meilleure action dans une situation donnée et l’aider à
confirmer sa volonté en des détails spécifiques de
sa vie par rapport à celui de son Créateur et de son Commandant.[197]
D’autres
travaux qui nous viennent de lui abondent d’ éloges pour
les enseignements Soufis. Par exemple, dans son livre al-ihtijaj bi
al-qadar, il défend l’accent mis sur l’amour d’Allah
par les Soufis et leur volontarisme plutôt que l’approche
intellectuelle de la religion comme étant en accord avec les enseignements
du Coran, le hadith solide et l’ijma`al-salaf:
En
ce qui concerne les Soufis, ils affirment l’amour (d’Allah),
et ceci est plus évident chez eux que parmi les autres. La base
de leur voie est simplement la volonté et l’amour. L’affirmation
de l’amour d’Allah est bien connue dans le langage de leurs
premiers et de leurs maîtres récents, comme cela est affirmé
dans le Livre et la Sunna et dans le concensus des Salaf.[198]
Ibn
Taymiyya est aussi connu pour ses condamnations d’Ibn `Arabi. Cependant,
ce qu’il condamna n’était pas Ibn `Arabi mais un petit
livre qu’il écrivit et intitula Fousous al-hikam,
qui forme un mince volume. Quant à l’œuvre maîtresse
d’Ibn `Arabi, al-Foutouhat al-makkiya (Les révélations
divines de Makka), Ibn Taymiyya n’était pas moins un admirateur
de ce chef-d’œuvre que toute autre personne en Islam qui l’ait
vu, comme il le déclare dans sa lettre à Abou al-Fath Nasr
al-Mounayji (d.709) publiée dans le volume intitulé tawhid
al-rouboubiyya de son Fatawa:
J’étais
l’un de ceux, qui auparavant avaient une bonne opinion d’`Ibn
Arabi et faisaient ses éloges à cause des bénéfices
que j’ai vus dans ses livres, dont: al-Foutouhat, al-Kanh, al-Mouhkam
al-marbout, al-Dourra al-fakhira, Matali' al-noujoum, et d’autres
travaux de ce genre.[199]
Ibn
Taymiyya continue jusqu’à dire qu’il changea ses opinions,
non à cause du contenu de ces livres, mais seulement après
qu’il eut lu le Foussous.
Nous
arrivons maintenant à l’évidence de l’affiliation
d’Ibn Taymiyya à la Voie Soufie Qadiri et à sa propre
affirmation, comme cela fut rapporté par son disciple Ibn `Abd
al-hadi (d.909), qu’il reçu le khirqa Qadiri ou
manteau d’autorité d’`Abd al-Qadir al-Gilani à
travers une chaîne de trois cheicks. Il n’y personne d’autre
que les trois Ibn Qoudamas qui sont parmi les autorités établies
dans le fiqh de l’école Hanbali. Cette information fut publiée
par George Makdisi dans une série d’articles dans les années
1970.[200]
Dans
un manuscrit de Youssouf ibn `Abd al-Hadi al-Hanbali intitulé Bad'
al-`ilqa bi labs al-khirqa (Le début de la protection dans
le port du manteau Soufi), Ibn Taymiyya est cité dans une généalogie
spirituelle Soufie avec d’autres savants Hanbali bien connus. Les
liens dans cette généalogie sont les suivantes par ordre
descendant:
1. `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561)
2.a-Abou `Oumar ibn Qoudama (d.607)
2.b-Mouwaffaq
al-Din ibn Qoudama (d.620)
3.
Ibn Abi `Oumar ibn Qoudama (d.682)
4. Ibn Taymiyya (d.728)
5. Ibn Qayyim al-Jawziyya (d.751)
6. Ibn Rajab (d.795)
(Abou
`Oumar ibn Qoudama et son frère Mouwaffaq al-Din reçurent
directement le khirqa d’`Abd al-Qadir lui-même.)
Ibn
Taymiyya est ensuite cité pr Ibn Abd al-Hadi comme affirmant son
affiliation Soufie à la fois à l’ordre Qadiri
et à d’autres ordres:
J’ai
porté le manteau Soufi d’un certains nombres de cheicks appartenant
à divers tariqas (labistou khirqata at-taqqawwouf min tourouqi
jamatin min al-chouyoukhi), parmi lesquels le Cheick Abd al-Qadir
al-Gilani, dont la tariqa est la plus grande des tariqa
bien connues.
Plus
loin il dit:
La plus grande Voie Soufie (ajallou al-tourouq) est celle de
mon maître (sayyidi) `Abd al-Qadir al-Gilani, qu’Allah
répande Sa miséricorde sur lui.[201]
D’autres
confirmations viennent d’Ibn Taymiyya lui-même dans l’une
de ses œuvres al-Masala at-briziyya:
labistou
al-khirqa al-moubarakata li al-cheick `Abd al-Qadir wa bayni wa baynahou
ithan. Je portai le manteau Soufi béni d’`Abd al-Qadir
il y a entre lui et moi deux cheicks.[202]
Ibn
Taymiyya affirme ainsi qu’il était un lecteur assidu d’al-Foutouhat
al-makkiyya d’Ibn `Arabi; qu’il considère `Abd
al-Qadir al-Gilani comme son cheick – il écrivit même
un commentaire sur le Foutouh al-ghayb de ce dernier; et qu’il
est de l’ordre Qadiriyya et d’autres ordres Soufis. Que dit-il
au sujet du tassawwouf et des Soufis en général?
Dans
son essai intitulé al-soufiyya wa al-fouqara' et publié
dans le onzième volume (al-tassawwouf) de son majmou`a
fatawa Ibn Taymiyya al-Koubra, il déclare:
Le
mot soufi n’était pas bien connu au cours des premiers trois
siècles, mais son usage devint populaire après cette période.
Un nombre important de cheicks en parlèrent dont Ahmad ibn Hanbal,
Abou Soulayman al-Darani et autres. Il a été rapporté
que Soufyan al-Thawri l’utilisa. Certains aussi mentionèrent
que Hassan al-Basri en fit usage.[203]
Ibn
Taymiyya continue jusqu’à déduire que le tassawwouf
origina à Basra parmi les générations qui suivirent
les tabi`in, parce qu’il trouva que plusieurs des premiers
Soufis originèrent de cette ville tandis qu’il ne trouva
aucune de ces évidences ailleurs. Dans ce cas, il commet une erreur
en confinant le tassawwouf à une place spécifique,
le coupant de ses liens avec le temps du Prophète et ses illustres
Compagnons. Ceci est l’une des aberrantes conclusions qui soulève,
parmi les «salafis» d’aujourd’hui des questions
telles que: «Où dans le Coran et la Sunna le tassawwouf
est-il mentionné?» Comme Ibn `Ajiba répondit
à ce genre de questions:
Le
fondateur de la science de tassawwouf est le Prophète
lui-même à
qui Allah l’enseigna aux moyens de la révélation et
l’inspiration.[204]
Nous
avons par la grâce d’Allah fini avec ce sujet dans notre long
exposé sur les preuves du tassawwouf dans les pages précédentes.
Ibn
Taymiyya continue:
Le
tassawwouf a des réalités (haqa`iq) et des
états d’expériences (ahwal) que les Soufis
mentionnent dans leur science… Certains disent que le Soufi est
celui qui se purifie de tout ce qui le distrait du souvenir d’Allah
et qui devient plein de l’image de l’au-delà à
tel point que la valeur de l’or et des pierres sera la même
pour lui. D’autres disent que le tassawwouf c’est
de sauvegarder les sens précieux et de renoncer à la prétention
à la célébrité et à la vanité
etc… Ainsi, le sens de soufi fait allusion au sens de siddiq
ou celui qui a atteind le niveau complet de véridique, car les
meilleurs des êtres humains après les Prophètes sont
les siddiqin, comme Allah le mentionna dans le verset suivant:
Quiconque
obéit à Allah et au Messager, ceux-là seront avec
ceux qu’Allah a comblés de Ses bienfaits: les prophètes,
les saints véridiques, les martyrs, et les vertueux; ah, quel bons
compagnons que ceux-là! (4:69).
Ils
considèrent cependant qu’après les prophètes
il n’y a pas plus vertueux que le Soufi, et le Soufi est en réalité,
parmi d’autres genres de saints véridiques, seulement un
genre de siddiq spécialisé dans l’ascétisme
et l’adoration (al-soufi houwa fi al-haqiqa naw`oun min al-siddiqin
fahouwa al-siddiq allahi ikhtassa bi al-zouhdi wa al-`ibada). Le
Soufi est l’homme vertueux de la voie; juste comme les autres sont
appelés les vertueux des oulama et les vertueux des émirs…
[Ici
Ibn Taymiyya nie la déclaration des Soufis qui représentent
les Véridiques après les Prophètes, et il rabaisse
leur statut à celui du large groupe des honnêtes serviteurs.
Ceci découle de sa première prémisse que le tassawwouf
apparu plus tard et que son origine est autre que la Sunna du
Prophète. Nous avons déjà mentionné que cette
prémisse était fausse. Tous les Soufis considèrent
que les transmetteurs de leur connaisance et discipline ne sont nul autre
que les Compagnons et leurs Successeurs, qui prirent cette connaissance
du Prophète lui- même. Dans ce respect, les Soufis et les
illustres Compagnons de même que les Successeurs ne sont pas différents
en essence, quoiqu’ils soient différents en noms, la préseance
est donnée aux Compagnons et aux Successeurs selon le hadith
du Prophète.
Ensuite
Ibn Taymiyya sépare arbitrairement les Soufis et les savants en
deux groupes discrets apparents, nous avons vu que les Soufis étaient
de grands savants, et plusieurs grands savants étaient des Soufis.
Al-Jounayd anticipa cette injuste distinction dans sa fameuse déclaration:
«Cette connaissance qui est la nôtre est basée sur
le Coran et la Sunna.» Ensuite, faisant allusion à
cette erreur dans son Tabaqat al-Koubra, Cha`rani cite al-Jounayd
et pousuit:
¨Chaque
vrai Soufi est un savant de la Loi Sacrée, quoique l’inverse
n’est pas nécessairement vrai.[205]¨
Certains
critiquèrent les Soufis et le tassawwouf en les taxant
d’innovateurs et d’être en dehors de la Sunna…
mais la vérité est qu’ils exercent l’ijtihad
dans l’obéissance d’Allah comme ont fait d’autres
gens qui sont obéissants à Allah. Ainsi, parmi eux vous
trouverez le Plus En Vue dans la Proximité (al-sabiq al-mouqarrab)
par vertu de son effort, pendant que certains d’entre eux sont des
Gens de la Droite… et parmi ceux se réclamant d’être
affiliés à eux, sont ceux qui sont injustes envers eux-mêmes,
se rebellant contre leur Seigneur. Ceux- là sont les sectes des
innovateurs et des libres penseurs (zindiq) qui prétendent
être affiliés aux Soufis mais dans l’opinion des véritable
Soufis, ils n’y appartiennent pas, par exemple al-Hallaj.
[Ici
la citation innappropriée d’al-Hallaj par Ibn Taymiyya est
plus figurative de sa propre mauvaise compréhension du tassawwouf
qui illustre ce à quoi il veut aboutir. En réalité,
comme `Abd al-Qahir al-Baghdadi dit au sujet d’al-Hallaj, «son
cas parmi les Soufis n’est pas clair quoique Ibn `Ata' Allah, Ibn
Khafif, et Abou al-Qassim al-Nassir Abadi l’approuvent.»[206]
Encore, nous avons déjà dit que plusieus grands savants
de l’école d’Ibn Taymiyya lui-même ont rejeté
les charges établies contre al-Hallaj, et le considèrent
comme un saint, dont Ibn `Aqil et Ibn Qoudama. Ibn Taymiyya peut-il ne
pas être conscient de toutes ces positions qui invalident son point
de vue, ou cela est-il purement signe d’ignorance?]
Le
tassawwouf a ses branches et diversités; et les Soufis
sont connus sous trois groupes:
1-
Soufiyyat al-haqaiq: Les Soufis des Réalités; ce
sont les vrais Soufis que nous avons mentionnés dans les paragraphes
précédents;
2- Soufiyyat al-arzaq: Les Soufis professionnels qui vivent des
dons religieux ,des auberges et des écoles Soufis; et il n’est
pas nécessaire pour eux d’être parmi les gens des vraies
réalités dans la mesure où cela est une chose très
rare…
3- Soufiyyat al-rasm: les Soufis par apparence seulement, qui
sont préoccupés à endosser le nom et la tenue vestimentaire
etc[207]
Ibn Taymiyya au sujet de fana'
et chatahat
Au
sujet de fana' – un terme utilisé par les Soufis
signifiant littérairement extinction ou l’auto-extinction
– et le chatahat ou les déclarations éclatantes
des Soufis, Ibn Taymiyya dit:
Cet
état d’amour caractérise plusieurs des Gens amoureux
d’Allah et les Gens de la Recherche (Ahl al-irada). Un
homme s’évanouit dans l’objet de son amour –
Allah – à travers l’intensité de son amour.
Il se souviendra d’Allah et non de lui-même, invoquera Allah
et lui-même, prendra Allah à témoin et non lui-même,
existe en Allah et non en lui-même. Lorsqu’il atteind cet
état, il ne ressent plus sa propre existence. Ceci est la raison
pour laquelle il peut dire dans cet état: ana al-haqq
(Je suis la Vérité), ou soubhani (Gloire à
moi!), et mafi al-joubba illa Allah (Il n’y rien dans ce
manteau sauf Allah, parce ivre dans l’amour d’Allah, ceci
est un plaisir et une joie qu’il ne peut contrôler…)
Ce
phénomène est en lui-même à la fois vérité
et mensonge. Mais lorsque quelqu’un entre dans un état d’amour
extatique (`ichq) pour Allah, il atteindra un état d’absence
d’esprit, et lorsqu’il est dans un tel état, il ne
verra pas comment il accepte le concept d’ittihad (l’union
avec Allah). Je ne considère pas cela comme un péché
parce que cette personne est innocente et nul ne peut la punir parce qu’elle
n’a pas conscience de ce qu’elle fait. Le calame ne condamne
pas l’incensé sauf lorsque son esprit est en place (et commet
le même acte). Cependant, lorsqu’il est dans cet état
et commet une erreur, il tombe sous la protection d’Allah:
O
notre Seigneur, ne nous punit pas pour des fautes commises par oubli ou
par erreur (2:286), Il n’y pas de blâme sur vous
si vous commettez une erreur de manière involontaire.[208]
Il
y a une histoire de deux hommes dont l’amour mutuel était
très intense. Un jour, lorsque l’un des deux tomba dans la
mer, l’autre aussitôt se jeta derrière lui. Le premier
demanda au second: «Qu’est-ce qui t’a emmené
à te trouver ici?» Le second répondit: «J’ai
disparu en toi et je ne me voyais plus. Je pensais que tu étais
moi et que j’étais toi»… Alors, aussi longtemps
que l’un n’est pas îvre de quelque chose qui est interdit,
son action est acceptée, mais s’il est ivre de quelque chose
d’interdit (c’est-à-dire l’intention était
mauvaise) alors il n’est pas excusé.[209]
Les
pages ci-dessus montrent la grande familiarité d’Ibn Taymiyya
avec les lignes générales du tassawwouf. Une telle
connaissance faisait part de l’éducation complète
de quiconque à cette époque et celui qui le précéda
qui prétendait au savoir. Cette connaissance ne constituait pas
quelque chose d’extérieur ou d’étranger au grand
corpus des sciences Islamiques. Et toujours, similairement dans son cas
dans l'`aqida que nous avons dénoué dans les pages
précédentes[210], que la mauvaise compréhension
du tassawwouf par Ibn Taymiyya l’emporta massivement sur
sa compréhension. Ce point fut illuminé avec une précision
quasi-chirurgicale par le grand Imam Soufi Cheick Ibn `Ata' Allah
dans le débat qu’il eut avec Ibn Taymiyya dans la mosquée
d’al-Azhar au Caire.
Le Débat entre Ibn Ata Allah al-Iskandari
et Ibn Taymiyya
L’un
des grands Imams Soufis qui fut aussi connu comme un mouhaddith,
un prêcheur, un juriste Maliki, Abou al-Fadl Ibn `Ata' Allah al-Iskandari
(d.709) est l’auteur d’al-Hikam (Aphorisme), Miftah
al-falah, (La clef au succès), al-Qousd al-moujarrad fi
ma`rifat al-ism al-moufrad (L’objectif pur concernant la connaissance
du Nom Unique), Taj al-`arous al-hawi li tadhhib al-noufous (La
couronne du marié contenant la discipline des âmes), `Ounwan
al-tawfiq fi adab al-tariq (Le signe de succès concernant
la discipline de la voie), la biographie al-lata'if fi manaqib Abi
al-`Abbas al-Moursi wa cheickihi Abi al-Hassan (Les miséricordes
imperceptibles dans les vies saintes d’Abou al-Abbas al-Moursi et
son maître Abou al-Hassan al-chadhlili), et autres. Il fut un élève
d’Abou al-`Abbas al-Moursi (d.686) et le second successeur du fondateur
de l’ordre Soufi, l’Imam Abou al-Hassan al-Chadhili.
Ibn
`Ata' Allah fut l’un de ceux qui confrontèrent Ibn Taymiyya
pour ses attaques excessives contre les Soufis ce qu’il n’approuvait
pas. Il n’a jamais cité le nom d’ Ibn Taymiyya dans
ses travaux, mais c’est clairement à son sujet qu’il
fait allusion lorsqu’il dit dans son Lata'if, qu’Allah
a mis les Soufis à l’épreuve à travers ce qu’il
appelle «les savants de la connaissance externe».[211]
Dans les pages suivantes est relatée la première traduction
en français[212] de cet évènement
qui eut lieu entre les deux.
Texte
du Débat
extrait d’Oussoul al-Woussoul
par Mouhammad Zaki Ibrahim
Ibn
Kathir, Ibn al-Athir, et d’autres auteurs de biographies et de dictionnaires
biographiques nous ont transmis ce débat historique[213].
Il donne une idée de l’éthique du débat parmi
les érudits. Il documente la contreverse entre une personnalité,
pivot en tassawwouf, Cheick Ahmad ibn `Ata' Allah al-Iskandari,
et tout aussi importante une personne du soit disant mouvement «Salafi»,
Cheick Ahmad Ibn `Abd al-Halim Ibn Taymiyya durant la période des
Mamloukes en Egypte sous le règne du Sultan Mouhammad Ibn Qalawoun
(al-Malik al-Nassir).
La
déposition d’Ibn Taymiyya à Ibn `Ata' Allah:
Cheick
Ibn Taymiyya avait été emprisonné à Alexandrie.
Lorsque le Sultan lui gratifia son pardon, il revint au Caire. A l’heure
de la prière du coucher du soleil, il alla à la mosquée
al-Azhar où la salat al-maghrib devait être dirigée
par Cheick Ahmad Ibn `Ata' Allah al-Iskandari. Après la prière,
Ibn `Ata' Allah était surpris de constater qu’Ibn Taymiyya
avait prié derrière lui. Le saluant avec un sourire, le
Cheick Soufi souhaita cordialement la bienvenue au Caire à Ibn
Taymiyya, disant: «as-Salamou alaykoum». Ensuite
Ibn `Ata' Allah commença à parler avec l’érudit
visiteur.
Ibn
`Ata' Allah: «D’habitude, je prie la prière du soir
dans la mosquée de l’Imam Houssayn et la prière de
la nuit ici. Mais regarde comment le plan Divin travaille de lui-même!
Allah a ordonné que je sois le premier à te saluer (après
ton retour au Caire). Dis-moi O faqir, me blâmes-tu pour
ce qui est arrivé?»
Ibn
Taymiyya: «Je sais que tu ne me veux pas de mal, mais nos différences
d’opinions restent toujours les mêmes. Dans tous les cas,
quiconque m’a fait du tort dans quoique ce soit, à partir
de ce jour même, je le disculpe et lui pardonne de tout blâme
en la matière.»
Ibn
`Ata' Allah: «Qu’est ce que tu sais à mon sujet, Cheick
Ibn Taymiyya?»
Ibn
Taymiyya: «Je te connais comme un homme d’une piété
scrupuleuse, de savoir abondant, d’intégrité et de
véracité dans le parler. Je témoigne que je n’ai
vu personne pareil à toi en Egypte et en Syrie, qui aime plus Allah,
ni qui est plus auto-effaçant en Lui ni qui est plus obéissant
à exécuter ce qu’Il a commandé et à
éviter ce qu’Il a interdit. Néanmoins, nous avons
sur le Tawassoul nos différences. Que sais-tu à
mon sujet? Prétends-tu que je suis égaré lorsque
je nie la validité de faire appel à quiconque autre qu’Allah
pour une aide (istighatha)?
Ibn
`Ata' Allah: «Certainement, mon collègue, tu sais que istaghtha
ou appeler pour une aide est la même que tawassoul ou chercher
un moyen et demander l’intercession (chafa`a); et que le
Messager, sur lui la paix, est celui dont l’aide est recherchée
dans la mesure où il est notre moyen, celui dont l’intercession
est recherchée.»
Ibn
Taymiyya: «Dans ce problème, je suis ce que la Sunna
du Prophète dit dans la Chari`a. Car, il a été
transmis dans un hadith solide: «J’ai été
octroyé le pouvoir d’intercession.»[214]
J’ai aussi collectionné les dires du verset Coranique: Peut-être
que ton Seigneur te ressuscitera (O Prophète) en une position de
gloire (17:79) à l’effet qu’une position de
gloire est l’intercession. De plus, lorsque la mère du Commandeur
des Croyants Ali est morte, le Prophète
pria Allah à sa tombe et dit:
``O
Allah qui vit et ne meurt jamais, qui accélère et donne
la mort, pardonne les péchés de ma mère Fatima bint
Assad, élargi sa demeure dans laquelle elle entre au moyen de mon
intercession, Ton Prophète, et les Prophètes qui apparurent
avant moi. En vérité Tu es le plus Miséricordieux
des Miséricordieux.[215]`
Ceci
est l’intercession que possède le Prophète
.
En ce qui concerne le fait chercher l’aide de quelqu’un autre
qu’Allah, cela touche à l’idôlatrie; car le Prophète
commanda son cousin Abd Allah ibn Abas de ne pas demander d’aide
de personne sauf celle d’Allah.»[216]
Ibn
`Ata' Allah: «Qu’Allah te fasse prospérer, O faqih!
En ce qui concerne le conseil que le Prophète – sur lui la
paix – donna à son cousin Ibn Abbas, il voulait qu’il
s’approche d ‘Allah non pas à cause de sa relation
familiale, mais à travers sa connaissance.
Avec
respect pour ta compréhension d’istighatha comme
chercher l’aide d’autrui, autre qu’Allah c’est
une idolâtrie, je te demande: Y-a-t’il un musulman possédant
une foi réelle et croyant en Allah et en Son Prophète qui
pense qu’il y a quelqu’un autre qu’Allah qui a un pouvoir
autonome sur les évènements et qui est capable d’exécuter
ce qu’Il a décrété à leur propos? Ya-t’il
un vrai croyant qui croit que quelqu’un autre qu’Allah peut
le récompenser pour ses bonnes actions et le punir pour ses mauvaises
actions?
En
marge de ceci, nous devons considérer qu’il y a des expressions
qui ne doivent pas être prises dans leur sens littéraire.
Ce n’est pas à cause de la peur d’associer un partenaire
à Allah et en vue de bloquer les moyens à l’idolâtrie.
Car quiconque cherche l’aide du Prophète
cherche seulement son pouvoir d’intercession auprès d’Allah
comme toi-même tu te dis: Cette nourriture satisfait mon appétit.
Est-ce la nourriture elle-même qui satisfait ton appétit?
Ou c’est Allah qui satisfait ton appétit à travers
la nourriture?
En
ce qui concerne ta déclaration, qu’Allah a interdit aux Musulmans
de faire appel à l’aide de quiconque autre que Lui, as-tu
vu un Musulman faire appel à quelqu’un autre qu’Allah?
Le verset que tu cites dans le Coran fut révélé au
sujet des idolâtres et ceux qui avaient l’habitude d’avoir
recours à leurs fausses déités et ignorer Allah.
Alors que la seule manière dont les Musulmans cherchent l’aide
du Prophète est dans le sens du tawassoul ou chercher
un moyen, par le mérite du privilège qu’il a reçu
d’Allah (bi haqqihi `inda Allah), et tachaffou`
ou chercher l’intercession, par le mérite du pouvoir d’intercession
qu’Allah lui a octroyé.
Quant
à ton verdict que istighatha ou chercher l’aide
est interdit dans la Chari`a parce qu’elle peut conduire
à l’idolâtrie, si tel est le cas, alors nous devons
aussi interdire les raisins parce qu’ils sont un moyen de production
du vin, et castrer les hommes non-mariés parce que ne pas faire
laisse dans le monde un moyen de commettre la fornication et l’adultère.
A
ce dernier commentaire, les deux Cheicks rirent. Ibn `Ata' Allah continua:
je suis familier avec toutes les inclusivités et la prévoyance
de l’école fondée par ton Cheick, l’Imam Ahmad,
et je connais la vaste étendue de ta propre théorie légale
au sujet de ses principes à bloquer les moyens au mal (sadd
al-dhara'i`) aussi bien que le sens de l’obligation morale
d’un homme de ta compétence en jurisprudence Islamique et
l’intégrité que tu dois ressentir. Mais, je réalise
aussi que ta connaissance du langage demande que tu cherches le sens caché
des mots qui est souvent voilé derrière leur sens évident.»
Ibn
`Arabi et Ibn `Abd al-Salam
En
ce qui concerne les Soufis, le sens pour eux est comme un esprit, et les
mots en eux-même sont comme son corps. Tu dois pénétrer
profondément ce qui est derrière le corps verbal en vue
de saisir la profonde réalité de l’esprit du mot.
Maintenant,
tu as trouvé une base à ton jugement contre Ibn `Arabi dans
le Foussoul al-hikam, dont le texte a été altéré
par ses opposants avec non seulement ce qu’il n’a pas dit,
mais avec des déclarations qu’il ne pouvait pas avoir l’intention
de dire (vu le caractère de son Islam). Lorsque Cheick al-Islam
al-`Izz ibn `Abd al-Salam comprit ce qu’Ibn `Arabi a réellement
dit et analysé, et qu’il saisit et comprit le sens réel
de ses paroles symboliques, il demanda le pardon d’Allah pour ses
anciennes opinions au sujet du Cheick et reconnu que Ibn `Arabi était
un Imam de l’Islam.
Quant
à la déclaration d’al-Chadhili contre Ibn Arabi, tu
dois savoir qu’Abou al-Hassan al-Chadhili n’est pas la personne
qui l’a faite mais l’un ses élèves des Chadhiliyya.
Encore, en faisant cette déclaration, cet élève parlait
au sujet de certains des disciples de Chadhili. Ainsi, ses mots ont été
interprétés d’une manière qu’il n’a
pas projetée.
Que
penses-tu au sujet du Commandeur des Croyants, Sayyidina `Ali ibn Abi
Talib, qu’Allah soit satisfait de lui?
Ibn
Taymiyya: «Dans le hadith ,le Prophète, sur lui la paix,
dit: Je suis la cité de la connaissance et `Ali est sa porte.»[217]
Sayyidina `Ali est le moujahid qui n’est jamais aller à
la bataille sans revenir victorieux. Quel juriste ou savant après
lui a combattu pour la cause d’Allah à la fois avec la parole,
la plume et le sabre? Il était un Compagnon très talentueux
du Prophète – qu’Allah honore sa contenance. Ses sabres
sont une lampe radiante qui m’ont illuminé au cours de ma
vie après le Coran et la Sunna. Ah! Quelqu’un qui
est toujours à court de provision et long dans son voyage.
Ibn
`Ata' Allah: «Maintenant, l’Imam `Ali a-t’il demandé
à quelqu’un de prendre parti avec lui dans une faction? Car
cette faction prétend que l’Ange Gabriel a commis une erreur
en délivrant la révélation à Mouhammad
au lieu d’Ali! Ou a-t’il demandé de déclarer
qu’Allah s’est incarné dans son corps et que l’Imam
est devenu divin? Ou ne les a-t’il pas combattu et massacré
et donné une fatwa (une décision légale)
qu”ils doivent être exécuter où qu’ils
soient trouvés?
Ibn
Taymiyya: «Sur la base de cette fatwa, je sortis pour les combattre
dans les montagnes de Syrie pendant plus de douze années.»
Ibn
`Ata' Allah: «Et l’Imam Ahmad – qu’Allah soit
satisfait de lui – critiqua les actions de certains de ses disciples
qui avaient l’habitude d’aller en patrouille, brisant les
tonneaux ouverts de vin (dans les magasins de leurs marchands Chrétiens),
déversant leur contenu par terre, bastonnant les chanteuses et
confrontant les gens dans la rue. Tout cela, ils le firent au nom de prêcher
le bien et interdire le mal. Cependant, l’Imam ne donna aucune fatwa
les motivant à censurer ou réprimander tous ces gens. En
conséquence, ces disciples (responsables de ces actions) furent
fouettés, jetés en prison, assis à dos d’ânes
à l’opposé c’est-à-dire faisant face
à l’arrière de l’âne et défilant.
Dans
ce cas, l’Imam Ahmad est-il lui-même responsable du mauvais
comportement que les pires et les plus vicieux Hanbali continuent
de perpétuer jusqu’à nos jours, au nom de vouloir
ordonner le bien et interdire le mal?
Tout
ceci est pour dire que Cheick Mouhyiddin Ibn `Arabi est innocent vis-à-vis
de ce que certains de ses disciples font, qui absoudent les gens de leurs
obligations légales et morales établies par la religion
et de commettre les actions qui sont interdites. Ne voyez-vous pas cela?»
Ibn
Taymiyya: «Mais ont-ils du respect pour Allah? Parmi vous les Soufis
sont ceux qui avancent que lorsque le Prophète – sur lui
la paix et la bénédiction – donna la bonne nouvelle
aux pauvres et dit qu’ils entreraient au paradis avant le riche,
les pauvres tombèrent en extase et commencèrent à
déchirer en pièces leurs vêtements; c’est à
ce moment que l’Ange Gabriel descendit du ciel et dit au Prophète
qu’Allah avait cherché sa portion légitime de ces
vêtements; et que l’Ange Gabriel en transporta un et l’accrocha
au trône d’Allah. C’est pour cette raison qu’ils
disent que les Soufis portent des vêtements rapiécés
et s’appellent fouqara´ ou pauvres»!
Ibn
`Ata' Allah: «Tous les Soufis ne portent pas des vestes et des habits
rapiécés. Me voici devant toi: Qu’est-ce que tu n’approuves
pas dans mon apparence?»
Ibn
Taymiyya: «Tu fais partie des gens de la Chari`a et enseigne
à al-Azhar.»
Ibn
`Ata' Allah: «al-Ghazali fut à la fois un Imam dans la Chari`a
et dans le tassawwouf. Il traita les jugements légaux,
la Sunna, et la Chari`a avec l’esprit des Soufis.
Et, en appliquant cette méthode, il fut capable de revivifier les
sciences religieuses. Nous savons que le tassawwouf reconnaît
que ce qui est souillé ne fait pas parti de la religion et que
la propreté a le caractère de la foi. Le vrai et sincère
Soufi doit cultiver dans son cœur la foi reconnue par Ahl al-Sunna.
Deux siècles auparavant le phénomène de pseudo-Soufis
apparu que toi-même tu critiquas et rejetas. Il y avait des personnes
qui cherchaient à diminuer la performance de la prière et
des obligations religieuses, racourcir le jeûne et désobliger
les cinq prières quotidiennes. Ils couraient sauvagement dans les
vastes arènes de la paresse et de l’insouciance, affirmant
qu’ils avaient été libérés des chaînes
de l’esclavage de l’adoration divine. Non satisfait de leurs
propres actions ignobles jusqu’à ce qu’ils ont revendiqué
des intimations des plus extravagantes réalités et états
mystiques comme l’Imam al-Qouchayri lui-même décriva
dans son Rissala, bien connu, qu’il dirigea contre eux.
Il établit aussi en détail ce qui constitua la vraie voie
vers Allah, qui consiste à tenir fermement au Coran et à
la Sunna.
Les
Imams de tassawwouf désirent arriver à la vraie
réalité non seulement par les moyens d’évidences
rationnelles exercées par l’esprit humain qui sont capables
d’être fausses aussi bien que vraies, mais aussi aux moyens
de la purification du cœur et purgatoire de l’égo à
travers un cours d’exercices spirituels. Ils mettent de côté
tout ce qui concerne la vie de ce monde autant que possible car le vrai
serviteur d’Allah ne doit s’affairer avec rien d’autre
que l’amour d’Allah et de Son Prophète. Ceci est un
très haut niveau et c’est ce qui rend un serviteur pieux,
sain et prospère. C’est une occupation qui réforme
les choses qui corrompent la créature humaine, tel l’amour
pour l’argent et l’ambition pour le rang personnel dans la
société. Cependant, c’est un niveau qui n’ est
constitué de rien d’autre que la guerre spirituelle pour
l’amour d’Allah.
Mon
frère érudit, interprèter les textes selon leur sens
littéraire peut souvent conduire à l’erreur. Le littéralisme
est ce qui a causé ton jugement au sujet d’Ibn `Arabi qui
est l’un des Imams de notre Foi reconnu pour sa scrupuleuse piété.
Tu as compris ce qu’il a écrit d’une façon superficielle;
alors que les Soufis sont des maîtres en figures littéraires
qui laissent entendre des sens profonds, un language hyperbolique qui
indique une haute conscience spirituelle et des mots qui véhiculent
des secrets concernant le domaine de l’invisible.»
Ibn
Taymiyya: «Ce raisonnement est contre toi, non en ta faveur. Car
lorsque l’Imam al-Qouchayri vit ses disciples dévier de la
voie d’Allah il entreprit de les corriger. Qu’est-ce que font
les Checks Soufis de nos jours? Je demande seulement que les Soufis suivent
la voie de la Sunna de ces grands et pieux ancêtres de notre foi
(salaf): les ascétiques (zouhhad) parmi les Compagnons,
la génération qui les succédère, et la génération
qui suivit le mieux leurs pas!
Quiconque
agit de cette manière, je l’estime hautement et le considère
comme un Imam de la religion. En ce qui concerne l’innovation égarante
et l’insertion des idées des idolâtres dont les philosophes
Grecs et les Boudhistes Indiens, ou l’idée que l’homme
peut incarné Allah (houloul) ou atteindre l’unité
avec Lui (ittihad), ou la théorie que tout existe en être
(wahdat al-woujoud) et ces autres choses que ton Cheick prêche
aux gens: ceci est clairement de la déité et de la mécréance.»
Ibn
`Ata' Allah: «Ibn `Arabi fut l’un des grands juristes qui
suivit l’école de Dawoud al-Zahiri après Ibn Hazm
al-Andalousi, qui est proche de ta méthodologie en loi Islamique,
O Hanbalis! Mais quoiqu’Ibn `Arabi fut un Zahiri (c’est-à-dire
un littéraliste en matière de loi Islamique), la méthode
qu’il appliquait pour comprendre l’ultime réalité
(al-haqiqa) était de faire sortir le sens spirituel caché
(tariq al-batin); qui est de purifier le moi interne (tathir
al-batin).[218] Cependant tous les disciples
à la recherche de ce qui est caché ne sont pas les mêmes.
Pour
de ne pas être dans l’erreur, recommence ta lecture d’Ibn
`Arabi avec une compréhension fraîche de ses symboles et
de ses inspirations. Tu le verras semblable à al-Qouchayri. Il
a pris sa voie dans le tassawwouf sous la guidance du Coran et
la Sunna juste comme la ¨ Preuve de l’Islam¨le Cheick al-Ghazali,
qui entreprit des débats au sujet de la différence doctrinale
en matière de crédo et des issues d’adoration mais
les considéra d’occupation manquant de valeur réelle
et de bénéfice. Il invita les gens à observer que
l’amour d’Allah est la voie du vrai serviteur d’Allah,
en respect à la foi.
As-tu
une objection à cela O faqih? Ou aimes-tu les disputes
des juristes Islamiques? L’Imam Malik, qu’Allah soit satisfait
de lui, fut très prudent au sujet de tels débats en matière
de crédo et avait l’habitude de dire: «Chaque fois
qu’une personne entre en discussion au sujet du crédo, sa
foi diminue.» Similairement al-Ghazali dit:
Les
moyens les plus rapides pour se rapprocher d’Allah est par le cœur
et non par le corps. Par le cœur, je ne veux pas dire cette chose
en chair palpable à la vue, à l’écoute et au
toucher. Au contraire, je veux dire le plus profond secret d’Allah
Lui-même le plus Exalté et Grand qui est imperceptible à
la vue et au toucher.
En
vérité, les Ahl al-Sunna sont certainement ceux
qui ont nommé le Soufi Cheick al-Ghazali: «la Preuve de l’Islam,»[219]
et il n’y a personne pour réfuter ses opinions même
si les savants ont été excessifs dans l’éloge
de son livre lorsqu’il dit: «Le Ihya' `oulum al-din était
presque le Coran.»[220]
L’exécution
d’une obligation religieuse (taklif) au vue d’Ibn
`Arabi et Ibn al-Farid est une adoration dont le mihrab, ou la
niche de prière indique l’orientation de prière, est
son aspect intérieur et non seulement son rite externe. Car, quelle
est l’importance de te lever et de t’asseoir en prière
si ton cœur est préoccupé avec quelque chose autre
qu’Allah. Allah fait l’éloge des gens dans le Coran
lorsqu’il dit: «Ceux qui sont humbles dans leur prière»
(23:2). Et Il blâme les gens lorsqu’Il dit: «Ceux
qui sont insouciants dans leur prière» (107:5).
C’est ce que Ibn `Arabi veut dire quand il dit: «L’adoration
est la niche de prière (mihrab) du cœur, ce qui est,
l’aspect interne de la prière et l’externe.»
Le
Musulman est incapable d’arriver à la connaissance de la
certitude (`ilm al-yaqin) ni à la certitude elle-même
(`ayn al-yaqin) dont le Coran parle à moins qu’il
évacue de son cœur tout ce qui le distrait de l’envie
mondaine et se consacre à la contemplation interne. Alors, la manisfestation
de la réalité Divine remplira son cœur, et delà
produira sa subsistance.
Le
réel Soufi n’est pas celui qui dérive ses subsistances
de la mendicité et des demandes d’aumônes aux gens.
Le seul qui est sincère est celui qui élève son cœur
et son esprit à l’auto-effacement en Allah en Lui obéissant.
Peut-être qu’Ibn `Arabi a amené les juristes à
se révolter contre lui à cause de son mépris pour
leurs préoccupations avec les arguments et les disputes au sujet
d’affaires de croyance, des cas légaux d’actualité,
et des situations hypothétiques, dans la mesure où il voyait
comment cela les distrayait de la purification du cœur. Il les nomma
"les juristes des menstruations des femmes." Qu’Allah
te secoure à ne pas être parmi eux! As-tu lu la déclaration
d’Ibn `Arabi: "Quiconque établit sa foi exclusivement
sur des preuves démonstratives et des arguments déductifs,
construit une foi sur laquelle il est impossible de se baser. Car il est
affecté par la négativité des objections constantes.
La certitude (al-yaqin) ne dérive pas des évidences
de l’esprit mais jaillit des profondeurs du cœur." As-tu
jamais lu une déclaration aussi pure et agréable de ce genre?»
Ibn
Taymiyya: «Tu as bien parlé; si seulement ton maître
était comme tu le dis, alors il aurait été aussi
loin que possible de l’incroyance. Mais, à mon avis, ce qu’il
a dit ne peut pas corroborer le sens que tu y as donné.»[221]
Taj al-Din al-Soubki (d.771)
Cheick
al-Islam Taj al-Din al-Soubki, le fils de Cheick al-Islam al-hafiz Taqi
al-Din al-Soubki (d.756) qui fut un disciple d’Ibn `Ata' Allah,
mentionna dans son livre Mou`id al-ni`am sous le chapitre intitulé
Soufisme:
Qu’Allah
les (les Soufis) salue et leur donne vie, et qu’Il nous place avec
eux au paradis. Trop de choses ont été dites à leur
sujet et trop de gens ignorants ont dit des choses qui ne les concernent
pas… La vérité est que ces gens ont laissé
ce monde et sont affairés avec l’adoration.
Cheick
Abou Mouhammad al-Jouwayni (Le père de l’Imam al-Haramayn)
dit: Ils sont parmi les gens d’Allah et de Son élite. Sa
miséricorde est obtenue à travers leur souvenir d’Allah,
et la pluie descend avec leurs invocations. Qu’Allah soit satisfait
d’eux et qu’Allah soit satisfait de nous à cause d’eux.[222]
Imam
Abou Ishaq al-Chatibi al-Maliki (d.790)
L’un
des savants fondamentaux d’Ousoul al-fiqh ou la méthodologie
de loi dont les livres comme ceux d’al-Ghazali, sont requis dans
ce champ, il a mis un grand accent sur l’exigence de la complète
connaissance et l’érudition de la Langue Arabe, et non seulement
la compréhension correcte pour ceux qui pratiquent l’ijtihad.
Dans son livre al-Mouwafaqat fi ousoul al-chari`a (Les harmonies
des sources de la Loi Divine) il supporte que le language du Coran et
de la Sunna est la clé de la compréhension de tel
savant, et que l’ijtihad de toute personne déficiente à
cet égard n’était pas acceptée. Dans la mesure
où l’opinion du moujtahid est une houjja
ou une preuve pour le commun des gens, ce degré d’autorité
nécessite un accès direct aux sources et une pleine compétence
en Arabe.[223]
Il
écrit dans son livre al-I`tissam:
Plusieurs
des ignorants pensent que les Soufis sont détendus dans la Chari`a.
Loin d’eux de telles fausses croyances qui leurs sont attribuées!
La première fondation de leur voie est la Sunna et d’éviter
tout ce qui s’y oppose!
Leur
élite porte-parole et maître de leurs voies et le pilier
de leur groupe, Abou al-Qassim al-Qouchayri, déclara qu’ils
acquièrent le nom de tassawwouf en vue de se dissocier
des Gens d’Innovation.Il mentionna que les Musulmans les plus honorables,
après le Prophète, ne se donnèrent pas, en leur temps,
d’autre titre que Compagnons, car il n’y a pas de mérite
au-dessus de celui d’être un Compagnon – ainsi ceux
qui leur succédèrent furent appelés Successeurs.
Après cela, les gens différèrent et la disparité
des niveaux devint plus apparente parmi eux. Les élites parmi ceux
dont la prudence dans la croyance fut observée comme intense furent
ainsi appelées zouhhad et `oubbad. En conséquence, toutes
sortes d’innovations firent leur apparution, et les élites
d’Ahl al-Sunna qui observèrent leurs obligations envers Allah,
et préservèrent leur cœur de l’insouciance devinrent
uniques en leur genre sous le nom de tassawwouf. Considère ceci,
et tu réussiras. Et Allah est Savant.[224]
Ibn
Khaldoun (d.808)
Ibn
Khaldoun dit dans son fameux Mouqaddima:
Le
tassawwouf est l’une des dernières sciences de Loi
dans la communauté Islamique. La fondation du tassawouf cependant,
est plus ancienne (comme cela a été vu dans les faits) que
ces gens et leur voie a été présente parmi les Salaf
et parmi les Compagnons les plus avancés et parmi leurs Successeurs,
leur voie est la voie de la vérité et de la guidance.
La
fondation de la voie des Soufis est l’auto-contrainte dans le monde
et une totale dépendance en Allah; l’auto-privation des plaisirs,
de l’argent, et de titre, de l’avis de la majorité
des savants, et l’isolement des créatures dans la retraite
et la dévotion dans l’adoration.
Tous
ces aspects furent répandus parmi les Compagnons et les Salaf,
mais avec l’envahissement de la mondanité au cours du deuxième
siècle et le siècle suivant, de même que l’inclinaison
des gens envers le monde, ceux qui restèrent attachés à
l’adoration furent connus sous le nom de Soufis.[225]
suite de la position des Savants (III)
Sommaire
[169]
Note du traducteur: je n’ai pas encore pu avoir sous ma main la
version française de ces deux œvres (s’il en existe).
[170]
Ce démenti global et subjectif de la part de Dhahabi fait penser
à son démenti de l’authentification du rapport de
l’attitude de l’Imam à l’écoute pour la
première fois d’al-Mouhassibi.
[171]
Al-Haytami, Fatawa hadithiyya 315-316.
[172]
Note du traducteur: Tassawwouf est la deuxième moitié
du volume I de la série: “Croyances et Doctrines Islamiques
selon Ahl al-Sunna; Une répudiation des innovations “Salafi”
du même auteur.
[173]
Ibn Qoudama, Moukhtaqqar minhaj al-qassidin li Ibn al-Jawzi,
éd. M. Ahmad Hamdan et `Abd al-Qadir Arna'out, 2nd éd. (Damas:
maktab al-chabab al-mouslim wa al-maktab al-islami, 1380/1961) p.426.
[174]
Nouh Keller, Reliance of the Traveller p.1046.
[175]
Dans Ibn `Ajiba, Iqaz al-himam p.8.
[176]
al-Dhahabin, Siyar a`lam al-noubala' [#969].
[177]
Miftah al-sa`ada 2:353; al-Soubki, Tabaqat al-chafi`iyya 8:214.
[178]
Al-`Izz ibn `Abd al-Salam, Qawa`id al-ahkam (Dar al-charq
li al-tiba`a, 1388/1968) 1:29, 2:212.
[179]
Note du traducteur: La danse ici n’a rien avoir avec celle pratiquée
dans les cabarets ou discothèques; la danse dont il s’agit
ici est une pratique spirituelle comme dans le cas de Mawlana Rumi (Que
Dieu bénisse son âme) et son ordre appelé Mawlawi.
Elle est pratiquée en dehors de toute idée de satisfaire
la nafs. Encore aujourd’hui cette pratique existe dans
cet ordre et ailleurs.
[180]
Ahmad, Mousnad 1:108 (#860).
[181]
Al-Haytami, Fatawa hadithiyya p.212.
[182]
al-Yafi`i, Mir'at al-jinan 4:154.
[183]
Ibn al-`Imad, Chadharat al-dhahab 5:302; Ibn Chakir al-Koutoubi,
Fawat al-wafayat 1:595; al-Yafi`I, Mir`at al-jinan 4:154; al-Nabahani,
Jami` Karamat al-awliya 2:71; Abou al-Sa`adat, Taj al-ma`arif
p.250.
[184]
al-`Izz ibn `Abd al-Salam, Fatawa misriyya p.158.
[185]
al-`Izz ibn `Abd al-Salam, Qawa`id al-ahkam 2:220-221.
[186]
Al-`Izz ibn `Abd al-Salam, Fatawa, éd. `Abd al-Rahman
ibn `Abd al-Fattah (Béirout: dar al-ma`rifa, 1406/1986) p.138-142.
[187]
Ibn Abi Zayd, al-Jami` fi al-sounan p.118-119.
[188]
Cf. Nouh Keller, Al-Maqassid: Manuel d’Islam de l’Imam
Nawawi (Evanston: Sunna Books, 1994) p.85-86.
[189]
Al-Nawawi, Boustam al-`arifin (Beyrout: dar al-kitab al-arabi,
1405/1985) p.53-54.
[190]
Al-`Izz ibn `Abd al-Salam [al-Maqdissi], Hall al-roumouz wa mafatih
al-koumouz (La Caire: matba`at nour al-amal) p.7.
[191]
Le commentaire est disponible dans le volume 10:455-548 de la première
édition de Riyadh du Majmou` fatawa Ibn Taymiyya.
[192]
Majmou` fatawa Ibn Taymiyya 10:516.
[193]
Ibn Taymiyya, al-Safadiyya (Riyad: matabi` hanafa, 1396/1976)
1:267.
[194]
Ibn Taymiyya, Majmou`at al-rassa`il wa al-massa`il (Béyrout:
lajnat al-tourath al-`rabi) 5:83.
[195]
Maj,ou` fatawa Ibn Taymiyya 10:473-474.
[196]
Ibid. 10:479.
[197]
Ibn Taymiyya, Majmou`a al-rassa`il wal-massa`il 1:162.
[198]
Ibn Taymiyya, al-Ihtijaj bi al-qadar (Le Caire: al-matba`a al-salafiyya,
1394/1974) p.38.
[199]
Ibn Taymiyya, Tawhid al-rouboubiyya dans Majmou`a al-Fatawa
al-koubra (Riyad, 1381) 2:464-465.
[200]
George Makdisi, “L’isnad initiatique soufi de Mouwaffaq ad-Din
ibn Qoudama,” dans Cahiers de l’Herne: Louis Massignon (Paris:
Edition de l’Herne, 1970) p.88-96; “Ibn taimiya: A Soufi of
the Qadiriya Order,” in American Journal of Arabic Studies I (Leiden:
E.J. Brill, A974) p.118-129; “The Hanbali School and Soufism,”
in Boletin de la Asiciatcion Espanola de Orientalistas 15 (Madrid, 1979)
p.115-126.
[201]
Ibn `Abd al-Hadi, Bad' al-'ilqa bi labs al-khirqa, ms. al-Hadi,
Collection Arabe de la Bibliothèque de Princeton, fols. 154a, 169a,
171b-172a; et l’université de Damas, copie originale du manuscript
Arabe, 985H; aussi mentionné dans at-Talyani, manuscript Chester
Beauty 3296 (8) à Dublin, fol. 67a.
[202]
Manuscript de Damas, Zahiriyya # 1186 H.
[203]
Ibn Taymiyya, Majmou`a al-fatawa al-koubra 11:5.
[204]
Ibn `Ajiba, Iqaz al-himam p.6.
[205]
al-Cha`rani, al-Tabaqat al-koubra 1:4.
[206]
`Abd al-Qahir al-Baghdadi, Ousoul al-din p.315-16.
[207]
Ibn Taymiyya, Majmou`a al-fatawa al-koubra 11:16-20.]
[208]
Op.cit.2:396-397.
[209]
Op.cit. 10:339.
[210]
Note du Traducteur: Tassawwouf ou la purification du cœur
est la deuxième moitiée du volume I dont le titre du même
auteur est: Coyances et Doctrines Islamiques selon Ahl al-Sunna; Une réfutation
des Innavations Salafies.
[211]
Ibn `Ata Allah, Lata'if al-minan fi manaqib Abi al-`Abbas…sur
les notes de Lata'if al-minan wa al-akhlaq (Le Caire, 1357) 2:17-18
de Cha`rani
[212]
Note du traducteur: Nous avons utilisé l’expression “en
Français” parce que le document lit: “La première
traduction en Anglais”; et puisque nous n’avions sous nos
mains jusqu’au jour où cette traduction fut fini une version
en Français du débat.
[213]
Voir Ibn al-`Imad, Chadharat al-dhahab (1350/1931) 6:20f.;al-Zirikly,
al-A`lam (1405/1984) 1:221; Ibn Hajar, al-Dourar al-kamina
(1348/1929) 1:148-273; Al-Maqrizi, Kitab al-soulouk (1934-1958)
2:40-94; Ibn Kathir, al-Bidaya wa al-nihaya (1351/1932) 14:45;
Soubki, Tabaqat al-chafi`iyya (1324/1906° 5/177f. et 9:23f.;
Souyouti, Housn al-mouhadara fi akhbar mirs wa al-qahira (1299/1880)
1:301; al-Dawadari, al-Dourr al-fakhir fi sirat al-malik al-Nassir
(1960) p. 200f.; al-Yafi`i, Mir'at al-janan (1337/1918)
4:246; Cha`rani, al-Tabaqat al-koubra (1355/1936) 2:19f.; al-Nabahani,
Jami` karamat al-awliya' (1381/1962) 2:25f.
[214]
Boukhari et Mouslim, hadith de Jabir: «Il m'a été
octroyé cinq choses dont une qui n’a été à
aucun prophète avant moi…»
[215]
Al-Tabarani le rapporte dans al-Kabir. Ibn Hibban et al-Hakim le déclare
solide. Ibn Abi Chayba sur l’autorité de Jabir rapporte une
narration similaire. Similaire aussi est ce qu’Ibn `Abd Al-Barr
sur l’autorité d’Ibn `Abbas et d’Abou Nou`aym
dans son Hilya sur l’autorité d’Anas Ibn Malik
rapporte, comme al-Hafiz al-Souyouti mentionna dans le Jami` al-Kabir,
Haythami dit dans Majma` al-zawa'id: «La chaîne de
Tabarani contient Rawh ibn Salah qui a certaines faiblesses mais Ibn Hibban
et al-Hakim la déclare digne de confiance. Le reste de ses sous-narrateurs
sont des gens de hadiths solides.» Cette Fatima est la mère
d’Ali, qui éleva le Prophète.
[216]
Hadith: «O jeune homme… si tu as besoin de demander, demande
à Allah. Si tu as besoin d’aide, demande l’aide d’Allah…»
(ya ghoulam ala ou`allimouka…): Tirmidhi (#2516 hassan
sahih); Bayhaqi dans Asma' wa al-sifat p.75-76 et Chou`ab al-iman
2:27-28 (#1074-1075) et 7:203 (#10000); Ahmad 1:307; Tabarani, Ibn Hibban;
Abou dawoud; al-hakim; Nawawi l’inclu dans ses 40 Hadiths (#19)
mais Ibn al-Jawzi le plaça parmi les faux.
[217]
Tiré de Reliance of the Traveller (Oudat al-Salik) p.954-957:
« (`Ali Qari:) Le Hadith « Je suis la cité de la connaissance
et `Ali est sa porte» fut mentionné par Tirmidhi… [qui]
dit que ce fut non reconnu. Boukhari dit la même chose, et dit que
ce fut sans revendication légitime à une authenticité.
Ibn Ma`in dit que ce fut un mensonge sans base, comme le dirent aussi
Abou hatim et Yahya ibn Sa`id. Ibn Jawzi l’enregistra dans son livre
de Hadiths forgés, et fut confirmé par Dhahabi, et autres.
Ibn Daqiq al-`Eid disait, «Ce hadith n’est pas confirmé
par les savants, et certains le considèrent d’inventé.»
Daraqoutni dit qu’il ne fut pas corroboré. Ibn Hajar `Asqalani
fut questionné au sujet de ce hadith, et il répondit qu’il
était bien authentique (hassan), non rigoureusemnt authentique
(sahih), comme Hakim a dit, mais non une invention (mawdou`),
comme Ibn Jawzi le prétend. Ceci fut mentionné par Souyouti.
Le maître de Hadiths (hafiz) Abou Sa`id `Ala'i dit, «La
vérité est que le hadith est bien authentifié (hassan),
au vue de ses multiples voies de transmission, étant ni rigoureusement
authentifié (sahih) ni faible (da`if), plus ou
moins qu’un faux» (Rissala al-mawdou`at, 26).»
[218]
Ceci est une évidente clé dans le Hikam d’Ibn `Ata'
Allah, par exemple #205: «Quelques fois les lumières te parviennent
et trouvent ton cœur rempli de formes de choses créées,
alors elles retourment de là où elles sont descendues.»
Ibn `Ata' Allah, Les Aphorismes Soufis (Kitab al-hikam), trad.Victor
Danner (Leiden: E.J. Brill, 1984) p.53.
[219]
Comme illustré par Salah al-Din al-Safadi dans l’introduction
de Ghazali dans son dictionaire bibliographique: «Mouhammad ibn
Mouhammad ibn Mouhammad ibn Ahmad, la Preuve de l’Islam, l’Ornement
de la Foi, Abou Hamid al-Toussi…» al-Safadi, al-Wafi bi al-wafayat
1:274.
[220]
Ironiquement, un genre similaire de louanges sur le propre livre al-Hikam
d’Ibn `Ata' Allah est rapporté sur l’autorité
du grand cheick Mawlay al-`Arabi al-Darqawi par Ibn `Ajiba dans Iqaz al-himan
(p.3-4): «J’entendis le juriste al-Bannani dire: «Le
Hikam d’Ibn `Ata' Allah est presqu’une révélation
(wahy). S’il était permis de réciter la prière
quotidienne sans le Coran, les mots du Hikam auraient été
permis.» Il veut dire par cela qu’il n’y a rien dans
le Hikam sauf ce qui procède du Coran et s’y réfère
encore, et Allah est savant.
[221]
Dans Mouhammad Zaki Ibrahim, Ousoul al-woussoul (Le Caire: 1404/1984)
299-310.
[222]
al-Soubki, Mou`id al-n`iam wa moubid al-niqam p.190.
[223]
al-Chatibi, al-Mouwafaqa fi ousoul al-chari`a (Le Caire: al-maktaba
al-tijariyya al-koubra, 1975) 4:60
[224]
al-Chatibi, al-I`tissam min al-koutoub, cité dans al-Mouslim:
majallat al-`achira al-mouhammadiyya (Dhou al-qi`da
1373).
[225]
Mouqaddimat ibn Khaldoun, p.328.
© Encyclopédie de la doctrine islamique, Shaykh Muhammad
Hisham Kabbani
suite
et fin de la partie IV
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